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Joachim du
Bellay (1522-1560)
SONNET
Qui a vu quelque fois un grand chêne asséché, Qui pour son ornement quelque
trophée porte, Lever encore au ciel sa vieille tête morte, Dont le pied fermement n'est en terre fiché,
Mais
qui dessus le champ plus qu'à demi penché Montre ses bras tout nus, et sa racine torte, Et sans feuille ombrageux, de
son poids se supporte Sur un tronc nouailleux en cent lieux ébranché:
Et bien qu'au premier vent il doive sa ruine, Et
maint jeune à l'entour ait ferme la racine, Du dévot populaire être seul révéré:
Qui tel chêne a pu voir, qu'il
imagine encore Comme entre les cités, qui plus florissent ore, Ce vieil honneur poudreux est le plus honoré.
Léon-Gabriel
Gros
MARRONNIERS EN FLEURS
Marronniers quand fait pleuvoir le vent Vos feux d'artifice muets Il n'est
pas, au pouvoir des oreilles humaines D'entendre vos corolles s'effeuiller.
Si le cristal exhale sous le doigt Parfois
un chant qui le fêle soudain Les fleurs, étant de plus subtile essence Laissent à qui les tue le soin de les pleurer.
Enseignez-moi
les vertus du silence, Et quand la foudre de la mort se sera tue Calcinés comme vous mais contre un ciel de germes Nous
rirons à jamais des stériles tonnerres.
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Théodore
de Banville (1823-1891)
CONSEIL
Eh bien! mêle ta vie à la verte forêt, Escalade la roche aux
nobles altitudes. Respire, et libre enfin des vieilles servitudes, Fuis les regrets amers que ton coeur savourait.
Dès
l'heure éblouissante où le matin paraît, Marche au hasard; gravis les sentiers les plus rudes. Va devant toi, baisé
par l'air des solitudes, Comme une biche en pleurs qu'on effaroucherait.
Cueille la fleur agreste au bord du précipice, Regarde
l'antre affreux que le lierre tapisse Et le vol des oiseaux dans les chênes toufus.
Marche et prête l'oreille en
tes sauvages courses; Car tout le bois frémit, plein de rythmes confus, Et la Muse aux beaux yeux chante dans l'eau
des sources
PIERRE DE RONSARD
(1524-1585)
ODES IV, 22
Bel aupébin, fleurissant,
Verdissant
Le long de ce beau rivage,
Tu es vêtu jusqu'au bas
Des longs bras
D'une lambruche sauvage.
Deux camps de rouges fourmis
Se sont mis
En garnison sous ta souche.
Dans les pertuis de ton tronc
Tout du long
Les avettes ont leur couche.
Le chantre rossignolet
Nouvelet,
Courtisant sa bien-aimée,
Pour ses amours alléger
Vient loger
Tous les ans en ta ramée.
Sur ta cime, il fait son nid
Tout uni
De mousse et de fine soie,
Où ses petits écloront,
Qui seront
De mes mains la douce proie.
Or vis gentil aubépin,
Vis sans fin,
Vis sans que jamais tonnerre,
Ou la cognée, ou les vents,
Ou les temps
Te puissent ruer par terre.
JULES SUPERVIELLE
LE PREMIER ARBRE
C'était lors de mon premier arbre,
J'avais beau le sentir en moi
Il me surprit par tant de branches,
Il était arbre mille fois.
Moi qui suis tout ce que je forme
Je ne me savais pas feuillu,
Voilà que je donnais de l'ombre
Et j'avais des oiseaux dessus.
Je cachais ma sève divine
Dans ce fût qui montant au ciel
Mais j'étais pris par la racine
Comme à un piège naturel.
C'était lors de mon premier arbre,
L'homme s'assit sous le feuillage
Si tendre d'être si nouveau.
Etait-ce un chêne ou bien un orme
C'est loin et je ne sais pas trop
Mais je sais bien qu'il plut à l'homme
Qui s'endormit les yeux en joie
Pour y rêver d'un petit bois.
Alors au sortir de son somme
D'un coup je fis une forêt
De grands arbres nés centenaires
Et trois cents cerfs la parcouraient
Avec leurs biches déjà mères.
Ils croyaient depuis très longtemps
L'habiter et la reconnaître
Les six-cors et leurs bramements
Non loin de faons encore à naître.
Ils avaient, à peine jaillis,
Plus qu'il ne fallait d'espérance
Ils étaient lourds de souvenirs
Qui dans les miens prenaient naissance.
D'un coup je fis chênes, sapins,
Beaucoup d'écureuils pour les cimes,
L'enfant qui cherche son chemin
Et le bûcheron qui l'indique,
Je cachai de mon mieux le ciel
Pour ses distances malaisées
Mais je le redonnai pour tel
Dans les oiseaux et la rosée.
NAISSANCE D'UN PALMIER
L'âme invisible et tout de même lourde,
On se veut palme en son intimité,
Et l'on est un désir aux belles courbes,
Fourmillement de pressantes fiertés,
On ne peut plus dissimuler sa face
On va bondir dans sa réalit
Et tout d'un coup emplissant son espace
Fuse un palmier ivre de vérité,
Le tronc bien pris de taille et le bouquet
Illuminé d'un luxe perspicace,
Bien accroché de racines voraces
Il vibre encor de sa témérité
Quand un oiseau vérifiant la place
Y fait son nid et sa félicité.
GUILLAUME APOLLINAIRE
LES SAPINS
Les sapins en bonnets pointus
De longues robes revêtus
Comme des astrologues
Saluent leurs frères abattus
Les bateaux qui sur le Rhin voguent
Dans les sept arts endoctrinés
Par les vieux sapins leurs aînés
Qui sont de grands poètes
Ils se savent prédestinés
A briller plus que des planètes
A briller doucement changés
En étoiles et enneigés
Aux Noëls bienheureuses
Fêtes des sapins ensongés
Aux longues branches langoureuses
Les sapins beaux musiciens
Chantent des noëls anciens
Aux vents des soirs d'automne
Ou bien graves magiciens
Incantent le ciel quand il tonne
Des rangées de blancs chérubins
Remplacent l'hiver les sapins
Et balancent leurs ailes
L'été ce sont de grands rabbins
Ou bien de vieilles demoiselles
Sapins médecins divagants
Ils vont offrant leurs bons onguents
Quand la montagne accouche
De temps en temps sous l'ouragan
Un vieux sapin geint et se couche.
GEVENIÈVE LAPORTE
LE CHÊNE
Mon chêne je te retrouve sous le soleil torride
Mon chêne lacéré par les crocs des chenilles
Qui me rend mon pays échappant sous le masque
Insulte maculée des fleurs à sa ligne aride
Subtil désert de volupté brûlante
Malgré le fouet bruissant des mouches acharnées
En brassées piétinant le silence de buse
Hier le vent du nord me poussait hors les cimes
Perdue étais-je dans le rire d'une terre
A sa vérité âpre
Ingrate à l'étranger
Mon chêne se souvient d'une joie détruite
Mon chêne baise mes mains de ses feuilles meurtries
Avec lui fidèle je retourne à moi-même
PIERRE MÉNANTEAU
PEUPLIER
Peuplier, peuplier,
Arbre si bien lié
Au moindre vent qui passe,
C'est toi, qui, le premier,
Pressentis dans l'espace
Un souffle, on ne sait quoi
Qui devance le froid.
Peuplier, peuplier,
Torche d'inquiétude
Erigée en l'été
Que ton feuillage élude,
Ne me crois pas lié
Au froid de ton aubier.
Peuplier, peuplier,
Sous mon humaine écorce
J'ai mon chaud, j'ai mon froid
Soumis à d'autres lois
Que celles qui te forcent,
O toi, si bien lié.
MICHEL MANOLL
BOUQUET D'ARBRES
Il faut parler des ifs comme on parle des morts
Du pelage d'automne enrobant l'eau qui dort
Le lilas oiseau-lyre ouvrant ses ailes blanches
C'est un flocon de neige qui plane sur les branches
Et le doux peuplier les calèches du vent
L'entraînent au galop de leurs chevaux piaffant
Ambre liquide ourlant la rive des forêts
L'écorce du bouleau tisse sa voie lactée
Le sapin familier de ses aiguilles brunes
Faufile la voilure attachée à sa hune
Et la pluie dans les mains frêles des marronniers
Glisse et s'effrite comme la vie d'u prisonnier
Mais le chêne fixé sur un socle de marbre
Semble un berger figé parmi son troupeau d'arbres
Si je nomme le charme une allée se dénoue
Une source enchâssée à son collier de houx
Et je ne sais que dire à ces obscurs témoins:
Tilleuls rompant le soir leur graine de parfums
Pommiers de gloire au flanc des collines couchés
Saules tremblants comme une fille effarouchée
A tous ceux qui s'en vont cherchant dans la nuit noire
La charnelle vêture et l'humaine mémoire
ROBERT DESNOS
IL ÉTAIT UNE FEUILLE
Il était une feuille avec ses lignes
Ligne de vie
Ligne de chance
Ligne de coeur
Il était une branche au bout de la feuille
Ligne fourchue signe de vie
Signe de chance
Signe de coeur
Il était un arbre au bout de la branche
Un arbre digne de vie
Digne de chance
Digne de coeur
Coeur gravé, percé, transpercé,
Un arbre que nul jamais ne vit.
Il était des racines au bout de l'arbre
Racines vignes de vie.
Vignes de chance
Vignes de coeur
Au bout des racines il était la terre
La terre tout court
La terre toute ronde
La terre toute seule au travers du ciel
La terre.
LUCIEN BECKER
PRÉSENCE DU SOLEIL
...Avant d'entrer dans les bois,
La pluie frappe aux feuilles
Qui sont pour elle le seuil
D'une solitude sans poids.
Elle a parcouru tout l'espace
Pour venir sans hâte couler
Dans d'obscurs sentiers
Où rien ne doit marquer son passage.
Il suffit pourtant d'un rayon de soleil
Pour qu'éclate sa présence,
Pour qu'un instant la forêt pense
Aux vitres dont elle l'émerveille.
Un couchant doit surgir
De cet incendie d'eau
Où la terre s'éclaire de ce qu'elle a de plus beau
Parce qu'elle aime les forêts à en mourir.
PIERRE MATHIAS
CHANT DE LA PLUS HAUTE FEUILLE
Sur la plus haute branche
Langue vibrante au vent
La feuille la plus haute
Chante l'arbre vivant.
L'avide ver, la taupe
Savent-ils mieux que moi
S'enfoncer dans l'épaule
Maternelle où je bois?
O volupté de n'être
Jamais séparé du
Ventre qui me fit naître
Tel un enfant perdu.
Le martinet, la grive
Mieux que moi goûtent-ils
Cette ivresse de vivre
Dans l'air, de l'air subtil?
Par tant de bouches vertes
J'absorbe jour et nuit.
Feuilles! lèvres offertes
Aux lèvres de la pluie
Feuilles, mains palpitantes
Vous palpez dans l'air pur
Les brises fécondantes
La place du fruit mûr...
VICTOR HUGO
AUX ARBRES
Arbres de la forêt, vous connaissez mon âme!
Au gré des envieux, la foule loue et blâme;
Vous me connaissez, vous! - Vous m'avez vu souvent,
Seul dans vos profondeurs, regardant et rêvant.
Vous le savez, la pierre où court un scarabée,
Une humble goutte d'eau de fleur en fleur tombée,
Un nuage, un oiseau, m'occupent tout un jour.
La contemplation m'emplit le coeur d'amour.
Vous m'avez vu cent fois, dans la vallée obscure,
Avec ces mots que dit l'espirt à la nature,
Questionner tout bas vos rameaux palpitants,
Et du même regard poursuivre en même temps,
Pensif, le front baissé, l'oeil dans l'herbe profonde,
L'étude d'un atome et l'étude du monde.
Attentif à vos bruits qui parlent tous un peu,
Arbres, vous m'avez vu fuir l'homme et chercher Dieu!
Feuilles qui tressaillez à la pointe des branches,
Nids ddont le vent au loin sème les plumes blanches,
Clairières, vallons verts, déserts sombres et doux,
Vous savez que je suis calme et pur comme vous.
COmme au ciel vos parfums, mon culte à Dieu s'élance,
Et je suis plein d'oubli comme vous de silence!
La haine sur mon nom répand en vain son fiel;
Toujours - je vous atteste, ô bois aimés du ciel! -
J'ai chassé loin de moi toute pensée amère,
Et mon coeur est encor tel que le fit ma mère
Arbres de ces grands bois qui frissonnez toujours,
Je vous aime, et vous, lierre au seuil des antres sourds,
Ravins où l'on entend filtrer les sources vives,
Buissons que les oiseaux pillent, joyeux convives
Quand je suis parmi vous, arbres de ces grands bois,
Dans tout ce qui m'entoure et me cache à la fois,
Dans votre solitude où je rentre en moi-même,
Je sens quelqu'un de grand qui m'écoute et qui m'aime!
Aussi, taillis sacrés où Dieu même apparaît,
Arbres religieux, chênes, mousses, forêt,
Forêts! c'est dans votre ombre et dans votre mystère,
C'est sous votre branchage auguste et solitaire,
Que je veux abriter mon sépulcre ignoré,
Et que je veux dormir quand je m'endormirai.
ROBERT SABATIER
CHANT TRIOMPHAL DE L'ARBRE
Arbre couleur d'oiseau, je n'ai plus peur des plaines
Je pourrai m'envoler par delà le ciel noir
Mon printeps, ton printemps dansent à perdre haleine
L'enfant, le liseron grimperont jusqu'au soir
Grimperont jusqu'à Dieu plus haut que la montagne
Arbre couleur d'oiseau je resterai quand même
Porteur de chevelure, arbre parmi les arbres.
Arbre couleur de l'eau, je coule d'un poème
Dans tous les corps d'ici, dans les coeurs et les ailes.
Hommes, je vous habite un instant, puis je pars
Je reviens à mon cri. La fleur souffle un abeille
Pour lui donner le vol, le vria suc du voyage
Mes chants et mes parfums jaillissent de mes branches
Et pour toucher le ciel, j'agite mon feuillage
Comme un grand pavillon habité de mésanges...
DUCIS
A MON PETIT BOIS
...Bois pur, où rien ne m'importune,
Où des cours et de la fortune
J'ignore et la pompe et les fers,
Où je me plais, où je m'égare,
Où d'abord ma muse s'empare
De la liberté des déserts;
Où je vis avec l'innocence,
Le sommeil et la douce aisance,
Et l'oubli de cet univers,
Loin de moi jetant dans les airs
Tous les orgueils de l'importance,
Tous les songes de l'espérance
Et l'ennui de tous les travers;
Où pour moi, ma seule opulence,
Ce que je sens, ce que je pense,
Devient du plaisir et des vers.
O le plus charmant bois de France!
Que de douceurs dans tes concerts!
Quel entretien dans ton silence!
Quel secret dans ta confidence!
Que de fraîcheur sous tes couverts!
CHATEAUBRIAND
LA FORÊT
Forêt silencieusee, aimable solitude,
Que j'aime à parcourir votre ombrage ignoré
Dans vos sombres détours, en rêvant égaré,
J'éprouve un sentiment libre d'inquiétude,
Prestige de mon coeur! je crois voir s'exhaler
Des arbres, des gazons, une douce tristesse:
Cette onde que j'entends murmure avec mollesse,
Et dans le fond des bois semble encor m'appeler.
Oh! que ne puis-je, heureux, passer ma vie entière
Ici, loin des humains! Au bruit de ces ruisseaux,
Sur un tapis de fleurs, sur l'herbe printanière,
Qu'ignoré je sommeille à l'ombre des ormeaux!
Tout parle, tout me plaît sous ces vo¸utes tranquilles:
Ces genêtes, ornements d'un sauvage réduit,
Ce chèvrefeuille atteint d'un vent léger qui fuit,
Balancent tour à tour leurs guirlandes mobiles.
Forêts dans vos abris gardez mes voeux offerts,
A quel amant jamais serez-vous aussi chères?
D'autres vous rediront des amours étrangères;
Moi, de vos charmes seuls j'entretiens vos déserts.
NICOLAS GILBERT
LES CHARMES DES BOIS
Que j'aime ces bois solitaires!
Aux bois se plaisent les amants;
Les nymphes y sont moins sévères,
et les bergers plus éloquents.
Les gazons, l'ombre et le silence
Inspirent les tendres aveux;
L'Amour est aux bois sans défense;
C'est aux bois qu'il fait des heureux.
O vous qui, pleurant sur vos chaînes,
Sans espoirs servez sous ses lois,
Pour attendrir vos inhumaines,
Tachez de les ocnduire aux bois!
Venez aux bois, beautés volages;
Ici les amours osnt discrets:
Vos soeurs visitent les ombrages,
Les Grâces aiment les forêts....
PIERRE LOUYS
Les arbres des forêts sont des femmes très belles
Dont l'invisible corps sous l'écorce est vivant.
La plus pure eau du ciel les abreuve, et le vent
En séchant leurs cheveux les couronne d'ombrelles.
Leur front n'est pas chargé de la tour des Cybèles:
L'ombre seule des fleurs sur leur regard mouvant
Retombe, et, le long de leurs bras se poursuivant,
Tournent les lierres verts qu'empourprent les rubelles.
Les arbres des forêts sont des femmes debout
QUi le jour portent l'aigle et la nuit le hibou,
Puis les regardent fuir sur la terre inconnue.
La rapide espérance et le rêve incertain
S'envolent tour à tour de leur épaule nue
Et la captive en pleurs s'enracine au destin.
GEORGES DUHAMEL
MA SOLITUDE
Comme deux arbres bien semblables
Tournés vers le même horizon,
Nous partageons les nourritures
Et plions sous les mêmes souffles.
Serai-je encore seul sur la terre
Maintenant que je t'ai nommée?
AI-je abdiqué la solitude
Pour t'avoir prise entre mes bras?
Comme deux grands arbres voisins
Nous mêlons feuilles et racines,
Et la brise quinous traverse
N'en a qu'une âme et qu'une odeur.
Je te prends dans ma solitude!
Elle est si profonde et si calme
Que le bruit de nos deux haleines
Est trop faible pour l'émouvoir.
Comme deux arbres vigoureux
Nous poussons dans un ciel limpide
Deux jets de sève parallèles
Eternellement exilés,.
Pourtant, dès que le vent s'élève,
De nos frondaisons confondues,
Il chasse une musique unique
Qui ne trahit qu'un seul désir.
SAINTE-BEUVE
J'étais un arbre en fleur où chantait ma jeunesse,
Jeunesse, oiseau charmant, mais trop vite envolé,
Et même, avant de fuir du bel arbre effeuillé,
Il m'avait tant chanté qu'il se plaignait sans cesse.
Mas sa plainte était douce, et telle en sa tristesse
Qu'à défaut de témoins et de groupe assemblé,
Le buisson attentif avec l'écho troublé
Et le coeur du vieux chêne en pleuraient de tendresse.
Tout se tait, tout est mort! L'arbre, veuf de chansons,
Etend ses rameaux nus sous les mornes saisons;
Quelque craquement sourd s'entend par intervalle;
Debout, il se dévore, il se ride, il attend,
Jusqu'à l'heure où viendra la corneille fatale
Pour le suprême hiver chanter le dernier chant.
MAURICE FOMBEURE
MON PORTRAIT
Je suis de bois, mes mains et mon visage.
De bois ej suis, oui, de dur coeur de chêne,
Oeuvre gauche d'un sculpteur malhabile
Mais les forêts frémissent dans mon coeur.
Je suis léger jusqu'au bout de mes branches,
Mal équarri du torse et lourd de tronc.
Mais des oiseaux y peuplent mes dimanches,
Les vents y font virer leurs escadrons.
Arbre perdu dans les futaies humaines
Où la cognée bat parfois sourdement,
Arbre pleurant ses lyres incertaines,
Arbre immobile en la forêt dormant,
Ecartelé d'incessantes tempêtes,
Indifférent au souffle chaud des bêtes,
Aveugle et sourd aux sources dans la mousse,
Déjà prêt pour sa chute ténébreuse,
Déjà paré pour son éternité.
LEON-PAMPHILE LE MAY
Mes vieux pins
O vieux pins embaumés qui chantez à la brise,
Debout, sur les coteaux, comme de fiers géants,
J'aime la nudité de votre écorce grise!
O vieux pins embaumés qui chantez à la brise,
J'aime vos bras tendus vers les gouffres béants!
Vous étiez avant moi sur la rive où je pleure,
Et quand j'aurai quitté ce monde que j'effleure,
Vous chanterez encore avec les océans,
Avec l'homme immmortel qu'un souffle pulvérise,
O vieux pins embaumés qui chantez à la brise,
Debout, sur les coteaux, comme de fiers géants!
Vos troncs fermes et droits résistent à l'orage,
Quand je vois autour d'eux tant d'arbres se briser.
Ils me font souvenir des hommes d'un autre âge.
Vos troncs fermes et droits résistent à l'orage,
Et donnent à la nue un front pur à baiser.
Versant comme une pluie, au milieu des soirs calmes,
Leurs chants joyeux, les nids se bercent sur vos palmes.
A vos cimes l'hiver ne semble point peser;
Le lac vous voit frémir dans son brillant mirage;
Vos troncs fermes et droits résistent à l'orage,
Quand je vois autour d'eux tant d'arbres se briser.
Lorsque les feux du soir dorent vos fronts, la terre
Où votre ombre descend nous invite à rêver.
Le sentier où je passe est toujours solitaire.
Lorsque les feux du soir dorent vos fronts, la terre
Où ma course bientôt, hélas! va s'achever,
Me paraît toute belle! O l'étrange demeure!
Et pourquoi l'aimer tant, puisqu'il faut que l'on meure!
Puisque le jour fini ne peut se retrouver!...
J'ai soif de l'inconnu, de son profond mystère.
Lorsque les feux du soir dorent vos fronts, la terre
Où votre ombre descend nous invite à rêver.
Mon âme émue, alors, dans une vague d'ombre
Voit glisser un rayon. C'est l'espoir radieux.
Comme dans l'épaisseur de vos grappes sans nombre,
Mon âme émue, alors, dans une vague d'ombre
Voit quelque fois encor sourire un coin des cieux.
Comme le flot d'argent des urnes renversées,
Beaux arbres, le jour luit dans vos blanches percées,
Et met une auréole à mon front soucieux.
Et qu'importe après tout ce que dure un jour sombre?
Mon âme émue, alors, dans une vague d'ombre
Voit glisser un rayon. C'est l'espoir radieux.
A un vieil arbre
Tu réveilles en moi des souvenirs confus.
Je t'ai vu, n'est-ce pas? moins triste et moins modeste.
Ta tête sous l'orage avait un noble geste,
Et l'amour se cachait dans tes rameaux touffus.
D'autres, autour de toi, comme de riches fûts,
Poussaient leurs troncs noueux vers la voûte céleste.
Ils sont tombés, et rien de leur beauté ne reste;
Et toi-même, aujourd'hui, sait-on ce que tu fus?
O vieil arbre tremblant dans ton écorce grise!
Sens-tu couler encor une sève qui grise?
Les oiseaux chantent-ils sur tes rameaux gercés?
Moi, je suis un vieil arbre oublié dans la plaine,
Et, pour tromper l'ennui dont ma pauvre âme est pleine,
J'aime à me souvenir des nids que j'ai bercés. Chanson de Brassens Auprès de mon arbre Auprès de mon arbre, Je
vivais heureux J'aurais jamais dû m'éloigner d' mon arbre Auprès de mon arbre, Je vivais heureux J'aurais jamais
dû le quitter des yeux. J'ai plaqué mon chêne Comme un saligaud Mon copain le chêne Mon
alter ego On était du même bois Un peu rustique un peu brute Dont on fait n'importe quoi Sauf naturell'ment les
flûtes J'ai maint'nant des frênes Des arbr's de judée Tous de bonne graine De haute futaie Mais toi tu manque
à l'appel Ma vieille branche de campagne Mon seul arbre de Noël Mon mât de cocagne. (refrain) Je suis un pauvr' type J'aurais plus de joie J'ai jeté ma pipe Ma vieill' pipe en bois Qu'avait
fumé sans s' fâcher Sans jamais m'brûler la lippe L' tabac d' la vache enragée Dans sa bonn' vieill' têt' de pipe J'ai
des pip's d'écume Ornées de fleurons De ces pip's qu'on fume En levant le front Mais j' retrouv'rai plus ma foi Dans
mon coeur ni sur ma lippe Le goût d' ma vieill' pip' en bois Sacré nom d'un' pipe. (refrain) Le surnom d'infâme Me va comme un gant D'avecques ma femme J'ai foutu le camp Parc' que depuis tant
d'années C'était pas un' sinécure De lui voir tout l' temps le nez Au milieu de la figure Je bas la campagne Pour
dénicher la Nouvelle compagne Valant celles-là Qui, bien sûr, laissait beaucoup Trop de pierr's dans les lentilles Mais
se pendait à mon cou Quand j' perdais mes billes. (refrain) J'avais
un' mansarde Pour tout logement Avec des lézardes Sur le firmament Je l'savais par cur depuis Et pour un baiser
la course J'emmenais mes bell's de nuits Faire un tour sur la grande ourse J'habit' plus d' mansarde Il peut désormais Tomber
des hall'bardes Je m'en bats l'il mais, Mais si quelqu'un monte aux cieux Moins que moi j'y paie des prunes Y
a cent sept ans qui dit mieux, Qu' j'ai pas vu la lune! (au refrain)

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