Make your own free website on Tripod.com

Les plus beaux sonnets

retour à la page d'accueil

angeperle.gif

Merci pour votre fidélité!

Sur cette page se retrouvent les plus beaux sonnets de la langue française...

lignefleurstwist.gif

 
 
SONNETS DE PIERRE
                                             DE RONSARD
                                             (1524-1585)
                                             
                                             
                                             Amours de Cassandre
                                             
                                             
                                             Amour me tue, et si je ne veux dire
                                             Le plaisant mal que ce m'est de mourir,
                                             Tant j'ai grand-peur qu'on veuille secourir
                                             Le doux tourment pour lequel je soupire.
                                             
                                             Il est bien vrai que ma langueur désire
                                             Qu'avec le temps je me puisse guérir;
                                             Mais je ne veux ma Dame requérir
                                             Pour ma santé, tant me plaît mon martyre.
                                             
                                             Tais-toi langueur, je sens venir le jour,
                                             Que ma maîtresse après si long séjour,
                                             Voyant le mal que son orgueil me donne,
                                             
                                             Qu'à la douceur la rigueur fera lieu,
                                             En imitant la nature de Dieu,
                                             Qui nous tourmente, et puis il nous pardonne.
                                             
                                             
                                             
                                             Comme un chevreuil, quand le printemps détruit
                                             Du froid hiver la poignante gelée,
                                             Pour mieux brouter la fueille emmiellée,
                                             Hors de son bois avec l'Aube s'enfuit,
                                             
                                             Et seul, et sûr, loin de chiens et de bruit,
                                             Or' sur un mont, or' dans une valée,
                                             Or', près d'une onde à l'escart recelée,
                                             Libre, folâtre où son pied le conduit,
                                             
                                             De rets ni d'arc sa liberté n'a crainte
                                             Sinon alors que sa vie est atteinte
                                             D'un trait meurtrier empourpré de son sang.
                                             
                                             Ainsi j'allais sans espoir de dommage,
                                             Le jour qu'un oeil sur l'avril de mon âge
                                             Tira d'un coup mille traits en mon flanc.
                                             
                                             
                                             
                                             Ciel, air et vents, plains et monts découverts,
                                             Tertres vineux et forêts verdoyantes,
                                             Rivages torts et sources ondoyantes,
                                             Taillis rasés et vous, bocages verts,
                                             
                                             Antres moussus à demi-front ouverts,
                                             Prés, boutons, fleurs et herbes roussoyantes,
                                             Vallons bossus et plages blondoyantes,
                                             Et vous rochers, les hôtes de mes vers,
                                             
                                             Puisqu'au partir, rongé de soin et d'ire,
                                             A ce bel oeil Adieu je n'ai su dire,
                                             Qui près et loin me détient en émoi,
                                             
                                             Je vous supply, Ciel, air, vents, monts et plaines,
                                             Taillis, forêts, rivages et fontaines,
                                             Antres, prés, fleurs, dites-le-lui pour moi.
                                             
                                             
                                             
                                             Chère maîtresse à qui je dois la vie,
                                             Le coeur, le corps, et le sang, et l'esprit,
                                             Voyant tes yeux, Amour même m'apprit
                                             Toute vertu que depuis j'ai suivie.
                                             
                                             Mon coeur, ardant d'une amoureuse envie,
                                             Si vivement de tes grâces s'éprit,
                                             Qu'au seul regard de tes yeux il comprit
                                             Que peut honneur, amour et courtoisie.
                                             
                                             L'homme est de plomb, ou bien il n'a point d'yeux;
                                             Si, te voyant, il ne voit tous les Cieux
                                             En ta beauté qui n'a point de seconde.
                                             
                                             Ta bonne grâce un rocher retiendrait,
                                             Et quand sans jour le monde deviendrait,
                                             Ton oeil si beau serait le jour du monde.
                                             
                                             
                                             
                                             Le premier livre des amours
                                             
                                             
                                             Douce beauté, meurtrière de ma vie,
                                             En lieu d'un coeur tu portes un rocher.
                                             Tu me fais vif languir et dessécher,
                                             Passionné d'une amoureuse envie.
                                             
                                             Le jeune sang qui d'aimer te convie,
                                             N'a pu de toi la froideur arracher,
                                             Farouche, fière, et qui n'as rien plus cher
                                             Que de languir froide, et n'être point servie.
                                             
                                             Apprends à vivre, ô fière en cruauté.
                                             Ne garde point à Pluton ta beauté,
                                             Quelque peu d'aise en aimant il faut prendre.
                                             
                                             Il faut tromper doucement le trépas;
                                             Car aussi bien sous la terre là-bas
                                             Sans rien sentir, le corps n'est plus que cendre.
                                             

STÉPHANE MALLARMÉ
                                             (1842-1898)
                                             
                                             Renouveau
                                             
                                             Le printemps maladif a chassé tristement
                                             L'hiver, saison de l'art serein, l'hiver lucide,
                                             Et dans mon être à qui le sang morne préside
                                             L'impuissance s'étire en un long bâillement.
                                             
                                             Des crépuscules blancs tiédissent sous mon crâne
                                             Qu'un cercle de fer serre ainsi qu'un vieux tombeau,
                                             Et, triste, j'erre après un rêve vague et beau,
                                             Par les champs où la sève immense se pavane
                                             
                                             Puis je tombe énervé de parfums d'arbres, las,
                                             Et creusant de ma face une fosse à mon rêve,
                                             Mordant la terre chaude où poussent les lilas,
                                             
                                             J'attends, en m'abîmant que mon ennui s'élève..,
                                             - Cependant l'Azur rit sur la haie et l'éveil
                                             De tant d'oiseaux en fleur gazouillant au soleil.
                                             
                                             
                                             
                                             LOUISE LABÉ
                                             (1526-1566)
                                             
                                             
                                             Je vis, je meurs; je me brûle et me noie.
                                             J'ai chaud extrême en endurant froidure:
                                             La vie m'est et trop molle et trop dure.
                                             J'ai grands ennuis entremêlés de joie:
                                             
                                             Tout à un coup je ris et je larmoie,
                                             Et en plaisir main grief tourment j'endure;
                                             Mon bien s'en va, et à jamais il dure:
                                             Tout en un coup je sèche et je verdois.
                                             
                                             Ainsi Amour inconstamment me mène;
                                             Et quand je pense avoir plus de douleur,
                                             Sans y penser je me trouve hors de peine.
                                             
                                             Puis quand je crois ma joie être certaine.
                                             Et être au haut demon désiré heur,
                                             Il me remet en mon premier malheur.
                                             
                                             
                                             
                                             SONNETS DE PAUL VERLAINE
                                             (1844-1896)
                                             
                                             
                                             Sagesse
                                             
                                             
                                             Les faux beaux jours ont lui tout le jour, ma pauvre âme,
                                             Et les voici vibrer aux cuivres du couchant.
                                             Ferme les yeux, pauvre âme, et rentre sur-le-champ:
                                             Une tentation des pires. Fuis l'Infâme.
                                             
                                             Ils ont lui tout le jour en longs grêlons de flamme,
                                             Battant toute vendange aux collines, couchant
                                             Toute moisson de la vallée, et ravageant
                                             Le ciel tout bleu, le ciel chanteur qui te réclame.
                                             
                                             Ô pâlis, et va-t-en, lente etjoignant les mains.
                                             Si ces hiers allaient manger nos beaux demains?
                                             Si la vieille folie était encore en route?
                                             
                                             Ces souvenirs, va-t-il falloir les retuer?
                                             Un assaut furieux, le suprême sans doute!
                                             Ô, va prier contre l'orage, va prier.
                                             
                                             
                                             Après trois ans
                                             
                                             
                                             Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
                                             Je me suis promené dans le petit jardin
                                             Qu'éclairait doucement le soleil du matin,
                                             Pailletant chaque fleur d'une humide étincelle.
                                             
                                             Rien n'a changé. J'ai tout revu: l'humble tonnelle
                                             De vigne folle avec les chaises de rotin...
                                             Le jet d'eau fait toujours son murmure argentin
                                             Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.
                                             
                                             Les roses comme avant palpitent; comme avant
                                             Les grands lys orgueilleux se balancent au vent,
                                             Chaque alouette qui va et vient m'est connue.
                                             
                                             Même, j'ai retrouvé debout la Velléda,
                                             Dont le plâtre s'écaille au bout de l'avenue,
                                             - Grêle, parmi l'odeur fade du réséda.
                                             
                                             
                                             Nevermore
                                             
                                             
                                             Souvenir, souvenir, que me veux-tu? L'automne
                                             Faisait voler la grive à travers l'air atone,
                                             Et le soleil dardait un rayon monotone
                                             Sur le bois jaunissant où la bise détone.
                                             
                                             Nous étions seul à seule et marchions en rêvant,
                                             Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent.
                                             Soudain, tournant vers moi son regard émouvant:
                                             ¨Quel fut ton plus beau jour?¨ fit sa voix d'or vivant,
                                             
                                             Sa voix douce et sonore, au frais timbre angélique.
                                             Un sourire discret lui donna la réplique,
                                             Et je baisai sa main blanche, dévotement.
                                             
                                             - Ah! les premières fleurs, qu'elles sont parfumées!
                                             Et qu'il bruit avec un murmure charmant
                                             Le premier ¨oui¨ qui sort de lèvres bien-aimées.
                                             
                                             
                                             
                                             SONNET D'ALFRED DE MUSSET
                                             (1810-1857)
                                             
                                             
                                             Tristesse
                                             
                                             
                                             J'ai perdu ma force et ma vie,
                                             Et mes amis et ma gaieté;
                                             J'ai perdu jusqu'à la fierté
                                             Qui faisait croire à mon génie.
                                             
                                             Quand j'ai connu la Vérité,
                                             J'ai cru que c'était une amie;
                                             Quand je l'ai comprise et sentie,
                                             J'en étais déjà dégoûté.
                                             
                                             Et pourtant elle est éternelle,
                                             Et ceux qui se sont passés d'elle
                                             Ici-bas ont tout ignoré.
                                             
                                             Dieu parle, il faut qu'on lui réponde.
                                             Le seul bien qui me reste au monde
                                             Est d'avoir quelquefois pleuré.
                                             
                                             
                                             
                                             SONNET DE TRISTAN L'HERMITE
                                             (1601-1655)
                                             
                                             
                                             La belle en deuil
                                             
                                             
                                             Que vous avez d'appas, belle Nuit animée!
                                             Que vous nous apportez de merveille et d'amour.
                                             Il faut bien confesser que vous êtes formée
                                             Pour donner de l'envie et de la honte au jour.
                                             
                                             La flamme éclate moins à travers la fumée
                                             Que ne font vos beaux yeux sous un si sombre atour,
                                             Et de tous les mortels, en ce sacré séjour,
                                             Comme un céleste objet vous êtes réclamée.
                                             
                                             Mais ce n'est point ainsi que ces divinités
                                             Qui n'ont plus ni de voeux, ni de solennités
                                             Et dont l'autel glacé ne reçoit point de presse,
                                             
                                             Car vous voyant si belle, on pense à votre abord
                                             Que par quelque gageure où Vénus s'intéresse,
                                             L'Amour s'est déguisé sous l'habit de la Mort.
                                             
                                             
                                             
                                             SONNET D'ANTOINE DE COTEL
                                             (1550-1610)
                                             
                                             
                                             Poésies
                                             
                                             Belle, l'amour que je vous porte,
                                             Que dédaignant vous rejetez,
                                             Mise dans la balance emporte
                                             La haine que vous me portez.
                                             
                                             Au hasard, où vous me mettez,
                                             Cela seul, aussi, me conforte
                                             Que vainqueur de vos cruautés,
                                             Ma constance sera plus forte.
                                             
                                             Ô bel espoir! ô beau dessein!
                                             Bien que le succès en fût vain,
                                             Louange, pourtant, il mérite.
                                             
                                             C'est beaucoup d'avoir entrepris;
                                             L'homme doit-il être à mépris,
                                             Si l'heur ne dit à sa poursuite?
                                             
                                             
                                             
                                             
                                             SONNETS DE GÉRARD DE NERVAL
                                             (1808-1855)
                                             
                                             
                                             
                                             Antéros
                                             
                                             
                                             Tu demandes pourquoi j'ai tant de rage au coeur
                                             Et sur un col flexible une tête indomptée;
                                             C'est que je suis issu de la race d'Antée,
                                             Je retourne les dards contre le dieu vainqueur.
                                             
                                             Oui, je suis de ceux-là qu'inspire le Vengeur,
                                             Il m'a marqué le front de sa lèvre irritée,
                                             Sous la pâleur d'Abel, hélas! ensanglantée,
                                             J'ai parfois de Caïn l'implacable rougeur!
                                             
                                             Jéhovah! le dernier, vaincu par ton génie,
                                             Qui, du fond des enfers, criait: ¨Ô tyrannie!¨
                                             C'est mon aïeul Bélus ou mon père Dagon...
                                             
                                             Ils m'ont plongé trois fois dans les eaux du Cocyte,
                                             Et, protégeant tout seul ma mère Amalécyte,
                                             Je ressème à ses pieds les dents du vieux dragon.
                                             
                                             
                                             Vers dorés
                                             
                                             
                                             Homme! libre penseur - te crois-tu seul pensant
                                             Dans ce monde, où la vie éclate en toute chose:
                                             Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
                                             Mais de tous tes conseils l'Univers est absent.
                                             
                                             Respecte dans la bête un esprit agissant...
                                             Chaque fleur est une âme à la Nature éclose;
                                             Un mystère d'amour dans le métal repose:
                                             Tout est sensible; - Et tout sur ton être est puissant!
                                             
                                             Crains dans le mur aveugle un regard qui t'épie:
                                             A la matière même un verbe est attaché..
                                             Ne la fais pas servir à quelque usage impie.
                                             
                                             Souvent dans l'être obscur habite un Dieu caché;
                                             Et, comme un oeil naissant couvert par ses paupières,
                                             Un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres.
                                             
                                             
                                             Artémis
                                             
                                             
                                             La Treizième revient...C'est encor la première;
                                             Et c'est toujours la Seule, - ou c'est le seul moment:
                                             Car es-tu Reine, ô Toi! la première ou dernière?
                                             Es-tu Roi, toi le Seul ou le dernier amant?...
                                             
                                             Aimez qui vous aima du berceau dans la bière;
                                             Celle que j'aimai seul m'aime encor tendrement:
                                             C'est la Mort - ou la Morte...Ô délice! ô tourment!
                                             La rose qu'elle tient, c'est la Rose trémière.
                                             
                                             Sainte napolitaine aux mains pleines de feux,
                                             Rose au coeur violet, fleur de sainte Gudule:
                                             As-tu trouvé ta Croix dans le désert des Cieux?
                                             
                                             Roses blanches, tombez! vous insultez nos Dieux,
                                             Tombez, fantômes blancs, de votre ciel qui brûle:
                                             - La Sainte de l'Abîme est plus sainte à mes yeux!
                                             
                                             
                                             
                                             

SONNET D'EUGÈNE GUILLEVIC
                                             (1907-1997)
                                             
                                             
                                             A Jacqueline
                                             
                                             
                                             Je veux voir avec toi le printemps s'annoncer.
                                             Je veux voir avec toi le printemps qui commence
                                             A vouloir des couleurs et risque des nuances.
                                             Je veux voir devant lui tout ce gris s'effacer.
                                             
                                             Et je veux voir tes yeux sur lui se prononcer,
                                             Je veux savoir comment ils diront sa romance,
                                             Je veux savoir comment ils diront sa démence.
                                             Je veux savoir s'il essaiera de te blesser.
                                             
                                             Je veux savoir combien notre amour lui ressemble,
                                             Je veux savoir comment nous tremblerons ensemble
                                             Devant tant d'avenir voulu par le coucou
                                             
                                             Et par l'ombre des bois qui promet et menace.
                                             Je veux savoir comment tu pencheras le cou
                                             Lorsque le soir tombant nous fermera l'espace.
                                             
                                             
                                             
                                             SONNETS DE GEORGES PERROS
                                             (1923-1977)
                                             
                                             
                                             Absurdité
                                             
                                             
                                             L'arbre sentait le vent qui naissait dans ses branches
                                             Et le vent donnait âme aux bourgeons du printemps
                                             L'oiseau se demandait si c'était le dimanche
                                             Ou un huitième jour pour les adolescents.
                                             
                                             Le ciel ne respirait plus que par habitude
                                             Sa chemise lavée au grand air du levant
                                             Le bûcheron trouvait que la vie était rude
                                             Mais l'arbre tenait bon, en tremblant doucement.
                                             
                                             La vache dans le pré regardait l'oeil humide
                                             Le dernier train du soir sans aucun voyageur
                                             Le passage à niveau conjura le malheur
                                             
                                             Restant obstinément horizontal. C'est là
                                             Qu'un homme et qu'une femme aimèrent pour la vie
                                             L'arbre, le vent l'oiseau la vache sans envie.
                                             
                                             
                                             
                                             Absurdité II
                                             
                                             
                                             Le sexe las d'attendre un printemps retardé
                                             Par la rencontre au sommet de quatre saisons
                                             La petite fille rentra chez elle à pied
                                             Oubliant dans un parc son sac à provisions.
                                             
                                             Lucifer la guettait sur le seuil de la porte
                                             Et la prit dans ses bras pour lui montrer dûment
                                             L'art de bien conjuguer le diable vous emporte
                                             Mais elle n'avait plus peur de rien maintenant.
                                             
                                             Depuis elle regarde l'homme sans rien voir
                                             Qu'un peu d'ombre qui se déplace dans le noir
                                             Celui de la lumière qui fut sa jeunesse.
                                             
                                             Si l'ennui vient de naître il s'en ira bientôt
                                             La vie est courte et longue et si courte à nouveau
                                             Mourir tirera langue à toutes ses promesses.
                                             
                                             
                                             
                                             SONNET D'ALBERT SAMAIN
                                             (1858-1900)
                                             
                                             
                                             Dilection
                                             
                                             
                                             J'adore l'indécis, les sons, les couleurs frêles,
                                             Tout ce qui tremble, ondule, et frissonne, et chatoie.
                                             Les cheveux et les yeux, l'eau, les feuilles, la soie,
                                             Et la spiritualité des formes grêles;
                                             
                                             Les rimes se frôlant comme des tourterelles,
                                             La fumée où le songe en spirales tournoie,
                                             La chambre au crépuscule, où Son profil se noie,
                                             Et la caresse de Ses mains surnaturelles;
                                             
                                             L'heure de ciel au long des lèvres câlinées,
                                             L'âme comme d'un poids de délice inclinée,
                                             L'âme qui meurt ainsi qu'une rose fanée,
                                             
                                             Et tel coeur d'ombre chaste, embaumé de mystère,
                                             Où veille, comme le rubis d'un lampadaire,
                                             Nuit et jour, un amour mystique et solitaire.
                                             
                                             
                                             
                                             
                                             SONNETS DE CHARLES BAUDELAIRE
                                             (1821-1867)
                                             
                                             ¨Correspondances¨
                                             
                                             La Nature est un temple où de vivants piliers
                                             Laissent parfois sortir de confuses paroles;
                                             L'homme y passe à travers des forêts de symboles
                                             Qui l'observent avec des regards familiers.
                                             
                                             Comme de longs échos qui de loin se confondent
                                             Dans une télébreuse et profonde unité,
                                             Vaste comme la nuit et comme la clarté,
                                             Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
                                             
                                             Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
                                             Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
                                             - Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,
                                             
                                             Ayant l'expansion des choses infinies,
                                             Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
                                             Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.
                                             
                                             
                                             
                                             La muse malade
                                             
                                             
                                             Ma pauvre muse, hélas! qu'as-tu donc ce matin?
                                             Tes yeux creus sont peuplés de visions nocturnes,
                                             Et je vois tour à tour réfléchies sur ton teint
                                             La folie et l'horreur, froides et taciturnes.
                                             
                                             Le succube verdâtre et le rose lutin
                                             T'ont-ils versé la peur et l'amour de leurs urnes?
                                             Le cauchemar, d'un poing despotique et mutin,
                                             T'a-t-il noyé au fond d'un fabuleux Minturnes?
                                             
                                             Je voudrais qu'exhalant l'odeur de la santé
                                             Ton sein de pensers forts fût toujours fréquenté,
                                             Et que ton sang chrétien coulât à flots rythmiques
                                             
                                             Comme les sons nombreux des syllabes antiques,
                                             Où règnent tour à tour le père des chansons,
                                             Phoebus, et le grand Pan, le seigneur des moissons.
                                             
                                             
                                             L'ennemi
                                             
                                             
                                             Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
                                             Traversé çà et là par de brillants soleils;
                                             Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
                                             Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.
                                             
                                             Voilà que j'ai touché l'automne des idées,
                                             Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux
                                             Pour rassembler à neuf les terres inondées,
                                             Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux.
                                             
                                             Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
                                             Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
                                             Le mystique aliment qui ferait leur vigueur?
                                             
                                             - Ô douleur! ô douleur! Le Temps mange la vie,
                                             Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le coeur
                                             Du sang que nous perdons croît et se fortifie!
                                             
                                             

coupe.gif

 

lignefleurstwist.gif

 

fantaisie.jpg

Vos commentaires sont toujours les bienvenus.