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Emile Nelligan

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EMILE   NELLIGAN

Page dédiée à ce grand poète
                           
                            né le 24 décembre 1879.
                           
                           Ses plus belles années d'activités poétiques
                           
                           se situent entre 1896 et 1899.
                           
                           Voici un extrait de son oeuvre.
 
 
 

                           
                           

SOIRS D'AUTOMNE
                           
                           
                           Voici que la tulipe et voilà que les roses,
                           Sous le geste massif des bronzes et des marbres,
                           Dans le Parc où l'Amour folâtre sous les arbres,
                           Chantent dans les longs soirs monotones et roses.
                           
                           Dans les soirs a chanté la gaîté des parterres
                           Où danse un clair de lune en des poses obliques,
                           Et de grands souffles vont, lourds et mélancoliques,
                           Troubler le rêve blanc des oiseaux solitaires.
                           
                           Voici que la tulipe et voilà que les roses
                           Et les lys cristallins, pourprés de crépuscule,
                           Rayonnent tristement au soleil qui recule,
                           Emportant la douleur des bêtes et des choses.
                           
                           Et mon amour meurtri, comme une chair qui saigne,
                           Repose sa blessure et calme ses névroses.
                           Et voici que les lys, la tulipe et les roses
                           Pleurent les souvenirs où mon âge se baigne.
                           
                           
                           RYTHMES DU SOIR
                           
                           
                           Voici que le dahlia, la tulipe et les roses
                           Parmi les lourds bassins, les bronzes et les marbres
                           Des grands parcs où l'Amour folâtre sous les arbres
                           Chantent dans les soirs bleus; monotones et roses
                           Chantent dans les soirs bleus la gaîté des parterres,
                           Où danse un clair de lune aux pieds d'argent obliques,
                           Où le vent de scherzos quasi mélancolique
                           Trouble le rêve lent des oiseaux solitaires.
                           
                           Voici que le dahlia, la tulipe et les roses,
                           Et le lys cristallin épris du crépuscule,
                           Blêmissent tristement au soleil qui recule,
                           Emportant la douleur des bêtes et des choses;
                           
                           Voici que le dahlia, comme un amour qui saigne,
                           Attend d'un clair matin les baisers frais et roses,
                           Et voici que le lys, la tulipe et les roses
                           Pleurent les souvenirs dont mon âme se baigne.
                           
                           
                           
                           
                           CAPRICE BLANC
                           
                           
                           
                           L'hiver, de son pinceau givré, barbouille aux vitres
                           Des pastels de jardins de roses en glaçons.
                           Le froid pique de vif et relègue aux maisons
                           Milady, canaris et les jockos bélîtres.
                           
                           Mais la petite Miss en berline s'en va,
                           Dans son vitchoura blanc, une ombre de fourrures,
                           Bravant l'intempérie et les âcres froidures,
                           Et plus d'un, à la voir cheminer, la rêva.
                           
                           Ses deux chevaux sont blancs et sa voiture aussi,
                           Menés de front par un cockney, flegme sur siège.
                           Leurs sabots font des trous ronds et creux dans la neige;
                           Tout le ciel s'enfarine en un soir obscurci.
                           
                           Elle a passé, tournant sa prunelle câline
                           Vers moi. Pour compléter alors l'immaculé
                           De ce décor en blanc, bouquet dissimulé,
                           Je lui jetai mon coeur au fond de sa berline.
                           
                           
                           
                           
                           NUIT D'ETE
                           
                           
                           Le violon, d'un chant très profond de tristesse,
                           Remplit la douce nuit, se mêle au son des cors;
                           Les Sylphes vont pleurant comme une âme en détresse
                           Et les coeurs des grands ifs ont des plaintes de morts.
                           
                           Le souffle du Veillant anime chaque feuille,
                           Le rameau se balance en un rythme câlin,
                           Les oiseaux sont rêveurs, et sous l'oeil opalin
                           De la lune d'été, ma douleur se recueille.
                           
                           Au concert susurré que font sous la ramure
                           Les grillons, ces lutins en quête de sabbat,
                           Soudain a résonné toute, en mon coeur qui bat,
                           
                           La grande majesté de la Nuit qui murmure
                           Dans les cieux alanguis un ramage lointain,
                           Prolongé jusqu'à l'aube humide du Matin.
                           
                           
                           
                           LA VIERGE NOIRE 
                           
                           
                           
                           Elle a les yeux pareils à d'étranges flambeaux 
                           Et ses cheveux d'or faux sur ses maigres épaules, 
                           Dans des subtils frissons de feuillage de saules, 
                           L'habillent comme font les cyprès des tombeaux. 
                           
                           Elle porte toujours ses robes par lambeaux, 
                           Elle est noire et méchante; or qu'on la mette aux geôles, 
                           Qu'on la batte à jamais à grands fouets de tôles. 
                           Gare d'elle, mortels, c'est la chair des corbeaux! 
                           
                           Elle m'avait souri d'une bonté profonde, 
                           Je l'aurais crue aimable et sans souci du monde 
                           Nous nous serions tenus, Elle et moi par les mains. 
                           
                           Mais, quand je lui parlai, le regard noir d'envie, 
                           Elle me dit: tes pas ont souillé mes chemins. 
                           Certes tu la connais, on l'appelle la Vie! 
                           
                           
                           
                           
                           PRÉLUDE TRISTE 
                           
                           
                           Je vous ouvrais mon coeur comme une basilique; 
                           Vos mains y balançaient jadis leurs encensoirs 
                           Aux jours où je vêtais des chasubles d'espoirs 
                           Jouant près de ma mère en ma chambre angélique. 
                           
                           Maintenant oh! combien je suis mélancolique 
                           Et comme les ennuis m'ont fait des joujoux noirs! 
                           Je m'en vais sans personne et j'erre dans les soirs 
                           Et les jours, on m'a dit : Va. Je vais sans réplique. 
                           
                           J'ai la douceur, j'ai la tristesse et je suis seul 
                           Et le monde est pour moi comme quelque linceul 
                           Immense d'où soudain par des causes étranges 
                           
                           J'aurai surgi mal mort dans vertige fou 
                           Pour murmurer tout bas des musiques aux Anges 
                           Pour après m'en aller puis mourir dans mon trou. 
                           
                           
                           
                           
                           SOUS LES FAUNES
                           
                           
                           Nous nous serrions, hagards, en silencieux gestes,
                           Aux flamboyants juins d'or, plein de relents, lassés,
                           Et tel, rêvassions-nous, longuement enlacés,
                           Par les grands soirs tombés, triomphalement prestes.
                           
                           Debout au perron gris, clair-obscuré d'agrestes
                           Arbres évaporant des parfums opiacés,
                           Et d'où l'on constatait des marbres déplacés,
                           Gisant en leur orgueil de massives siestes.
                           
                           Parfois, cloîtrés au fond des vieux kiosques proches,
                           Nous écoutions clamer des peuples fous de cloches
                           Dont les voix aux lointains se perdaient, toutes tues,
                           
                           Et nos coeurs s'emplissaient toujours de vague émoi
                           Quand, levant l'oeil pierreux des funèbres statues,
                           Nous nous serrions, hagards, ma Douleur morne et moi
                           
                           

 

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