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Poètes français

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Page dédiée aux poètes français qui ont marqué le 19e siècle

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ALPHONSE DE LAMARTINE
                                             Né à Mâcon le 21 octobre 1790
                                             
                                             
                                             LE VALLON
                                             
                                             Mon coeur, lassé de tout, même de l'espérance,
                                             N'ira plus de ses voeux importuner le sort;
                                             Prêtez-moi seulement, vallon de mon enfance,
                                             Un asile d'un jour pour attendre la mort.
                                             
                                             Voici l'étroit sentier de l'obscure vallée:
                                             Du flanc de ces coteaux pendent des bois épais,
                                             Qui, courbant sur mon front leur ombre entremêlée,
                                             Me couvrent tout entier de silence et de paix.
                                             
                                             Là, deux ruisseaux, cachés sous des ponts de verdure,
                                             Tracent en serpendant les contours du vallon;
                                             Ils mêlent un moment leur onde et leur murmure,
                                             Et non loin de leur source ils se perdent sans nom.
                                             
                                             La source de mes jours comme eux s'est écoulée;
                                             Elle a passé sans bruit, sans nom et sans retour:
                                             Mais leur onde est limpide, et mon âme troublée
                                             N'aura pas réfléchi les clartés d'un beau jour.
                                             
                                             La fraîcheur de leurs lits, l'ombre qui les couronne,
                                             M'enchaînent tout le jour sur les bords des ruisseaux;
                                             Comme un enfant bercé par un chant monotone,
                                             Mon âme s'assoupit au murmure des eaux.
                                             
                                             Ah! c'est là qu'entouré d'un rempart de verdure,
                                             D'un horizon borné qui suffit à mes yeux,
                                             J'aime à fixer mes pas, et, seul dans la nature,
                                             A n'entendre que l'onde, à ne voir que les cieux.
                                             
                                             J'ai trop vu, trop senti, trop aimé dans ma vie;
                                             Je viens chercher vivant le calme du Léthé.
                                             Beaux lieux, soyez pour moi ces bords où l'on oublie:
                                             L'oubli seul désormais est ma félicité.
                                             
                                             Mon coeur est en repos, mon âme est en silence.
                                             Le bruit lointain du monde expire en arrivant,
                                             Comme un son éloigné qu'affaiblit la distance,
                                             A l'oreille incertaine apporté par le vent.
                                             
                                             D'ici je vois la vie, à travers un nuage,
                                             S'évanouir pour moi dans l'ombre du passé;
                                             L'amour seul est resté, comme une grande image
                                             Survit seule au réveil dans un songe effacé.
                                             
                                             Repose-toi, mon âme, en ce dernier asile,
                                             Ainsi qu'un voyageur qui, le coeur plein d'espoir,
                                             S'assied, avant d'entrer, aux portes de la ville,
                                             Et respire un moment l'air embaumé du soir.
                                             
                                             Comme lui, de nos pieds secouons la poussière;
                                             L'homme par ce chemin ne repasse jamais:
                                             Comme lui, respirons au bout de la carrière
                                             Ce calme avant-coureur de l'éternelle paix.
                                             
                                             Tes jours, sombres et courts comme les jours d'automne,
                                             Déclinent comme l'ombre au penchant des coteaux.
                                             L'amitié te trahit, la pitié t'abandonne,
                                             Et, seule, tu descends le sentier des tombeaux.
                                             
                                             Mais la Nature est là qui t'invite et qui t'aime;
                                             Plonge-toi dans son sein qu'elle t'ouvre toujours:
                                             Quand tout change pour toi, la nature est la même,
                                             Et le même soleil se lève sur tes jours...
                                             
                                             De lumière et d'ombrage, elle t'entoure encore;
                                             Détache ton amour des faux biens que tu perds;
                                             Adore ici l'écho qu'adorait Pythagore,
                                             Prête avec lui l'oreille aux célestes concerts.
                                             
                                             Suis le jour dans le ciel, suis l'ombre sur la terre;
                                             Dans les plaines de l'air vole avec l'acquilon;
                                             Avec les doux rayons de l'astre du mystère
                                             Glisse à travers les bois dans l'ombre du vallon.
                                             
                                             Dieu, pour le concevoir, a fait l'intelligence:
                                             Sous la Nature enfin découvre son auteur!
                                             Une voix à l'esprit parle dans son silence;
                                             Qui n'a pas entendu cette voix dans son coeur?
                                             
                                             
                                             
                                             Mme DE NOAILLES
                                             Née en 1876
                                             
                                             
                                             ELOGE DE LA ROSE
                                             
                                             Quelle tranquilité dans un jardin, le temps
                                             Est là qui se repose;
                                             Et des oiseaux sont là, insouciants, contents,
                                             Amoureux de la rose,
                                             
                                             De la rose charmante, à l'ombre du rosier
                                             Si mollement ouverte,
                                             Et qui semble la bouche au souffle extasié
                                             De cette saison verte.
                                             
                                             Il fait à peine jour, toute la maison dort
                                             Sous son aile ardoisée,
                                             Quand les fleurs du parterre ouvrant leur coupe d'or
                                             Déjeunent de rosée.
                                             
                                             De blanches, jaunes fleurs! c'est un peuple divin
                                             Parqué dans l'herbe calme,
                                             Le mol acacia fait sur le gravier fin
                                             Un bercement de palme.
                                             
                                             Les fleurs du maronnier, cônes de parfum blanc,
                                             Vontlentement descendre
                                             Pour entourer les pieds du printemps indolent
                                             D'aromatique cendre.
                                             
                                             O douceur des jardins! beaux jardins dont le coeur
                                             Avec l'infini cause,
                                             Régnez sur l'univers par la force et l'odeur
                                             De la limpide rose,
                                             
                                             De la rose, dieu vif, peit Eros joufflu,
                                             Armé de courtes flèches,
                                             A qui les papillons font un manteau velu
                                             Quand les nuits sont plus fraîches.
                                             
                                             Rose de laque rose, ô vase balancé
                                             Où bout un parfum tendre,
                                             Où le piquant frelon doucement convulsé
                                             Sent son âme s'épandre;
                                             
                                             Rose, fête divine au reflet argentin
                                             Sur la pelouse éclose,
                                             Orchestre de la nuit, concert dans le jardin,
                                             Feu de Bengale rose!
                                             
                                             Rose qui, dans le clair et naif paradis
                                             De saint François d'Assise,
                                             Seriez, sous le soleil tout ouvert de midi,
                                             Près de sa droite assise!
                                             
                                             Rose des soirs d'avril, rose des nuits de mai,
                                             Rose de toute sorte,
                                             Rêveuses sans repos qui ne dormez jamais
                                             Tant votre odeur est forte.
                                             
                                             Fleur des parcs écossais, des blancs cloîtres latins,
                                             Des luisantes Açores,
                                             Vous qui fûtes créée avant Eve, au matin
                                             De la plus jeune aurore,
                                             
                                             Rose pareille au ciel, au bonheur, au lac pur,
                                             A toute douce chose,
                                             Rose faite de miel, et faites d'un azur
                                             Qui est rose, ma rose!...
                                             
                                             
                                             
                                             MAETERLINCK
                                             Né en 1862
                                             
                                             
                                             HEURES TERNES
                                             
                                             Voici d'anciens désirs qui passent,
                                             Encor des songes de lassés,
                                             Encor des rêves qui se lassent;
                                             Voilà les jours d'espoir passés!
                                             
                                             En qui faut-il fuir aujourd'hui?
                                             Il n'y a plus d'étoile aucune;
                                             Mais de la glace sur l'ennui
                                             Et des linges bleus sur la lune.
                                             
                                             Encor des sanglots pris au piège,
                                             Voyez les malades sans feu,
                                             Et les agneaux brouter la neige;
                                             Ayez pitié de tout, mon Dieu!
                                             
                                             Moi, j'attends un peu de réveil,
                                             Moi, j'attends que le sommeil passe,
                                             Moi, j'attends un peu de soleil
                                             Sur mes mains que la lune glace!
                                             
                                             
                                             
                                             CH. VAN LERBERGHE
                                             Né en 1861
                                             
                                             
                                             MA SOEUR LA PLUIE
                                             
                                             
                                             Ma soeur la Pluie,
                                             La belle et tiède pluie d'été,
                                             Doucement vole, doucement fuit,
                                             A travers les airs mouillés.
                                             
                                             Tout son collier de blanches perles
                                             Dans le ciel bleu s'est délié.
                                             Chantez, les merles,
                                             Dansez, les pies!
                                             Parmi les branches qu'elle plie,
                                             Dansez, les fleurs, chantez les nids;
                                             Tout ce qui vient du ciel est béni.
                                             
                                             De ma bouche, elle approche
                                             Ses lèvres humides des fraises des bois;
                                             Rit, et me touche,
                                             Partout à la fois,
                                             De ses milliers de petits doigts.
                                             Sur des tapis de fleurs sonores,
                                             De l'aurore jusqu'au soir,
                                             Et du soir jusqu'à l'aurore,
                                             Elle pleut et pleut encore,
                                             Autant qu'elle peut pleuvoir.
                                             
                                             Puis, vient le soleil qui essuie,
                                             De ses cheveux d'or,
                                             Les pieds de la Pluie.
                                             

SAINTE-BEUVE
                                             Né en 1804
                                             
                                             
                                             A LA RIME
                                             
                                             Rime, qui donnes leurs sons
                                             Aux chansons,
                                             Rime, l'unique harmonie
                                             Du vers, qui, sans tes accents
                                             Frémissants,
                                             Serait muet au génie;
                                             
                                             Rime, écho qui prends la voix
                                             Du hautbois
                                             Ou l'éclat de la trompette,
                                             Dernier adieu d'un ami
                                             Qu'à demi
                                             L'autre ami de loin répète;
                                             
                                             Rime, tranchant aviron,
                                             Eperon
                                             Qui fends la vague écumante
                                             Frein d'or, aiguillon d'acier
                                             Du coursier
                                             A la crinière fumante;
                                             
                                             Col étroit, par où saillit
                                             Et jaillit
                                             La source au ciel élancée,
                                             Qui, brisant l'éclat vermeil
                                             Du soleil,
                                             Tombe en gerbe nuancée;
                                             
                                             Anneau pur de diamant,
                                             Ou d'aimant,
                                             Qui, jour et nuit, dans l'enceinte,
                                             Suspends la lampe, ou le soir
                                             L'encensoir
                                             Aux mains de la Vierge sainte;
                                             
                                             Clef, qui loin de l'oeil mortel,
                                             Sur l'autel
                                             Ouvres l'arche du miracle;
                                             Ou tiens le vase embaumé
                                             Renfermé
                                             Dans le cèdre au tabernacle;
                                             
                                             Ou plutôt fée au léger
                                             Voltiger,
                                             Habile, agile courrière,
                                             Qui mènes le char des vers
                                             Dans les airs
                                             Par deux sillons de lumière;
                                             
                                             O Rime! qui que tu sois,
                                             Je reçois
                                             Ton joug; et longtemps rebelle,
                                             Corrigé, je te promets
                                             Désormais
                                             Une oreille plus fidèle.
                                             
                                             Mais aussi devant mes pas
                                             Ne fuis pas;
                                             Quand la Muse me dévore,
                                             Donne, donne par égard
                                             Un regard
                                             Au poète qui t'implore!
                                             
                                             Dans un vers tout défleuri,
                                             Qu'a flétri
                                             L'aspect d'une règle austère,
                                             Ne laisse point murmurer,
                                             Soupirer,
                                             La syllabe solitaire.
                                             
                                             Sur ma lyre, l'autre fois,
                                             Dans un bois,
                                             Ma main préludait à peine:
                                             Une colombe descend,
                                             En passant,
                                             Blanche sur le luth d'ébène.
                                             
                                             Mais au lieu d'accords touchants,
                                             De doux chants,
                                             La colombe gémissante
                                             Me demande par pitié
                                             Sa moitié,
                                             Sa moitié loin d'elle absente.
                                             
                                             Ah! plutôt, oiseaux charmants,
                                             Vrais amants,
                                             Mariez vos voix jumelles;
                                             Que ma lyre et ses concerts
                                             Soient couverts
                                             De vos baisers, de vos ailes;
                                             
                                             Ou bien, attelés d'un crin
                                             Pour tout frein
                                             Au plus léger des nuages,
                                             Traînez-moi, coursiers chéris
                                             De Cypris,
                                             Au fond des sacrés bocages.
                                             

SULLY PRUDHOMME
                                             Né en 1839
                                             
                                             
                                             LES CHAÎNES
                                             
                                             J'ai voulu tout aimer et je suis malheureux,
                                             Car j'ai de mes tourments multiplié les causes;
                                             D'innombrables liens frêles et douloureux
                                             Dans l'univers entier vont de mon âme aux choses.
                                             
                                             Tout m'attire à la fois et d'un attrait pareil;
                                             Le vrai par ses lueurs, l'inconnu par ses voiles;
                                             Un trait d'or frémissant joint mon coeur au soleil
                                             Et de longs fils soyeux l'unissent aux étoiles.
                                             
                                             La cadence m'enchaîne à l'air mélodieux,
                                             La douceur du velours aux roses que je touche;
                                             D'un sourire j'ai fait la chaîne de mes yeux,
                                             Et j'ai fait d'un baiser la chaîne de ma bouche.
                                             
                                             Ma vie est suspendue à ces fragiles noeuds,
                                             Et je suis le captif des mille êtres quej'aime;
                                             Au moindre ébranlement qu'un souffle cause en eux
                                             Je sens un peu de moi s'arracher de moi-même.
                                             
                                             
                                             LE VASE BRISÉ
                                             
                                             Le vase où meurt cette verveine
                                             D'un coup d'éventail fut fêlé;
                                             Le coup dut l'effleurer à peine,
                                             Aucun bruit ne l'a révélé.
                                             
                                             Mais la légère meurtrissure,
                                             Mordant le cristal chaque jour,
                                             D'une marche invisible et sûre
                                             En a fait lentement le tour.
                                             
                                             Son eau fraîche a fui goutte à goutte,
                                             Le suc des fleurs s'et épuisé;
                                             Personne encore ne s'en doute,
                                             N'y touchez pas, il est brisé.
                                             
                                             Souvent aussi la main qu'on aime,
                                             Effleurant le coeur, le meurtrit;
                                             Puis le coeur se fend de lui-même,
                                             La fleur de son amour périt;
                                             
                                             Toujours intact aux yeux du monde,
                                             Il sent croître et pleurer tout bas
                                             Sa blessure fine et profonde:
                                             Il est brisé, n'y touchez pas.
                                             
                                             
                                             LES YEUX
                                             
                                             Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
                                             Des yeux sans nombre ont vu l'aurore;
                                             Ils dorment au fond des tombeaux
                                             Et le soleil se lève encore.
                                             
                                             Les nuits plus douces que les jours
                                             Ont enchanté des yeux sans nombre;
                                             Les étoiles brillent toujours
                                             Et les yeux se sont remplis d'ombre.
                                             
                                             Oh! qu'ils aient perdu le regard,
                                             Non, non, cela n'est pas possible!
                                             Ils se sont tournés quelque part
                                             Vers ce qu'on nomme l'invisible;
                                             
                                             Et comme les astres penchants
                                             Nous quittent, mais au ciel demeurent,
                                             Les prunelles ont leurs couchants,
                                             Mais il n'est pas vrai qu'elles meurent;
                                             
                                             Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
                                             Ouverts à quelque immense aurore,
                                             De l'autre côté des tombeaux
                                             Les yeux qu'on ferme voient encore.
                                             
                                             
                                             A. ANGELLIER
                                             Né en 1848
                                             
                                             
                                             LES CARESSES DES YEUX
                                             
                                             Les caresses des yeux sont les plus dorables;
                                             Elles apportent l'âme aux limites de l'être,
                                             Et livrent des secrets autrement ineffables,
                                             Dans lesquels seuls le fond du coeur peut apparaître.
                                             
                                             Les baisers les plus purs sont grossiers auprès d'elles;
                                             Leur langage est plus fort que toutes les paroles;
                                             Rien n'exprime que lui les choses immortelles
                                             Qui passent par instants dans nos êtres frivoles.
                                             
                                             Lorsque l'âge a vieilli la bouche et le sourire
                                             Dont le pli lentement s'est comblé de tristesses,
                                             Elles gardent encor leur limpide tendresse;
                                             
                                             Faites pour consoler, enivrer et séduire,
                                             Elles ont les douceurs, les ardeurs et les charmes!
                                             Et quelle autre caresse a traversé des larmes?
                                             
                                             
                                             L'HABITUDE
                                             
                                             La tranquille habitude aux mains silencieuses
                                             Panse, de jour en jour, nos plus grandes blessures;
                                             Elle met sur nos coeurs ses bandelettes sûres
                                             Et leur verse sans fin ses huiles oublieuses;
                                             
                                             Les plus nobles chagrins, qui voudraient se défendre,
                                             Désireux de durer pour l'amour qu'ils contiennent,
                                             Sentent le besoin cher et dont ils s'entretiennent
                                             Devenir, malgré eux, moins farouche et plus tendre;
                                             
                                             Et, chaque jour, les mains endormeuses et douces,
                                             Les insensibles mains de la lente Habitude,
                                             Resserrent un peu plus l'étrange quiétude
                                             Où le mal assoupi se soumet et s'émousse;
                                             
                                             Et du même toucher dont elle endort la peine,
                                             Du même frôlement délicat qui repasse
                                             Toujours, elle délustre, elle éteint, elle efface,
                                             Comme un reflet, dans un miroir, sous une haleine,
                                             
                                             Les gestes, le sourire et le visage même
                                             Dont la présence était divine et meurtrière;
                                             Ils pâlissent couverts d'une fine poussière;
                                             La source des regrets devient voilée et blême.
                                             
                                             A chaque heure apaisant la souffrance amollie,
                                             Otant de leur éclat aux voluptés perdues,
                                             Elle rapproche ainsi de ses mains assidues,
                                             Le passé du présent, et les réconcilie;
                                             
                                             La douleur s'amoindrit pour de moindres délices;
                                             La blessure adoucie et calme se referme;
                                             Et les hauts désespoirs, qui se voulaient sans terme,
                                             Se sentent lentement changés en cicatrices;
                                             
                                             Et celui qui chérit sa sombre inquiétude.
                                             Qui verserait des pleurs sur sa douleur dissoute,
                                             Plus que tous les tourments et les cris vous redoute,
                                             Silencieuses mains de la lente Habitude.
                                             
                                             
                                             
                                             ALBERT SAMAIN
                                             Né en 1858
                                             
                                             
                                             IL EST D'ETRANGES SOIRS
                                             
                                             Il est d'étranges soirs où les fleurs ont une âme,
                                             Où dans l'air énervé flotte du repentir,
                                             Où sur la vague lente et lourde d'un soupir
                                             Le coeur le plus secret aux lèvres vient mourir.
                                             Il est d'étranges soirs où les fleurs ont une âme,
                                             Et, ces soirs-là, je vais tendre comme une femme.
                                             
                                             Il est de clairs matins, de roses se coiffant,
                                             Où l'âme a des gaîtés d'eaux vives dans les roches,
                                             Où le coeur est un ciel de Pâques plein de cloches,
                                             Où la chair est sans tache et l'esprit sans reproches.
                                             il est de clairs matins, de roses se coiffant,
                                             Ces matins-là, je vais joyeux comme un enfant.
                                             
                                             Il est de mornes jours où, las de se connaître,
                                             Le coeur, vieux de mille ans, s'assied sur son butin,
                                             Où le plus cher passé semble un décor déteint,
                                             Où s'agite un vague et minable cabotin.
                                             Il est de mornes jours, las du poids de connaître,
                                             Et, ces jours-là, je vais courbé comme un ancêtre.
                                             
                                             Il est des nuits de doute où l'angoisse vous tord,
                                             Où l'âme, au bout de la spirale descendue,
                                             Pâle et sur l'infini terrible suspendue,
                                             Sent le vent de l'abîme et recule éperdue!
                                             Il est des nuits de doute où l'angoisse vous tord,
                                             Et, ces nuits-là, je suis dans l'ombre comme un mort.
                                             

 

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