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Voici une anthologie des plus beaux poèmes
depuis le Moyen Age...

rose-1024.jpg

RUTEBEUF
(1230-1285)

Précurseur de Villon et de Verlaine


QUE SONT MES AMIS DEVENUS...

Les maux ne savent seuls venir;
Tout ce qui m'était à venir
M'est advenu.
Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés?
Je crois qu'ils sont trop clairsemés
Ils ne furent pas bien semés
Ils m'ont failli.
De tels amis m'ont bien trahi
Lorsque Dieu m'a assailli
De tous côtés.
N'en vit un seul en mon logis
Le vent je crois, me les a pris,
L'amour est morte.
Ce sont amis que vent emporte,
Et il ventait devant ma porte
Les emporta.



CHRISTINE DE PISAN
(1363-1431)

SEULETTE SUIS, SANS AMI DEMEUREE (ballade)

Seulette suis et seulette veut être,
Seulette m'a mon doux ami laissée.
Seulette suis, sans compagnon ni maître,
Seulette suis, dolente et courroucée,
Seulette suis, en langueur malaisée,
Seulette suis, plus que nulle égarée,
Seulette suis, sans ami demeurée.

Seulette suis à huis ou à fenêtre,
Seulette suis en un anglet muciée,
Seulette suis pour moi de pleurs repaître,
Seulette suis, dolente ou apaisée,
Seulette suis, rien qui tant messiée,
Seulette suis, en ma chambre enserrée,
Seulette suis, sans ami demeurée.

Seulette suit, partout et en tout aître,
Seulette suis, que je marche ou je siée,
Seulette suis, plus qu'autre rien terrestre,
Seulette suis, de chacun délaissée,
Seulette suis, durement abaissée,
Seulette suis, souvent toute éplorée,
Seulette suis, sans ami demeurée.

Princes, or est ma douleur commencée:
Seulette suis, de tout deuil menacée,
Seulette suis, plus teinte que morée,
Seulette suis, sans ami demeurée.



CHARLES D'ORLEANS
(1391-1465)

Neveu de Charles VI
époux de Marie de Clèves
père de Louis XII

LE TEMPS A LAISSE SON MANTEAU

Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie,
Et s'est vêtu de broderie,
De soleil luisant, clair et beau.

Il n'y a bête ni oiseau
Qu'en son jargon ne chante ou crie:
¨Le temps a laissé son manteau!
De vent, de froidure et de pluie,¨

Rivière, fontaine et ruisseau
Portent, en livrée jolie,
Gouttes d'argent, d'orfèvrerie;
Chacun s'habille de nouveau.

Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie,
Et s'est vêtu de broderie,
De soleil luisant, clair et beau.



RENAISSANCE


MELIN DE SAINT-GELAIS
(1491-1558)


PAR L'AMPLE MER...

Par l'ample mer, loin des ports et arènes
S'en vont nageant les lascives sirènes
En déployant leurs chevelures blondes,
Et de leurs voix plaisantes et sereines.
Les plus hauts mâts et plus basses carènes
Font arrêter aux plus mobiles ondes
Et souvent perdre en tempêtes profondes;
Ains la vie à nous si délectable,
Comme sirène affectée et muable,
En ses douceurs nous enveloppe et plonge,
Tant que la Mort rompe aviron et câble,
Et puis de nous ne reste qu'une fable,
Un moins que vent, ombre, fumée et songe.



QUAND LE PRINTEMPS


Quand le printemps commence à revenir,
Retournant l'an en sa première enfance,
Un doux penser entre en mon souvenir
Du temps heureux que ma jeune ignorance
Cueillit les fleurs de sa verte espérance.

Puis, quand le ciel ramène les longs jours
Du chaud Été, j'aperçois que toujours
Avec le temps s'allume le désir
Qui seulement ne me donne loisir
D'aviser l'ombre et mes passés séjours.

Puis, quand Automne apporte le plaisir
De ses doux fruits, hélas, c'est la saison
Où de pleurer j'ai le plus de raison,
Car mes labeurs ne l'ont jamais connue:
Mais seulement, en ma triste prison,
L'Hiver extrême ou l'Été continue.



JOACHIM DU BELLAY
(1522-1560)

Ami de Ronsard


COMME LE CHAMP SEMÉ...

Comme le champ semé en verdure foissonne,
De verdure se hausse en tuyau verdissant,
Du tuyau se hérisse en épi florissant
D'épi jaunit en grain, que le chaud assaisonne;

Et comme en la saison le rustique moissonne
Les ondoyants cheveux du sillon blondissant,
Les met d'ordre en javelle et du blé jaunissant
Sur le champ dépouillé mille gerbes façonne;

Ainsi de peu à peu crût l'empire romain,
Tant qu'il fut dépouillé par la barbare main,
Qui ne laissa de lui que ces marques antiques,

Que chacun va pillant; comme on voit le glaneur
Cheminant pas à pas recueillir les reliques
De ce qui va tomber après le moissonneur.


HEUREUX COMME ULYSSE...

Heureux comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme celui-là qui conquit la Toison
Et puis s'en est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge!

Quand reverrai-je hélas de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrais-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province et beaucoup davantage?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeuls,
Que des palais romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine:

Plus mon Loire gaulois que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré que le Mont-Palatin
Et plus que l'air marin la douceur angevine.



PIERRE DE RONSARD
(1523-1585)


PRENDS CETTE ROSE...

Prends cette rose aimable comme toi
Qui sert de rose aux roses les plus belles,
Qui sert de fleur aux fleurs les plus nouvelles,
Dont la senteur me ravit tout de moi.

Prends cette rose et ensemble reçois
Dedans ton sein mon coeur qui n'a point d'ailes:
Il est constant et cent plaies cruelles
N'ont empêché qu'il ne gardât sa foi.
La rose et moi différons d'une chose:
Un Soleil voit naître et mourir la rose,
Mille Soleils ont vu naître m'amour,
Dont l'action jamais ne se repose.
Que plût à Dieu que telle amour, enclose,
Comme une fleur, ne m'eut duré qu'un jour.



MAÎTRESSE, EMBRASSE-MOI...

Maîtresse, embrasse-moi, baise-moi, serre-moi,
Haleine contre haleine, échauffe-moi la vie,
Mille et mille baisers donne-moi je te prie,
Amour veut tout sans nombre, amour n'a point de loi.

Baise et rebaise-moi; belle bouche pourquoi
Te gardes-tu là-bas, quand tu seras blêmie,
A baiser (de Pluton ou la femme ou l'amie),
N'ayant plus ni couleur, ni rien semblable à toi?

En vivant presse-moi de tes lèvres de roses,
Bégaye, en me baisant, à lèvres demi-closes
Mille mots tronçonnés, mourant entre mes bras.

Je mourrai dans les tiens, puis, toi ressuscitée,
Je ressusciterai, allons ainsi là-bas,
Le jour tant soit-il court vaut mieux que la nuitée.



CLAUDE DE PONTOUX
(1530-1579)


SONNET


Vague gentille et odorante fleur,
Ne te plains d'être en ce vase serrée,
La blanche main qui belle t'a donnée
Tient beaucoup plus étroitement mon coeur.

Que si l'eau manque à te donner vigueur,
Toujours seras de mes larmes baignée,
Et de mon sang, par la plaie ferrée
Qu'amour m'a fait te rendrai la couleur.

Et pour l'amour de celle qui t'envoie
O fleur où gît un fragment de ma joie!
Cent fois le jour je te veux odorer,

Cent fois le jour je te veux adorer,
En attendant qu'amour ma dame assemble
Avecques moi ou que fanions ensemble.




FLAMINIO DE BIRAGUE


Sonnet

Désirs ambitieux, tromperesse espérance,
Pensers falacieux, aveugle volonté,
Soupirs, pleurs et regrets, qui m'avez maltrité,
Donnez désormais trêve à ma longue souffrance.

Mais s'il est destiné que je n'aie allégeance
Des ennuis rigoureux dont je suis tourmenté,
Aux rives de l'oubli mon esprit soit porté,
Pour noyer de mes maux la triste souvenance.

Que tout Astre malin se bande contre moi,
Cela me sera jeu, au prix du grand émoi
Qui de jour et de nuit afflige ma triste âme,

Qu'amour tant qu'i voudra me trouble le cerveau,
Je ne crains plus ses droits ni sa cuisante flamme,
Je n'ai plus aucun lieu à quelque coup nouveau.



JEAN BAPTISTE CHASSIGNET

1578-1635


SONNET

Si tu meurs en jeunesse, autant tu as goûté
D'amour et de douceur durant ce peu d'espace,
Que si de deux cents ans tu parfaisais la trace.
Nul plaisir est nouveau sous le ciel revoûté:

Pour boire plusieurs fois le ventre dégoûté
N'en est rien de plus soûl; la corruptible masse
De ce corps que tu traînes est semblable à la tasse
Qui ne retient pas l'eau que l'on lui a jeté.

Partant, soit tôt ou tard que le trait de la Parque
Du nombre des vivants au tombeau te démarque,
N'abandonne à regret le monde dépourvu:

Tu vois tout en un an, et ce que l'influence
Des saisons et des temps en plusieurs siècles avance
N'est rien que le retour de ce que tu as vu.



MARGUERITE DE VALOIS
                                    (1553-1615)
                                    
                                    Epouse d'Henri IV
                                    
                                    
                                    
                                    NOS DEUX CORPS SONT EN TOI...
                                    
                                    Nos deux corps sont en toi,
                                    Je le sais plus que d'ombre.
                                    Nos amis sont à toi,
                                    Je ne sais que de  nombre.
                                    Et puisque tu es tout
                                    Et que je ne suis rien,
                                    Je n'ai rien ne t'ayant
                                    Ou j'ai tout, au contraire,
                                    Avoir et tout et tien,
                                    Comment se peut-il faire?...
                                    C'est que j'ai tous les maux
                                    Et je n'ai point de biens.
                                    
                                    Je vis par et pour toi
                                    Ainsi que pour moi-même.
                                    Tu vis par et pour moi
                                    Ainsi que pour toi-même.
                                    
                                    Le soleil de mes yeux,
                                    Si je n'ai ta lumière,
                                    Une aveugle nuée
                                    Ennuie ma paupière.
                                    Comme une pluie de pleurs
                                    Découle de mes yeux,
                                    Les éclairs de l'amour,
                                    Les éclats de la foudre
                                    Entrefendent mes nuits
                                    Et m'écrasent en poudre.
                                    Quand j'entonne les cris,
                                    Lors, j'étonne les cieux.
                                    
                                    Je vis par et pour toi
                                    Ainsi que pour moi-même.
                                    Tu vsi par et pour moi
                                    Ainsi que pour toi-même.
                                    
                                    Nous n'aurons qu'une vie
                                    Et n'aurons qu'un trépas.
                                    Je ne veux pas ta mort,
                                    Je désire la mienne.
                                    Mais ma mort est ta mort
                                    Et ma vie est la tienne.
                                    Ainsi, je veux mourir
                                    Et je ne le veux pas.
                                    
                                    
                                    
                                    XVIIe siècle
                                    
                                    
                                    PIERRE CORNEILLE
                                    (1606-1684)
                                    
                                    
                                    STANCES
                                    
                                    Marquise si mon visage
                                    A quelques traits un peu vieux,
                                    Souvenez-vous qu'à mon âge
                                    Vous ne vaudrez guère mieux.
                                    
                                    Le temps aux plus belles choses
                                    Se plaît à faire un affront,
                                    Et saura faner vos roses
                                    Comme il a ridé mon front.
                                    
                                    Le même cours des planètes
                                    Règle nos jours et nos nuits:
                                    On m'a vu ce que vous êtes
                                    Vous serez ce que je suis.
                                    
                                    Cependant j'ai quelques charmes
                                    Qui sont assez éclatants
                                    Pour n'avoir pas trop d'alarmes
                                    De ces ravages du temps.
                                    
                                    Vous en avez qu'on adore;
                                    Mais ceux que vous méprisez
                                    Pourraient bien durer encore
                                    Quand ceux-là seront usés.
                                    
                                    Ils pourront sauver la gloire
                                    Des yeux qui me semblent doux,
                                    Et dans mille ans faire croire
                                    Ce qu'il me plaira de vous.
                                    
                                    Chez cette race nouvelle,
                                    Où j'aurai quelque crédit,
                                    Vous ne passerez pour belle
                                    Qu'autant que je l'aurai dit.
                                    
                                    Pensez-y, belle Marquise.
                                    Quoiqu'un grison fasse effroi,
                                    Il vaut bien qu'on le courtise,
                                    Quand il est fait comme moi.
                                    
                                    
                                    
                                    VOLTAIRE
                                    (1694-1778)
                                    
                                    A MADAME DU CHATELET
                                    
                                    Si vous voulez que j'aime encore,
                                    Rendez-moi l'âge des amours;
                                    Au crépuscule de mes jours
                                    Rejoignez, s'il se peut, l'aurore.
                                    
                                    Des beaux lieux où le dieu du vin
                                    Avec l'Amour tient son empire,
                                    Le temps, qui me prend par la main,
                                    M'avertit que je me retire.
                                    
                                    De son inflexible rigueur
                                    Tirons au moins quelque avantage,
                                    Qui n'a pas l'esprit de son âge,
                                    De son âge a tout le malheur.
                                    
                                    Laissons à la belle jeunesse
                                    Ses folâtres emportements.
                                    Nous ne vivons que deux moments:
                                    Qu'il en soit un pour la sagesse.
                                    
                                    Quoi! pour toujours vous me fuyez,
                                    Tendresse, illusion, folie,
                                    Dons du ciel, qui me consoliez
                                    Des amertumes de la vie!
                                    
                                    On meurt deux fois, je le vois bien;
                                    Cessez d'aimer et d'être aimable,
                                    C'est une mort insupportable;
                                    Cesser de vivre, ce n'est rien.
                                    
                                    Ainsi je déplorais la perte
                                    Des erreurs de mes premiers ans:
                                    Et mon âme, aux désirs ouverte,
                                    Regrettait ses égarements,
                                    
                                    Du ciel alors daignant descendre,
                                    L'Amitié vint à mon secours;
                                    Elle était peut-être aussi tendre,
                                    Mais moins vive que les Amours.
                                    
                                    Touché de sa beauté nouvelle,
                                    Et de sa lumière éclairé,
                                    Je la suivis; mais je pleurai
                                    De ne pouvoir plus suivre qu'elle.
                                    
                                    
                                    
                                    XIXe siècle
                                    
                                    
                                    ALPHONSE DE LAMARTINE
                                    (1790-1869)
                                    
                                    LE PAPILLON
                                    
                                    Naître avec le printemps, mourir avec les roses,
                                    Sur l'aile du zéphyr nager dans un ciel pur;
                                    Balancé sur le sein des fleurs à peine écloses,
                                    S'enivrer de parfums, de lumière et d'azur;
                                    Secourant, jeune encor, la poudre de ses ailes,
                                    S'envoler comme un souffle aux voûtes éternelles;
                                    Voilà du papillon le destin enchanté:
                                    Il ressemble au désir, qui jamais ne se pose,
                                    Et sans se satisfaire, effleurant toute chose,
                                    Retourne enfin au ciel chercher la volupté.
                                    
                                    
                                    
                                    GÉRARD DE NERVAL
                                    (1808-1855)
                                    
                                    MÉLODIE
                                    (extrait)
                                    
                                    Quand le plaisir brille en tes yeux
                                    Pleins de douceur et d'espérance,
                                    Quand le charme de l'existence
                                    Embellit tes traits gracieux,
                                    Bien souvent alors je soupire
                                    En songeant que l'amer chagrin,
                                    Aujourd'hui loin de toi, peut t'atteindre demain,
                                    Et de ta bouche aimable effacer le sourire
                                    Car le Temps, tu le sais, entraîne sur ses pas
                                    Les illusions dissipées,
                                    Et les yeux refroidis, et les amis ingrats,
                                    Et les espérances trompées.
                                    Mais crois-moi, mon amour! tous ces charmes naissants
                                    Que je contemple avec ivresse,
                                    S'ils s'évanouissaient sous mes bras caressants,
                                    Tu conserverais ma tendresse!
                                    Si tes attraits étaient flétris,
                                    Si tu perdais ton doux sourire,
                                    La grâce de tes traits chéris
                                    Et tout ce qu'en toi on admire,
                                    Va, mon coeur n'est pas incertain:
                                    De sa sincérité tu pourrais tout attendre.
                                    Et mon amour, vainqueur du Temps et du Destin,
                                    S'enlacerait à toi, plus ardent et plus tendre!
                                    
                                    
                                    
                                    LE POINT NOIR
                                    
                                    Quiconque a regardé le soleil fixement
                                    Croit voir devant ses yeux voler obstinément
                                    Autour de lui, dans l'air, une tache livide.
                                    
                                    Ainsi toutjeune encore et plus audacieux,
                                    Sur la gloire un instant j'osai fixer les yeux:
                                    Un point noir est resté dans mon regard avide.
                                    
                                    Depuis, mêlée à tout comme un signe de deuil,
                                    Partout, sur quelque endroit que s'arrête mon oeil,
                                    Je la vois se poser aussi, la tache noire!
                                    
                                    Quoi, toujours? Entre moi sans cesse et le bonheur!
                                    Oh! c'est que l'aigle seul - malheur à nous, malheur! -
                                    Contemple impunément le Soleil et la GLoire.
                                    
                                    
                                    TRISTESSE
                                    
                                    J'ai perdu ma force et ma vie,
                                    Et mes amis et ma gaîté;
                                    J'ai perdu jusqu'à la fierté
                                    Qui faisait croire à mon génie.
                                    
                                    Quand j'ai connu la Vérité,
                                    J'ai cru que c'était une amie;
                                    Quand je l'ai comprise et sentie,
                                    J'en étais déjà dégoûté.
                                    
                                    Et pourtant elle est éternelle
                                    Et ceux qui se sont passés d'elle
                                    Ici-bas ont tout ignoré.
                                    
                                    Dieu parle, il faut qu'on lui réponde.
                                    Le seul bien qui me reste au monde
                                    Est d'avoir quelquefois pleuré.
                                    
                                    
                                    
                                    CHARLES BAUDELAIRE
                                    (1821-1867)
                                    
                                    
                                    LA MORT DES AMANTS
                                    
                                    Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères,
                                    Des divans profonds comme des tombeaux,
                                    Et d'étranges fleurs sur des étagères,
                                    Ecloses pour nous sous des cieux plus beaux.
                                    
                                    Usant à l'envi leurs chaleurs dernières,
                                    Nos deux coeurs seront deux vastes flambeaux,
                                    Qui réfléchiront leurs doubles lumières
                                    Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.
                                    
                                    Un soir fait de rose et de bleu mystique,
                                    Nous échangerons un éclair unique,
                                    Comme un long sanglot, tout chargé d'adieux;
                                    
                                    Et plus tard un Ange entr'ouvrant les portes
                                    Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
                                    Les miroirs ternis et les flammes mortes.
                                    
                                    
                                    
                                    SULLY PRUD'HOMME
                                    (1839-1907)
                                    
                                    LE MEILLEUR MOMENT DES AMOURS
                                    
                                    Le meilleur moment des amours
                                    N'est pas quand on a dit: Je t'aime.
                                    Il est dans le silence même
                                    A demi rompu tous les jours;
                                    
                                    Il est dans les intelligences
                                    Promptes et furtives des coeurs;
                                    Il est dans les feintes rigueurs
                                    Et les secrètes indulgences;
                                    
                                    Il est dans le frisson du bras
                                    Où se pose la main qui tremble,
                                    Dans la page qu'on tourne ensemble,
                                    Et que pourtant on ne lit pas.
                                    
                                    Heure unique où la bouche close
                                    Par sa pudeur seule en dit tant!
                                    Où le coeur s'ouvre en éclatant
                                    Tout bas, comme un bouton de rose.
                                    
                                    Où le parfum seul des cheveux
                                    Paraît une faveur conquise...
                                    Heure de la tendresse exquise
                                    Où les respects sont des aveux!
                                    
                                    
                                    
                                    CHARLES CROS
                                    (1842-1888)
                                    
                                    
                                    L'AUTOMNE FAIT LES BRUITS FROISSÉS...
                                    
                                    L'automne fait les bruits froissés
                                    De nos tumultueux baisers.
                                    
                                    Dans l'eau tombent les feuilles sèches
                                    Et, sur ses yeux, les folles mèches.
                                    
                                    Voici les pêches, les raisins,
                                    J'aime mieux sa joue et ses seins.
                                    
                                    Que me fait le soir triste et rouge,
                                    Quand sa lèvre boudeuse bouge?
                                    
                                    Le vin qui coule des pressoirs
                                    Est moins traître que ses yeux noirs.
                                    
                                    
                                    
                                    
                                    FRANÇOIS COPPÉE
                                    (1842-1908)
                                    
                                    Ami de Verlaine et de Heredia
                                    
                                    
                                    
                                    RUINES DU COEUR
                                    
                                    
                                    Mon coeur était jadis comme un palais romain,
                                    Tout construit de granits choisis, de marbres rares.
                                    Bientôt les passions, comme un flot de barbares,
                                    L'envahirent, la hache ou la torche à la main.
                                    
                                    Ce fut une ruine alors. Nul bruit humain.
                                    Vipères et hiboux. Terrains de fleurs avares.
                                    Partout gisaient, brisés, porphyres et carrares;
                                    Et les ronces avaient effacé le chemin.
                                    
                                    Je suis resté longtemps seul, devant mon désastre.
                                    Des midis sans soleil, des minuits sans un astre,
                                    Passèrent, et j'ai, là, vécu d'horribles jours;
                                    
                                    Mais tu parus enfin, blanche dans la lumière,
                                    Et, bravement, afin de loger nos amours,
                                    Des débris du palais j'ai bâti ma chaumière.
                                    
                                    
                                    
                                    
                                    CATULLE MENDÈS
                                    (1843-1909)
                                    
                                    L'un des fondateurs du Parnasse.
                                    
                                    
                                    RESTE, N'ALLUME PAS LA LAMPE...
                                    
                                    Reste. N'allume pas la lampe. Que nos yeux
                                    S'emplissent pour longtemps de ténèbres, et laisse
                                    Tes bruns cheveux verser la pesante mollesse
                                    De leurs ondes sur nos baisers silencieux.
                                    
                                    Nous sommes las autant l'un que l'autre. Les cieux
                                    Pleins de soleil nous ont trompés. Le jour nous blesse.
                                    Voluptueusement berçons notre faiblesse
                                    Dans l'océan du soir morne et silencieux.
                                    
                                    Lente extase, houleux sommeil exempt de songe,
                                    Le flux funèbre roule et déroule et prolonge
                                    Tes cheveux où mon front se pâme enseveli...
                                    
                                    Calme soir, qui hais la vie et lui résistes,
                                    Quel long fleuve de paix léthargique et d'oubli
                                    Coule dans les cheveux profonds des brunes tristes?
                                    
                                    
                                    
                                    
                                    MAURICE ROLLINAT
                                    (1846-1903)
                                    
                                    
                                    Ami de George Sand
                                    
                                    
                                    
                                    LES OUBLIETTES
                                    
                                    
                                    Dans les oubliettes de l'âme
                                    Nous jetons le meilleur de nous
                                    Qui languit lentement dissous
                                    Par une moisissure infâme.
                                    
                                    Pour le vice qui nous enflamme
                                    Et pourle gain qui nous rend fous,
                                    Dans les oubliettes de l'âme
                                    Nous jetons le meilleur de nous.
                                    
                                    Comme personne ne nous blâme,
                                    Parfois, nous nous croyons absous,
                                    Mais un cri nous vient d'en dessous:
                                    C'est la conscience qui clame
                                    Dans les oubliettes de l'âme.
                                    
                                    
                                    
                                    AU CRÉPUSCULE
                                    
                                    Le soir, couleur cendre et corbeau,
                                    Verse au ravin qui s'extasie
                                    Sa solennelle poésie
                                    Et son fantastique si beau.
                                    
                                    Soudain sur l'eau morte et moisie
                                    S'allume, comme un grand flambeau
                                    Qui se lève sur un tombeau,
                                    La lutte énorme et cramoisie.
                                    
                                    Et, tandis que dans l'air sanglant,
                                    Tout sort de l'ombre: moulin blanc,
                                    Pont jauni, verte chènevrière,
                                    
                                    On voit entre les nénuphars
                                    Moitié rouges, moitié blafards,
                                    Flotter l'âme de la rivière.
                                    
                                    
                                    
                                    XXe siècle
                                    
                                    
                                    
                                    PAUL-JEAN TOULET
                                    
                                    (1867-1920)
                                    
                                    Ami de Toulouse-Lautrec
                                    
                                    
                                    
                                    CES ROSES POUR MOI...
                                    
                                    Ces roses pour moi destinées
                                    Par le choix de sa main,
                                    Aux premiers feux du lendemain,
                                    Elles étaient fanées.
                                    
                                    Avec les heures un à un,
                                    Dans la vasque de cuivre,
                                    Leur calice tinte et délivre
                                    Une âme à leur parfum.
                                    
                                    Liée, entre tant, ô Ménesse,
                                    Qu'à travers vos ébats,
                                    J'écoute résonner tout bas
                                    Le glas de ma jeunesse.
                                    
                                    
                                    
                                    
                                    DANS LE SILENCIEUX AUTOMNE
                                    
                                    Dans le silencieux automne
                                    D'un jour mol et soyeux,
                                    Je t'écoute en fermant les yeux,
                                    Voisine monotone.
                                    
                                    Ces gammes de tes doigts hardis,
                                    C'était déjà des gammes
                                    Quand n'étaient pas encor des dames
                                    Mes cousines, jadis;
                                    
                                    Et qu'aux toits noirs de la Rafette,
                                    Où grince un fer changeant,
                                    Les abeilles d'or et d'argent
                                    Mettaient l'aurore en fête.
                                    
                                    
                                    
                                    MAX ELSKAMP
                                    1862-1931
                                    
                                    
                                    LA FEMME
                                    
                                    Mais maintenant vient une femme,
                                    Et lors voici qu'on va aimer,
                                    Mais maintenant vient une femme
                                    Et lors voici qu'on va pleurer.
                                    
                                    Et puis qu'on va tout lui donner
                                    De sa maison et de son âme,
                                    Et puis qu'on va tout lui donner
                                    Et lors après qu'on va pleurer
                                    
                                    Car à présent vient une femme,
                                    Avec ses lèvres pour aimer,
                                    Car à présent vient une femme
                                    Avec sa chair tout en beauté,
                                    
                                    Et des robes pour la montrer
                                    Sur des balcons, sur des terrasses,
                                    Et des robes pour la montrer
                                    A ceux qui vont, à ceux qui passent,
                                    
                                    Car maintenant vient une femme
                                    Suivant sa vie pour des baisers,
                                    Car maintenant vient une femme,
                                    Pour s'y complaire et s'en aller.
                                    

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J'espère que vous avez fait bonne lecture...au plaisir de vous revoir!