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Poème inachevé
Paraît que le bonheur est à portée de main,
Qu'il faut tendre le coeur, négliger son chagrin.
Paraît que tous ses chants sont de douceur fleuris.
Brèves harmoniques, lit de notes rougies
Où nous nous complaisons, de minuit à minuit,
Dans ses encens velours, quand la chair meurt sans bruit...
Le noir et le blanc
Nous vivons parfois des moments de
grands bonheurs, Nous vivons parfois des moments de grandes peines; Quand au repas n'avons plus l'honneur du seigneur, Quand
un sourire et une étreinte sont obscènes, Dès que le voile de l'amour s'est déchiré Et que le coeur n'en connaît plus
que la fredaine. Dès que la vie, un ciel d'ennui, a expiré, Que de ses beaux fruits on nous met en quarantaine, Quand
la musique pleure son compositeur En laissant échapper quelques bémols de haine, Dès lors notre âme a perdu son fil
conducteur. Nous vivons pafois des moments de grandes peines, Nous vivons parfois des moments de grands bonheurs Quand
l'amitié, de l'amour, devient une aubaine, Que le printemps se répand en vers prometteurs Sur une nature en quête d'un
bon mécène, Dès que le soleil ne se fait plus désirer Qu'il aborde notre coeur en vrai capitaine, Quand des mots
innocents viennent désaltérer Une âme qui s'est éloignée de la fontaine, Dont l'amour, toute obscurité, a aspiré, Dès
lors notre ciel est sorti de la géhenne Et d'un pan d'arc-en-ciel peut enfin se parer...
DETRESSE
Dans le marasme de tes pensées
S'agite le pieux ver de la peur
Et ce pernicieux poison en fleur
Excise ta volonté froissée.
Les minutes essoufflent ton coeur
Et dans ses jardins vomit ta foi;
Ne sont plus absous les hors-la-loi
Qui, du temps, ne sont que des flambeurs.
Dans le chaos de tes souvenirs
S'étirent les mailles de l'orgueil
Proximité indécente à l'oeil
Qui se cache derrière un soupir.
Rien ne sert de nier, tout est là:
Hier se rappelle à toi au présent,
Sculpture imposant son artisan,
Une vérité a cappella.
Dans le fouillis de tes sentiments Grouillent les cloportes de ta peur
Et ton âme, nue dans ces vapeurs,
Exhale un dernier balbutiement.
VOGUE VOGUE
Tu partiras matelot
La mer t'appelle bien haut
Hisse la voile marin
Le vent porte ce matin
Active-toi moussaillon
De la marée profitons
Vogue notre beau vaisseau
Du phare guette le sceau
Tu partiras matelot
Chante le vent aux hublots
Hissons la voile marin
Car déjà point le matin.
DERIVE
Il n'y a plus guère dans cet oeil qui m 'attire
Que le pâle reflet d'une âme qui délire
Il n'y a plus guère dans nos coeurs qui s'ennuient
Que le stérile espoir d'un long cri dans la nuit
Sur le dur oreiller de nos soirs sans amour
Roulent nos larmes crues sous les draps de l'humour
Et la lune qui mue ne nous reconnaît plus
Elle qui hier encor rusée s'était complue
A venir contrarier la paix de nos corps fous
Ces corps harassés que le temps plie et bafoue
Il n'y a plus guère dans ces jours qui défilent
Qu'un lourd chapelet de peines indélibiles
Il n'y a plus guère dans nos coeurs atrophiés
Que le buvard saoûlé d'un amour falsifié
NUIT ET JOUR
La nuit revêt
de son manteau, de ma fenêtre, les carreaux; un pan de nuit qu'un mort soleil vient redorer de tons vermeils, un
fond de nuit, de points paré, que la lune fait miroiter.
La nuit se vêt d'ocre et de gris, un rendez-vous
sans compromis avec la terre, qu'elle retient soir après soir, d'un tendre lien. c'est l'équinoxe, un atout; chacun
son temps, chacun son bout.
La nuit s'ennuie, le regard vague, tantôt peine, tantôt divague, mais, dans ses voiles,
bien empêtrée, sent le jour chercher l'entrée. un blanc soleil déjà se glisse, la refoulant dans son abysse.
Le
jour revêt de son manteau, de ma fenêtre, les carreaux. un pan de jour venu tomber, après la nuit, sur ma pensée, un
fond de jour, sans vraie clarté, que mon coeur sent, en aparté.
SIESTE
Sur votre gorge, j'expiai mes maux,
Les ai expulsés, les ai peints en
mots;
Sur votre gorge, je me suis penché
N'osant réveiller ma soif étanchée.
Sur vos blancs genoux, j'ai posé
mon front,
L'ai ceint de vos mains pour taire
l'affront;
Sur vos blancs genoux, j'ai fermé
les yeux
Au souffle léger d'un baiser soyeux.
Sur votre doux sein, j'ai couché
mon coeur,
Lourd comme au tombeau, l'ai bordé
d'odeurs
Puis l'ai fait taire; sur votre doux
sein,
J'ai connu l'horreur du jour assassin.
L'OISEAU
L'oiseau est
parti Le temps l'a ravi Son nid sans petits Au vent se convie
L'oiseau s'est enfui Bien loin de chez lui Son
coeur à minuit Qu'hiver a séduit
L'oiseau est parti La vie l'a vomi Mais pluie a serti Son coeur d'un rubis
AU BISTROT
Au bistrot de la vie Il ne fait
pas un pli Que le vin qu'on y boit A été bu cent fois Un vin qui vous fait gris Avant d'en voir la lie Un vin
où l'on se noie Pour endormir ses choix
Au bistrot de la vie Rien n'est jamais tout gris Du plancher jusqu'au
toit Chacun y fait sa loi Au gré de sa folie Chacun y fait son lit Au rythme de ses croix... Sans compter sur
ses doigts
UN COEUR D'AME
Mon âme est triste et mon coeur saigne. Un rideau de chagrin les baigne Et
d'une main intransigeante La solitude, diligente, M'étreint et fume mes pensées. Ses largesses vient dispenser, Comme
une mère attentionnée Et mon coeur, bien conditionné, Ne parvient pas à résister. Dans ses serments veut persister Et
à ma porte vient frapper, Ses propos de sommeil nappés. Mon âme est triste et mon coeur saigne, D'un parfum de chagrin
s'imprègnent... Mais la flamme est intelligente Et sait se montrer exigeante, Car si le coeur s'est déchaussé L'âme
ne peut se disperser Sans le long repos sanctionner. Les soleils a additionnés Et jamais ne s'est désistée, Toujours
gourmande d'assister Aux petits bonheurs rattrapés Que la vie avait pu happer.
LE VIEUX CHÂTEAU
Il
dresse de hautes tours noircies Par les âges et par les humains, Des tours de cicatrices farcies Rappelant des dessins
de gamins.
Ses murs sont entourés de buissons Qu'un vent mauvais s'amuse à fouetter, Qui, parcourus d'étranges
frissons, Exhalent de longs soupirs flûtés; La nuit les amplifie y mêlant Son humeur grise et son franc silence. Son
sein, de fantômes ruisselant, Pleure ses jardins en décadence; Les jets d'eau ont tari leur douleur Et les statues,
aux corps démembrés, Ont revêtu, du temps, la couleur. Derniers témoins d'un siècle encombré, Le coeur se souvient,
les yeux se taisent, Bien mûrées dans leur austérité, De la pluie écoutent les foutaises Et le long monologue éventé.
Il
dresse de hautes tours noircies, Des tours de souvenirs prisonnières, Et la nuit, de ce spectre en sursis, En éclaire
la sombre crinière.
BESOIN
Besoin de ton amour Comme l'arbre du jour, Besoin de ton sourire, Du
soleil de ton rire, Besoin de tes étreintes, De ta douceur la teinte, Besoin de te toucher Et de te ressentir, Besoin
de t'approcher, Dans tes bras me blottir, Besoin de te parler Nos idées échanger, Besoin de m'envoler, Du temps
être horloger, Besoin de tes mots doux, De tes baisers discrets, Besoin de toi surtout, Toi que j'aime en secret.
APPROCHE
Mon
coeur est passé près du tien Le frôlant de son souffle chaud, Lui quémendant un entretien Par le hublot de son cachot.
Mon
coeur s'est approché du tien, Du pas effilé d'un félin, Soucieux du secret qu'il détient, Qu'il va livrer au châtelain.
Mon
coeur près du tien est passé, S'est arrêté, l'a écouté. Mon coeur au tien s'est adossé, A son humeur s'est adapté.
Mon
coeur du tien s'est approché, Croyant en franchir le portail. Mon coeur au tien s'est écorché, Il avait fait fi du
détail.
TOUCHER
Toucher du doigt ta beauté parfaite, Toucher du coeur ton âme violette; Et si
ce soir d'amour suis pauvrette Demain, d'hier, me paiera la dette.
Toucher des yeux tes lèvres rieuses, Toucher
du coeur ta flamme radieuse; Et si la nuit m'est d'humeur gracieuse Mes pensées pourrai mettre en veilleuse.
Coucher,
en vers, mon coeur sur papier, A mes doutes faire un croche-pied; Si ce soir, ma faute, dois expier La solitude pourrai
copier.
Pouvoir toucher du doigt et du coeur A ta transparence, à ta liqueur; Et si ce soir l'amour est vainqueur De
ce pain de vie vivrons en choeur.
VIF ARGENT
L'argent fait des serviteurs, L'amour aussi. De promesses Il
en fait ses belles messes; Parfums en apesanteur.
L'argent crée des paradis, L'amour aussi. Des châteaux Aux
murs comme des manteaux; Égide d'un roi maudit.
L'amour n'a point de patrie, L'argent, point d'ami. Un lien Exempt
de toute fratrie; Un monde qui s'appartient.
TES YEUX
Tes yeux profonds comme des miroirs, Un
ciel de canicule et d'orage, Ton coeur bien rangé dans un tiroir, Une âme fidèle à son image.
L'amour, qui te
vient faire la cour, Tel un baiser dérobé au temps, S'est faufilé, sans de beaux discours, Dans ton coeur pour faire
son printemps.
Il a mis des soleils dans tes yeux, Chaleur digne des soirs de bon vin, Mais tes prunelles font
des voeux pieux Tandis qu'au coeur l'amour est levain.
Il a mis des fleurs dans ton jardin, Chassé les doutes
et les questions, Dressé la table pour le festin, Mais ton coeur a changé de station.
Tes yeux profonds comme
des miroirs, Un ciel de promesses, de soucis, Ton coeur bien rangé dans un tiroir, Une âme, du temps, à la merci.
SUR
UN BANC
Sur un banc, j'écoute et j'attends; J'écoute le triste sanglot Qui, mon coeur, étreint à l'instant. Il
se répand en trémolos, Possessif et intransigeant, Tel le vent qui l'oiseau relance De son humour désobligeant. Sur
un banc, j'attends en silence, Hormis ma pensée qui s'agite, Qui, à mon chagrin, fait écho. Sa folie, elle régurgite Comme
la peur, le bourricot, Et plus elle veut discuter Plus mon âme veut s'y soustraire. Sur un banc, mon coeur amputé, De
la douleur, voudrait s'extraire, De sa nuit, chercher la sortie. Sur un banc, j'écoute et j'entends, De ma peine,
le clapotis, De mon coeur, le doux battement.
NAUFRAGE
Que je voudrais être semblable à un oiseau Alors
que mon vieux navire va par le fond, Que ne suis-je un goéland au lieu d'un roseau Préférant l'air des monts à l'eau
du faible jonc.
Que je voudrais être semblable à un nuage (Me laisser dériver vers des cieux clairs et chauds) Alors
que mon bateau est à faire naufrage, Que de la mer je revêtirai le manteau.
Que je voudrais être semblable à un
soleil Pour caresser du doigt cette immense mer bleue Alors que m'y attend un éternel sommeil, Perdu en son sein,
emmêlé dans ses cheveux.
SI JE MOURAIS
Si je mourais maintenant, J'emporterais ton sourire, Si
je partais à l'instant, Je n'oublierais de te dire Que j'aimais jusqu'au délire Tes yeux et ton coeur d'enfant.
Si
je mourais maintenant, J'emporterais ta douceur, Si je partais à l'instant, Je n'oublierais ce bonheur, Cette
vague de chaleur Qui traversera le temps.
Si je mourais maintenant, J'emporterais ta beauté, Si je partais
à l'instant, Je n'oublierais, mon aimé, A votre joue déposer Le baiser de nos vingt ans.
TEMPS DE
NUIT
Nuit où le mystère se fait cru, Mystère de la nuit, de son cru.
Nuit en bémol ou nuit de silences, Nuit
de turbulence ou d'indolence.
Nuit qui l'horizon rougit et plisse, Un coucher de soleil au supplice.
Nuit
où le temps est en suspension, Où la pensée est en expansion.
Nuit où grouillent des ombres sans nom, Où les
âmes oublient leur prénom.
Nuit trou noir où l'arbre se confond, Où le coeur malheureux se morfond.
Nuit
où le temps semble suspendu, Où l'âme pleure le temps perdu.
CHEVALIER
Soyez fort, mon blanc chevalier, Que
votre bras me soit fidèle Et votre coeur, un tendre allié, Que la flamme se renouvelle.
Soyez fort, mon doux
chevalier, Qu'à votre main l'épée soit fière, Qu'elle soit d'honneur fortifiée, Qu'à vos côtés je sois entière.
Soyez
fort, mon preux chevalier, Qu'entre vos bras j'y trouve un nid Quand se croiseront nos sentiers, Que mon coeur vous
sera acquis.
Soyez fort, mon blanc chevalier, En vous repose mon château; Si mon coeur perdait son guerrier, Demoiselle
rejoindrait l'eau.
A L'OMBRE DU VIEUX CHÊNE
A l'ombre du vieux chêne, Là où le jour s'entête, Où
mon coeur fit la fête En y brisant ses chaînes.
A l'ombre du vieux chêne, Où tout n'est que verdure, Là où
fuit ma nature Quand la douleur la freine.
A l'ombre du vieux chêne, Près de ce coeur aimable, Où mue l'amour
instable Quand j'y rejoins ma reine.
A l'ombre du vieux chêne, Là où la nuit se glisse, Où mes rêves se tissent Avant
d'entrer en scène.
CORTÈGE
Elles défilent, âmes sans patrie, Elles défilent, lourd boulet aux
pieds; Elles vont par des chemins sans foyer, Elles vont par des terres sans prairies.
Elles défilent, le regard
éteint, Elles défilent, sans but ni raison; Elles vont au-devant de l'horizon, Elles vont, ignorant tout de leur
faim.
Elles défilent, spectres sans couleur, Elles défilent, pauvres naufragées; Elles vont, seules mais toutes
reliées, Elles vont, blanc troupeau sans son pasteur.
Elles défilent, un pied dans l'abîme, Elles défilent, le
coeur au tombeau; Elles vont, sans rivage ni hameau, Elles vont, revêtues du même crime.
MOUVEMENT
L'eau
glisse sans se presser Sous le grand pont fatigué Et n'est en rien dérangée Par les canards efflanqués.
Elle
va sans se soucier Mouiller des sables grossiers Sur lesquels vont s'égailler Quelques rares échassiers.
Si
la pluie ride son dos Et fait rentrer les badauds, Elle réprime un sanglot Et laisse gonfler son flot.
Un
vent frais vient titiller Sa surface ennuyée Qu'un soleil ensommeillé Refuse d'égratigner.
Ce vieil ami assidu, Aux
heures les plus indues, Ardeur jamais n'a perdu Pour froisser sa peau tendue.
L'eau glisse sans se presser Sous
le grand pont fatigué; Elle va, sans déranger, De son long pas, résignée.
POUR UN VERS
Beaux vers, belles
rimes, Un coeur sans son crime, Un coeur qu'on comprime, Un coeur sans sa frime.
Un cri, un espoir, Un
pleur dans le noir, Un jour de grand soir, Un jour sans devoir.
Beaux vers d'aujourd'hui, De jour et de nuit, Qu'on
boit, frais du puit, Plaisir reconduit.
Un moi pour un tien, Qui crée, plus qu'un lien, Un vers qu'on fait
sien, Des mots...presque rien.
FEUX DE BRAISE
Derniers rougeoiements d'un feu qui se meurt; Encore
quelques battements de coeur Offerts dans une ultime tentative De ranimer l'étincelle lascive.
Derniers bonds
d'un coeur résolument chaud Que ses trop nombreux changements de peau Ont muté en un délicat roseau Qui ne craint
plus que le chant d'un oiseau.
Derniers soupirs d'un coeur à demi nu Qui, à ce jour, jamais n'est parvenu A s'approcher
du coeur de sa folie Pour toucher du doigt l'amour qu'il renie.
Dernier regard d'un coeur qui s'affaiblit, Qui
croit trouver dans la nuit, dans ses plis, Une raison de taire son humeur Et de vivre simplement son bonheur.
PERSONNE
Plus
personne n'est là, Plus personne que moi, Que moi qui pense à toi, Toi qui n'existe pas.
D'espoir, que celui-là, D'amour,
que sous mon toit, Un toit où je suis roi, Un roi seul au repas.
Larme par un jour las, Rire par nuit de choix, Une
nuit hors-la-loi, La loi d'un coeur ingrat.
Plus personne n'est là, Plus personne que moi, Que moi sous ce
grand toit... Le coeur comme un malfrat.
SILENCE
Nos lèvres ne disent mot
Et le silence qui mord
Gonfle le coeur de remords;
Etranger dans son hameau,
Parcouru de cents tisons,
La nuit le surprend, trop tôt.
Il croule sous son manteau;
Que de murs dans sa prison.
Les mots ne chantent plus l'âme:
L'amour est criblé de plomb
Où qu'on soit dans l'échelon;
Rien pour épargner la flamme.
Nos lèvres ne disent mot
Et le jour qui se fait nuit
N'en connaît que le minuit...
Trait de plume ou de plumeau.

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