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Arbres | Poèmes sur les arbres

Poèmes sur le thème des arbres

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Les plus beaux poèmes écrits sur les arbres à travers le temps !

Les arbres... sans qui la terre serait nue...

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Joachim du Bellay
(1522-1560)


SONNET

Qui a vu quelque fois un grand chêne asséché,
Qui pour son ornement quelque trophée porte,
Lever encore au ciel sa vieille tête morte,
Dont le pied fermement n'est en terre fiché,

Mais qui dessus le champ plus qu'à demi penché
Montre ses bras tout nus, et sa racine torte,
Et sans feuille ombrageux, de son poids se supporte
Sur un tronc nouailleux en cent lieux ébranché:

Et bien qu'au premier vent il doive sa ruine,
Et maint jeune à l'entour ait ferme la racine,
Du dévot populaire être seul révéré:

Qui tel chêne a pu voir, qu'il imagine encore
Comme entre les cités, qui plus florissent ore,
Ce vieil honneur poudreux est le plus honoré.



Léon-Gabriel Gros

MARRONNIERS EN FLEURS

Marronniers quand fait pleuvoir le vent
Vos feux d'artifice muets
Il n'est pas, au pouvoir des oreilles humaines
D'entendre vos corolles s'effeuiller.

Si le cristal exhale sous le doigt
Parfois un chant qui le fêle soudain
Les fleurs, étant de plus subtile essence
Laissent à qui les tue le soin de les pleurer.

Enseignez-moi les vertus du silence,
Et quand la foudre de la mort se sera tue
Calcinés comme vous mais contre un ciel de germes
Nous rirons à jamais des stériles tonnerres.

 
Théodore
                           de Banville
(1823-1891)


CONSEIL

Eh bien! mêle ta vie à la verte forêt,
Escalade la roche aux nobles altitudes.
Respire, et libre enfin des vieilles servitudes,
Fuis les regrets amers que ton coeur savourait.

Dès l'heure éblouissante où le matin paraît,
Marche au hasard; gravis les sentiers les plus rudes.
Va devant toi, baisé par l'air des solitudes,
Comme une biche en pleurs qu'on effaroucherait.

Cueille la fleur agreste au bord du précipice,
Regarde l'antre affreux que le lierre tapisse
Et le vol des oiseaux dans les chênes toufus.

Marche et prête l'oreille en tes sauvages courses;
Car tout le bois frémit, plein de rythmes confus,
Et la Muse aux beaux yeux chante dans l'eau des sources
 
PIERRE DE RONSARD (1524-1585) ODES IV, 22 Bel aupébin, fleurissant, Verdissant Le long de ce beau rivage, Tu es vêtu jusqu'au bas Des longs bras D'une lambruche sauvage. Deux camps de rouges fourmis Se sont mis En garnison sous ta souche. Dans les pertuis de ton tronc Tout du long Les avettes ont leur couche. Le chantre rossignolet Nouvelet, Courtisant sa bien-aimée, Pour ses amours alléger Vient loger Tous les ans en ta ramée. Sur ta cime, il fait son nid Tout uni De mousse et de fine soie, Où ses petits écloront, Qui seront De mes mains la douce proie. Or vis gentil aubépin, Vis sans fin, Vis sans que jamais tonnerre, Ou la cognée, ou les vents, Ou les temps Te puissent ruer par terre. JULES SUPERVIELLE LE PREMIER ARBRE C'était lors de mon premier arbre, J'avais beau le sentir en moi Il me surprit par tant de branches, Il était arbre mille fois. Moi qui suis tout ce que je forme Je ne me savais pas feuillu, Voilà que je donnais de l'ombre Et j'avais des oiseaux dessus. Je cachais ma sève divine Dans ce fût qui montant au ciel Mais j'étais pris par la racine Comme à un piège naturel. C'était lors de mon premier arbre, L'homme s'assit sous le feuillage Si tendre d'être si nouveau. Etait-ce un chêne ou bien un orme C'est loin et je ne sais pas trop Mais je sais bien qu'il plut à l'homme Qui s'endormit les yeux en joie Pour y rêver d'un petit bois. Alors au sortir de son somme D'un coup je fis une forêt De grands arbres nés centenaires Et trois cents cerfs la parcouraient Avec leurs biches déjà mères. Ils croyaient depuis très longtemps L'habiter et la reconnaître Les six-cors et leurs bramements Non loin de faons encore à naître. Ils avaient, à peine jaillis, Plus qu'il ne fallait d'espérance Ils étaient lourds de souvenirs Qui dans les miens prenaient naissance. D'un coup je fis chênes, sapins, Beaucoup d'écureuils pour les cimes, L'enfant qui cherche son chemin Et le bûcheron qui l'indique, Je cachai de mon mieux le ciel Pour ses distances malaisées Mais je le redonnai pour tel Dans les oiseaux et la rosée. NAISSANCE D'UN PALMIER L'âme invisible et tout de même lourde, On se veut palme en son intimité, Et l'on est un désir aux belles courbes, Fourmillement de pressantes fiertés, On ne peut plus dissimuler sa face On va bondir dans sa réalit Et tout d'un coup emplissant son espace Fuse un palmier ivre de vérité, Le tronc bien pris de taille et le bouquet Illuminé d'un luxe perspicace, Bien accroché de racines voraces Il vibre encor de sa témérité Quand un oiseau vérifiant la place Y fait son nid et sa félicité. GUILLAUME APOLLINAIRE LES SAPINS Les sapins en bonnets pointus De longues robes revêtus Comme des astrologues Saluent leurs frères abattus Les bateaux qui sur le Rhin voguent Dans les sept arts endoctrinés Par les vieux sapins leurs aînés Qui sont de grands poètes Ils se savent prédestinés A briller plus que des planètes A briller doucement changés En étoiles et enneigés Aux Noëls bienheureuses Fêtes des sapins ensongés Aux longues branches langoureuses Les sapins beaux musiciens Chantent des noëls anciens Aux vents des soirs d'automne Ou bien graves magiciens Incantent le ciel quand il tonne Des rangées de blancs chérubins Remplacent l'hiver les sapins Et balancent leurs ailes L'été ce sont de grands rabbins Ou bien de vieilles demoiselles Sapins médecins divagants Ils vont offrant leurs bons onguents Quand la montagne accouche De temps en temps sous l'ouragan Un vieux sapin geint et se couche. GEVENIÈVE LAPORTE LE CHÊNE Mon chêne je te retrouve sous le soleil torride Mon chêne lacéré par les crocs des chenilles Qui me rend mon pays échappant sous le masque Insulte maculée des fleurs à sa ligne aride Subtil désert de volupté brûlante Malgré le fouet bruissant des mouches acharnées En brassées piétinant le silence de buse Hier le vent du nord me poussait hors les cimes Perdue étais-je dans le rire d'une terre A sa vérité âpre Ingrate à l'étranger Mon chêne se souvient d'une joie détruite Mon chêne baise mes mains de ses feuilles meurtries Avec lui fidèle je retourne à moi-même PIERRE MÉNANTEAU PEUPLIER Peuplier, peuplier, Arbre si bien lié Au moindre vent qui passe, C'est toi, qui, le premier, Pressentis dans l'espace Un souffle, on ne sait quoi Qui devance le froid. Peuplier, peuplier, Torche d'inquiétude Erigée en l'été Que ton feuillage élude, Ne me crois pas lié Au froid de ton aubier. Peuplier, peuplier, Sous mon humaine écorce J'ai mon chaud, j'ai mon froid Soumis à d'autres lois Que celles qui te forcent, O toi, si bien lié. MICHEL MANOLL BOUQUET D'ARBRES Il faut parler des ifs comme on parle des morts Du pelage d'automne enrobant l'eau qui dort Le lilas oiseau-lyre ouvrant ses ailes blanches C'est un flocon de neige qui plane sur les branches Et le doux peuplier les calèches du vent L'entraînent au galop de leurs chevaux piaffant Ambre liquide ourlant la rive des forêts L'écorce du bouleau tisse sa voie lactée Le sapin familier de ses aiguilles brunes Faufile la voilure attachée à sa hune Et la pluie dans les mains frêles des marronniers Glisse et s'effrite comme la vie d'u prisonnier Mais le chêne fixé sur un socle de marbre Semble un berger figé parmi son troupeau d'arbres Si je nomme le charme une allée se dénoue Une source enchâssée à son collier de houx Et je ne sais que dire à ces obscurs témoins: Tilleuls rompant le soir leur graine de parfums Pommiers de gloire au flanc des collines couchés Saules tremblants comme une fille effarouchée A tous ceux qui s'en vont cherchant dans la nuit noire La charnelle vêture et l'humaine mémoire ROBERT DESNOS IL ÉTAIT UNE FEUILLE Il était une feuille avec ses lignes Ligne de vie Ligne de chance Ligne de coeur Il était une branche au bout de la feuille Ligne fourchue signe de vie Signe de chance Signe de coeur Il était un arbre au bout de la branche Un arbre digne de vie Digne de chance Digne de coeur Coeur gravé, percé, transpercé, Un arbre que nul jamais ne vit. Il était des racines au bout de l'arbre Racines vignes de vie. Vignes de chance Vignes de coeur Au bout des racines il était la terre La terre tout court La terre toute ronde La terre toute seule au travers du ciel La terre. LUCIEN BECKER PRÉSENCE DU SOLEIL ...Avant d'entrer dans les bois, La pluie frappe aux feuilles Qui sont pour elle le seuil D'une solitude sans poids. Elle a parcouru tout l'espace Pour venir sans hâte couler Dans d'obscurs sentiers Où rien ne doit marquer son passage. Il suffit pourtant d'un rayon de soleil Pour qu'éclate sa présence, Pour qu'un instant la forêt pense Aux vitres dont elle l'émerveille. Un couchant doit surgir De cet incendie d'eau Où la terre s'éclaire de ce qu'elle a de plus beau Parce qu'elle aime les forêts à en mourir. PIERRE MATHIAS CHANT DE LA PLUS HAUTE FEUILLE Sur la plus haute branche Langue vibrante au vent La feuille la plus haute Chante l'arbre vivant. L'avide ver, la taupe Savent-ils mieux que moi S'enfoncer dans l'épaule Maternelle où je bois? O volupté de n'être Jamais séparé du Ventre qui me fit naître Tel un enfant perdu. Le martinet, la grive Mieux que moi goûtent-ils Cette ivresse de vivre Dans l'air, de l'air subtil? Par tant de bouches vertes J'absorbe jour et nuit. Feuilles! lèvres offertes Aux lèvres de la pluie Feuilles, mains palpitantes Vous palpez dans l'air pur Les brises fécondantes La place du fruit mûr... VICTOR HUGO AUX ARBRES Arbres de la forêt, vous connaissez mon âme! Au gré des envieux, la foule loue et blâme; Vous me connaissez, vous! - Vous m'avez vu souvent, Seul dans vos profondeurs, regardant et rêvant. Vous le savez, la pierre où court un scarabée, Une humble goutte d'eau de fleur en fleur tombée, Un nuage, un oiseau, m'occupent tout un jour. La contemplation m'emplit le coeur d'amour. Vous m'avez vu cent fois, dans la vallée obscure, Avec ces mots que dit l'espirt à la nature, Questionner tout bas vos rameaux palpitants, Et du même regard poursuivre en même temps, Pensif, le front baissé, l'oeil dans l'herbe profonde, L'étude d'un atome et l'étude du monde. Attentif à vos bruits qui parlent tous un peu, Arbres, vous m'avez vu fuir l'homme et chercher Dieu! Feuilles qui tressaillez à la pointe des branches, Nids ddont le vent au loin sème les plumes blanches, Clairières, vallons verts, déserts sombres et doux, Vous savez que je suis calme et pur comme vous. COmme au ciel vos parfums, mon culte à Dieu s'élance, Et je suis plein d'oubli comme vous de silence! La haine sur mon nom répand en vain son fiel; Toujours - je vous atteste, ô bois aimés du ciel! - J'ai chassé loin de moi toute pensée amère, Et mon coeur est encor tel que le fit ma mère Arbres de ces grands bois qui frissonnez toujours, Je vous aime, et vous, lierre au seuil des antres sourds, Ravins où l'on entend filtrer les sources vives, Buissons que les oiseaux pillent, joyeux convives Quand je suis parmi vous, arbres de ces grands bois, Dans tout ce qui m'entoure et me cache à la fois, Dans votre solitude où je rentre en moi-même, Je sens quelqu'un de grand qui m'écoute et qui m'aime! Aussi, taillis sacrés où Dieu même apparaît, Arbres religieux, chênes, mousses, forêt, Forêts! c'est dans votre ombre et dans votre mystère, C'est sous votre branchage auguste et solitaire, Que je veux abriter mon sépulcre ignoré, Et que je veux dormir quand je m'endormirai. ROBERT SABATIER CHANT TRIOMPHAL DE L'ARBRE Arbre couleur d'oiseau, je n'ai plus peur des plaines Je pourrai m'envoler par delà le ciel noir Mon printeps, ton printemps dansent à perdre haleine L'enfant, le liseron grimperont jusqu'au soir Grimperont jusqu'à Dieu plus haut que la montagne Arbre couleur d'oiseau je resterai quand même Porteur de chevelure, arbre parmi les arbres. Arbre couleur de l'eau, je coule d'un poème Dans tous les corps d'ici, dans les coeurs et les ailes. Hommes, je vous habite un instant, puis je pars Je reviens à mon cri. La fleur souffle un abeille Pour lui donner le vol, le vria suc du voyage Mes chants et mes parfums jaillissent de mes branches Et pour toucher le ciel, j'agite mon feuillage Comme un grand pavillon habité de mésanges... DUCIS A MON PETIT BOIS ...Bois pur, où rien ne m'importune, Où des cours et de la fortune J'ignore et la pompe et les fers, Où je me plais, où je m'égare, Où d'abord ma muse s'empare De la liberté des déserts; Où je vis avec l'innocence, Le sommeil et la douce aisance, Et l'oubli de cet univers, Loin de moi jetant dans les airs Tous les orgueils de l'importance, Tous les songes de l'espérance Et l'ennui de tous les travers; Où pour moi, ma seule opulence, Ce que je sens, ce que je pense, Devient du plaisir et des vers. O le plus charmant bois de France! Que de douceurs dans tes concerts! Quel entretien dans ton silence! Quel secret dans ta confidence! Que de fraîcheur sous tes couverts! CHATEAUBRIAND LA FORÊT Forêt silencieusee, aimable solitude, Que j'aime à parcourir votre ombrage ignoré Dans vos sombres détours, en rêvant égaré, J'éprouve un sentiment libre d'inquiétude, Prestige de mon coeur! je crois voir s'exhaler Des arbres, des gazons, une douce tristesse: Cette onde que j'entends murmure avec mollesse, Et dans le fond des bois semble encor m'appeler. Oh! que ne puis-je, heureux, passer ma vie entière Ici, loin des humains! Au bruit de ces ruisseaux, Sur un tapis de fleurs, sur l'herbe printanière, Qu'ignoré je sommeille à l'ombre des ormeaux! Tout parle, tout me plaît sous ces vo¸utes tranquilles: Ces genêtes, ornements d'un sauvage réduit, Ce chèvrefeuille atteint d'un vent léger qui fuit, Balancent tour à tour leurs guirlandes mobiles. Forêts dans vos abris gardez mes voeux offerts, A quel amant jamais serez-vous aussi chères? D'autres vous rediront des amours étrangères; Moi, de vos charmes seuls j'entretiens vos déserts. NICOLAS GILBERT LES CHARMES DES BOIS Que j'aime ces bois solitaires! Aux bois se plaisent les amants; Les nymphes y sont moins sévères, et les bergers plus éloquents. Les gazons, l'ombre et le silence Inspirent les tendres aveux; L'Amour est aux bois sans défense; C'est aux bois qu'il fait des heureux. O vous qui, pleurant sur vos chaînes, Sans espoirs servez sous ses lois, Pour attendrir vos inhumaines, Tachez de les ocnduire aux bois! Venez aux bois, beautés volages; Ici les amours osnt discrets: Vos soeurs visitent les ombrages, Les Grâces aiment les forêts.... PIERRE LOUYS Les arbres des forêts sont des femmes très belles Dont l'invisible corps sous l'écorce est vivant. La plus pure eau du ciel les abreuve, et le vent En séchant leurs cheveux les couronne d'ombrelles. Leur front n'est pas chargé de la tour des Cybèles: L'ombre seule des fleurs sur leur regard mouvant Retombe, et, le long de leurs bras se poursuivant, Tournent les lierres verts qu'empourprent les rubelles. Les arbres des forêts sont des femmes debout QUi le jour portent l'aigle et la nuit le hibou, Puis les regardent fuir sur la terre inconnue. La rapide espérance et le rêve incertain S'envolent tour à tour de leur épaule nue Et la captive en pleurs s'enracine au destin. GEORGES DUHAMEL MA SOLITUDE Comme deux arbres bien semblables Tournés vers le même horizon, Nous partageons les nourritures Et plions sous les mêmes souffles. Serai-je encore seul sur la terre Maintenant que je t'ai nommée? AI-je abdiqué la solitude Pour t'avoir prise entre mes bras? Comme deux grands arbres voisins Nous mêlons feuilles et racines, Et la brise quinous traverse N'en a qu'une âme et qu'une odeur. Je te prends dans ma solitude! Elle est si profonde et si calme Que le bruit de nos deux haleines Est trop faible pour l'émouvoir. Comme deux arbres vigoureux Nous poussons dans un ciel limpide Deux jets de sève parallèles Eternellement exilés,. Pourtant, dès que le vent s'élève, De nos frondaisons confondues, Il chasse une musique unique Qui ne trahit qu'un seul désir. SAINTE-BEUVE J'étais un arbre en fleur où chantait ma jeunesse, Jeunesse, oiseau charmant, mais trop vite envolé, Et même, avant de fuir du bel arbre effeuillé, Il m'avait tant chanté qu'il se plaignait sans cesse. Mas sa plainte était douce, et telle en sa tristesse Qu'à défaut de témoins et de groupe assemblé, Le buisson attentif avec l'écho troublé Et le coeur du vieux chêne en pleuraient de tendresse. Tout se tait, tout est mort! L'arbre, veuf de chansons, Etend ses rameaux nus sous les mornes saisons; Quelque craquement sourd s'entend par intervalle; Debout, il se dévore, il se ride, il attend, Jusqu'à l'heure où viendra la corneille fatale Pour le suprême hiver chanter le dernier chant. MAURICE FOMBEURE MON PORTRAIT Je suis de bois, mes mains et mon visage. De bois ej suis, oui, de dur coeur de chêne, Oeuvre gauche d'un sculpteur malhabile Mais les forêts frémissent dans mon coeur. Je suis léger jusqu'au bout de mes branches, Mal équarri du torse et lourd de tronc. Mais des oiseaux y peuplent mes dimanches, Les vents y font virer leurs escadrons. Arbre perdu dans les futaies humaines Où la cognée bat parfois sourdement, Arbre pleurant ses lyres incertaines, Arbre immobile en la forêt dormant, Ecartelé d'incessantes tempêtes, Indifférent au souffle chaud des bêtes, Aveugle et sourd aux sources dans la mousse, Déjà prêt pour sa chute ténébreuse, Déjà paré pour son éternité. LEON-PAMPHILE LE MAY Mes vieux pins O vieux pins embaumés qui chantez à la brise, Debout, sur les coteaux, comme de fiers géants, J'aime la nudité de votre écorce grise! O vieux pins embaumés qui chantez à la brise, J'aime vos bras tendus vers les gouffres béants! Vous étiez avant moi sur la rive où je pleure, Et quand j'aurai quitté ce monde que j'effleure, Vous chanterez encore avec les océans, Avec l'homme immmortel qu'un souffle pulvérise, O vieux pins embaumés qui chantez à la brise, Debout, sur les coteaux, comme de fiers géants! Vos troncs fermes et droits résistent à l'orage, Quand je vois autour d'eux tant d'arbres se briser. Ils me font souvenir des hommes d'un autre âge. Vos troncs fermes et droits résistent à l'orage, Et donnent à la nue un front pur à baiser. Versant comme une pluie, au milieu des soirs calmes, Leurs chants joyeux, les nids se bercent sur vos palmes. A vos cimes l'hiver ne semble point peser; Le lac vous voit frémir dans son brillant mirage; Vos troncs fermes et droits résistent à l'orage, Quand je vois autour d'eux tant d'arbres se briser. Lorsque les feux du soir dorent vos fronts, la terre Où votre ombre descend nous invite à rêver. Le sentier où je passe est toujours solitaire. Lorsque les feux du soir dorent vos fronts, la terre Où ma course bientôt, hélas! va s'achever, Me paraît toute belle! O l'étrange demeure! Et pourquoi l'aimer tant, puisqu'il faut que l'on meure! Puisque le jour fini ne peut se retrouver!... J'ai soif de l'inconnu, de son profond mystère. Lorsque les feux du soir dorent vos fronts, la terre Où votre ombre descend nous invite à rêver. Mon âme émue, alors, dans une vague d'ombre Voit glisser un rayon. C'est l'espoir radieux. Comme dans l'épaisseur de vos grappes sans nombre, Mon âme émue, alors, dans une vague d'ombre Voit quelque fois encor sourire un coin des cieux. Comme le flot d'argent des urnes renversées, Beaux arbres, le jour luit dans vos blanches percées, Et met une auréole à mon front soucieux. Et qu'importe après tout ce que dure un jour sombre? Mon âme émue, alors, dans une vague d'ombre Voit glisser un rayon. C'est l'espoir radieux. A un vieil arbre Tu réveilles en moi des souvenirs confus. Je t'ai vu, n'est-ce pas? moins triste et moins modeste. Ta tête sous l'orage avait un noble geste, Et l'amour se cachait dans tes rameaux touffus. D'autres, autour de toi, comme de riches fûts, Poussaient leurs troncs noueux vers la voûte céleste. Ils sont tombés, et rien de leur beauté ne reste; Et toi-même, aujourd'hui, sait-on ce que tu fus? O vieil arbre tremblant dans ton écorce grise! Sens-tu couler encor une sève qui grise? Les oiseaux chantent-ils sur tes rameaux gercés? Moi, je suis un vieil arbre oublié dans la plaine, Et, pour tromper l'ennui dont ma pauvre âme est pleine, J'aime à me souvenir des nids que j'ai bercés.
 
Chanson de Brassens
Auprès de mon arbre

 

Auprès de mon arbre,
Je vivais heureux
J'aurais jamais dû m'éloigner d' mon arbre
Auprès de mon arbre,
Je vivais heureux
J'aurais jamais dû le quitter des yeux.

J'ai plaqué mon chêne
Comme un saligaud
Mon copain le chêne
Mon alter ego
On était du même bois
Un peu rustique un peu brute
Dont on fait n'importe quoi
Sauf naturell'ment les flûtes
J'ai maint'nant des frênes
Des arbr's de judée
Tous de bonne graine
De haute futaie
Mais toi tu manque à l'appel
Ma vieille branche de campagne
Mon seul arbre de Noël
Mon mât de cocagne.

(refrain)

Je suis un pauvr' type
J'aurais plus de joie
J'ai jeté ma pipe
Ma vieill' pipe en bois
Qu'avait fumé sans s' fâcher
Sans jamais m'brûler la lippe
L' tabac d' la vache enragée
Dans sa bonn' vieill' têt' de pipe
J'ai des pip's d'écume
Ornées de fleurons
De ces pip's qu'on fume
En levant le front
Mais j' retrouv'rai plus ma foi
Dans mon coeur ni sur ma lippe
Le goût d' ma vieill' pip' en bois
Sacré nom d'un' pipe.

(refrain)

Le surnom d'infâme
Me va comme un gant
D'avecques ma femme
J'ai foutu le camp
Parc' que depuis tant d'années
C'était pas un' sinécure
De lui voir tout l' temps le nez
Au milieu de la figure
Je bas la campagne
Pour dénicher la
Nouvelle compagne
Valant celles-là
Qui, bien sûr, laissait beaucoup
Trop de pierr's dans les lentilles
Mais se pendait à mon cou
Quand j' perdais mes billes.

(refrain)

J'avais un' mansarde
Pour tout logement
Avec des lézardes
Sur le firmament
Je l'savais par cur depuis
Et pour un baiser la course
J'emmenais mes bell's de nuits
Faire un tour sur la grande ourse
J'habit' plus d' mansarde
Il peut désormais
Tomber des hall'bardes
Je m'en bats l'il mais,
Mais si quelqu'un monte aux cieux
Moins que moi j'y paie des prunes
Y a cent sept ans qui dit mieux,
Qu' j'ai pas vu la lune!
(au refrain)

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