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Victor Hugo

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En hommage à Victor Hugo...

 

 

L E    M O T

Braves gens ! prenez garde aux choses que vous dites,
Tout peut sortir d'un mot que vous perdîtes,
Tout : La haine et le deuil. Et ne m'objectez pas
Que vos amis sont sûrs et que vous parlez bas.

Tête à tête, en pantoufles;
Écoutez bien ceci : Tête à tête en pantoufles,
Porte close , chez vous, sans un témoin qui souffle.
Vous dites à l'oreille au plus mystérieux
De vos amis de coeur, ou si vous l'aimez mieux,
Vous murmurez tout seul croyant presque vous taire.
Dans le fond d'une cave à trente pieds sous terre,
Un mot désagréable à quelque individu,
Ce mot, que vous croyez qu'on n'a pas entendu,
Que vous disiez tout bas, dans un lieu sourd et sombre.

Tenez! Il est dehors, il connaît son chemin
Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main.
De bons souliers ferrés, un passeport en règle.
Au besoin, il prendrait des ailes comme l'aigle.
Il vous échappe, il fuit, rien ne l'arrêtera;
Il suit le quai, franchit la place et cetera.
Passe l'eau sans bateau dans la saison des crues,
Il va tout à travers un dédale de rues
Droit chez le citoyen dont vous avez parlé :
Il sait le numéro, l'étalage, il a la clé.

Il monte l`escalier, ouvre la porte, passe,
Entre, arrive et, railleur! Regarde l'homme en face.
Dit : Me voilà ! Je sors de la bouche d'un tel !
Et c'est fait ! Vous avez un ennemi mortel.




OCEANO NOX

Oh! combien de marins, combien de capitaines,
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon se sont évanouis!
Combien ont disparu, dure et triste fortune,
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l'aveugle Océan à jamais enfouis!

Combien de patrons morts avec leurs équipages!
L'ouragan de leur vie a pris toutes les pages,
Et d'un souffle il a tout dispersé sur les flots.
Nul ne saura leur fin dans l'abîme plongée.
Chaque vague, en passant, d'un butin s'est chargée;
L'une a saisi l'esquif, l'autre les matelots.

Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues,
Vous roulez à travers les sombres étendues,
Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus.
Oh! que de vieux parents, qui n'avaient plus qu'un rêve,
Sont morts en attendant tous les jours, sur la grève,
Ceux qui ne sont pas revenus.

On s'entretient de vous parfois dans les veillées,
Maint joyeux cercle, assis sur des ancres rouillées,
Mêle encor, quelque temps, vos noms, d'ombre couverts,
Aux rires, aux refrains, aux récits d'aventures,
Aux baisers qu'on dérobe à vos belles futures,
Tandis que vous dormez dans les goémons verts.

On demande: "Où sont-ils? Sont-ils rois dans quelque île?
Nous ont-ils délaissés pour un bord plus fertile?"
Puis votre souvenir même est enseveli.
Le corps se perd dans l'eau, le nom dans la mémoire,
Le temps, qui sur toute ombre en verse une plus noire,
Sur le sombre Océan jette le sombre oubli.

Bientôt des yeux de tous votre ombre est disparue,
L'un n'a-t-il pas sa barque et l'autre sa charrue?
Seules, durant ces nuits où l'orage est vainqueur,
Vos veuves aux fronts blancs, lasses de vous attendre,
Parlent encor de vous en remuant la cendre
De leur foyer et de leur coeur.

Et quand la tombe enfin a fermé leurs paupières
Rien ne sait plus vos noms, pas même une humble pierre,
Dans l'étroit cimetière où l'écho nous répond,
Pas même un saule vert qui s'effeuille à l'automne,
Pas même la chanson naïve et monotone
Que chante un mendiant a l'angle du vieux pont.

Où sont-ils, les marins sombrés dans les nuits noires?
O flots que vous savez de lugubres histoires,
Flots profonds, redoutés des mères à genoux!
Vous vous les racontez en montant les marées,
Et c'est ce qui vous fait ces voix désespérées
Que vous avez le soir quand vous venez vers nous.



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A MA FILLE ADÈLE

Tout enfant, tu dormais près de moi, rose et fraîche,
Comme un petit Jésus assoupi dans sa crèche;
Ton pur sommeil était si calme et si charmant
Que tu n'entendais pas l'oiseau chanter dans l'ombre;
Moi, pensif, j'aspirais toute la douceur sombre
Du mystérieux firmament.

Et j'écoutais voler sur ta tête les anges;
Et je te regardais dormir; et sur tes langes
J'effeuillais des jasmins et des oeillets sans bruit;
Et je priais, veillant sur tes paupières closes;
Et mes yeux se mouillaient de pleurs, songeant aux choses
Qui nous attendent dans la nuit.

Un jour mon tour viendra de dormir; et ma couche,
Faite d'ombre, sera si morne et si farouche
Que je n'entendrai pas non plus chanter l'oiseau;
Et la nuit sera noire; alors ô ma colombe,
Larmes, prière et fleurs, tu rendras à ma tombe
Ce que j'ai fait pour ton berceau.


 
Promenades    dans    les    rochers

Le soleil déclinait; le soir prompt à le suivre
                                                      Brunissait l'horizon; sur la pierre d'un champ
                                                      Un vieillard, qui n'a plus que peu de temps à vivre,
                                                      S'était assis pensif, tourné vers le couchant.
                                                      
                                                      C'était un vieux pasteur, berger dans la montagne,
                                                      Qui jadis, jeune et pauvre, heureux, libre et sans lois,
                                                      A l'heure où le mont fuit sous l'ombre qui le gagne,
                                                      Faisait gaîment chanter sa flûte dans les bois.
                                                      
                                                      Maintenant riche et vieux, l'âme du passé pleine,
                                                      D'une grande famille aïeul laborieux,
                                                      Tandis que ses troupeaux revenaient de la plaine,
                                                      Détaché de la terre, il contemplait les cieux.
                                                      
                                                      Le jour qui va finir vaut le jour qui commence.
                                                      Le vieux pasteur rêvait sous cet azur si beau.
                                                      L'océan devant lui se prolongeait immense
                                                      Comme l'espoir du juste aux portes du tombeau.
                                                      
                                                      O moment solennel! les monts, la mer farouche,
                                                      Les vents, faisaient silence et cessaient leur clameur.
                                                      Le vieillard regardait le soleil qui se couche;
                                                      Le soleil regardait le vieillard qui se meurt.
                                                      
 
 
 
 
Saison des semailles,le soir

C'est le moment crépusculaire.
                                                      J'admire, assis sous un portail,
                                                      Ce reste de jour dont s'éclaire
                                                      La dernière heure du travail.
                                                      
                                                      Dans les terres, de nuit baignées,
                                                      Je contemple, ému, les haillons
                                                      D'un vieillard qui jette à poignées
                                                      La moisson future aux sillons.
                                                      
                                                      Sa haute silhouette noire
                                                      Domine les profonds labours.
                                                      On sent à quel point il doit croire
                                                      A la fuite utile des jours.
                                                      
                                                      Il marche dans la plaine immense,
                                                      Va, vient, lance la graine au loin,
                                                      Rouvre sa main, et recommence,
                                                      Et je médite, obscur témoin,
                                                      
                                                      Pendant que, déployant ses voiles,
                                                      L'ombre, où se mêle une rumeur,
                                                      Semble élargir jusqu'aux étoiles
                                                      Le geste auguste du semeur.
                                                      

 

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