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FRANCE BONNEAU Né à Jonquière en 1949
DE QUEL FEU?
De
quel amour, de quel visage De quelle fatigue es-tu? De quel fracas est ton oeil De quelle étoile viens-tu?
Je
viens de mille survivances De mille peines De mille chemins Je viens d'une seule aurore D'un seul matin
Mais
de quelle ville, de quelle montagne De quelle patience es-tu? De quel feu est ton oeil De quel astre viens-tu?
Je
viens de mille côtes De mille sites De mille partages
Je viens du désir enfin!
Quand dans l'avant-jour,
je largue les amarres C'est que j'espère encore!
DEMANDE
Ne me conduis pas à la tendresse Laisse
mon âme mourir aux lieux qu'elle aime Et devant l'été, devant juillet, devant le soleil et la pluie.
Ne me conduis
pas à la tendresse J'irai seule parmi les arbres, parmi les cèdres, parmi les sapins et les bouleaux J'irai seule
me noyer dans les couleurs de la vie.
Ne me conduis pas à la tendresse Je vêtirai mon corps de gestes nocturnes
et volontaires Tairai les propos de mon sang.
Mes mains ne sont plus comme autrefois. Elles portent mieux la
terre. Ne me conduis pas à la tendresse...
MARGARET BUCKLEY Née au Nouveau-Brunswick en 1946
Et
on marche de long en large en long Une lampe s'allume une autre s'éteint On change son verre de main ou son
idée de mots. La bière est tiède, crémeuse les voix liquides le soir trop doux pour la vie si c'est ça - Ni
ici ni là Rien n'est simple quand Duke Ellington joue au fond derrière vous et la vie se glisse frissonnante sur
la peau d'un blues. Et les mots trahissent - Comme ces grands soirs d'Ilitch Comme ces soirs faux-délices trops
perdus trop déçus - Et les mots vous prennent à mi-chemin entre l'idée et autre chose qui n'et ni réalité ni
pose Je ne sais plus.
Je ne veux ni vos mots vos mots vos mots ni mes enfers solitaires ni cette foi qui
fige l'aire de l'espoir. Dressez vos ciels de messie - scientifiques ou autres - mais très peu pour moi merci. Ces
âmes, ces royaumes offerts me navrent à moi la chair mystique unique qui claironne sa musique d'un jour ou d'un soir Miennes
les pourritures terrestres!
LUCIE CHÉNÉ Née à Québec en 1955
La terre éparpille Sur nos
lèvres La liberté du bonheur L'Éternité devient Le bruit de nos chairs Le vent et l'aile Nos racines
Dans
nos conquêtes La joue est délicieuse La certitude un beau fruit Mille oiseaux rivalisent Avec le fleuve
****
Abandonnant
cartes et marées Nous échangeons nos corps Comme si l'existence Etait un luxe Les coquillages bercent La fragilité
du coeur
Nul secours en dehors De la plainte Nul envol En dehors du chant Arrachés au silence Nos visages
peuplent La grève
****
Nous sommes une île Privée d'enfance Nos chutes Des écailles Petites
fins du monde
Dans le creux du rivage Les portes ont disparu Laissant u nid S'attaquer aux ombres
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Nous
apprivoisons nos mains Jetant du temps Au bonheur Nous défions Tous les mystères Prenant demeure Dans l'aventure Nous
gavons l'étoile La mendiante Au corps inachevé
****
Entrez! Soleil lune poissons Vos gorges
seront les habitudes De l'aube
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Dans l'empreinte des fleurs Les oiseaux chassent la liberté Leur
premier vol La pleine chevelure
Pour un mot d'amour perdu Des chacals se sont dispersés Sans achever la lumière Dans
laquelle nous dansons
Et chaque étoile Nous admirons Le signe du plomb
****
Nous déroulons
l'horizon L'amour jette ses formes Referme l'espace Au milieu du corps L'innocence déborde
Aux angles du
désir Vertige de l'eau Au galbe des nuages Labour du délire
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Inventant des miroirs Nos
profils la face cachée du ciel Nous échappons nos peurs
Ouvrant nos songes Picasso émerge Nos murs des horloges
Un
ballon rouge traîne Quelque part
Nous mettons de l'ordre Dans la poussière
Nous courtisons les méduses Sans
griffure ni honte Nous remplaçons La boîte bleue du jour Des rires nouveaux Nous traversent
Le soir est
seul A plier baggages
Les loups noircissent la nuit En force de durer
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Le sable provoque Les
vestiges de la mer Le ciel ajuste la noce Dépose le voile sur nos passions Ce cortège marque notre souffle
La
terre n'est plus une orange Ni un cirque Elle est l'alliance du désir
PAUL DARMON Né en Algérie en
1926
Un pétale est tombé de la rose engourdie. Il ressemble à un pleur qu'on aurait aplati, Aplati sous le
poids d'un chagrin solitaire. Qu'il est triste ce pétale tombé à terre!
Il ressemble à un pleur qu'on aurait découpé Dans
un velours fané par endroit décapé, Celui que l'on exile des splendeurs passées Dans le catalogue des choses dépassées.
Qu'il
est triste ce pleur en forme de pétale Qui coule des yeux d'une rose vespérale Car il est l'âme d'un chagrin communautaire. Oh!
Qu'elle est triste la rose gisant à terre!
TROUBLE-FÊTE
Je me tourne et me retourne en mon lit d'épines Au
rythme des pensées qui tournoient dans ma tête. Je hais les pensées, ces perfides trouble-fête Qui sans cesse le passé
ou l'avenir butinent.
Que reste-t-il de la fleur au lointain de sa vie? Regrets et remords? Pouah! Morbides relents! La
vierge s'en veut de n'avoir pas eu d'amants, L'infidèle au remords se retrouve asservie.
Partez, pensées, voleuses
des heures présentes, Laissez vivre l'instant simplement sans attente. Ne faites pas hennir l'été pendant l'hiver
Ni
rougeoyer l'enfer quand point le paradis. Hors de votr clameur, laissez-moi, neuf et vert, Vibrer quand la nature émet
son chuchotis.
RESPIRE LA SENTEUR
Respire la senteur d'une émotion qui brûle Et vole vers toi
en incandescentes bulles, Frissonnements émus, tourbillonnantes danses, Ivres vapeurs issues de troublantes essences.
Sur
ma nef embaumée se laissant dériver Nous pourrons à loisir de nous nous abreuver. Je saurai apaiser, ô ma belle écuyère! Ton
fluvial appétit de brune marinière.
L'océan attendri avivera nos flammes Et mimant la courbe de tes reins qui se
pâment Ondulera la chevelure de ses flots En écho amplifié à tes sourds trémolos.
A L'OMBRE DU FIGUIER
Je
m'allonge et m'endors à l'ombre d'un figuier. A l'ombre du figuier s'est envolée ma peine, A l'ombre du figuier j'ai
épousé ma reine, Au pied de sa beauté me suis agenouillé.
Laissant sur sa nuque tomber sa toison d'or Qui s'enfonce
et se perd dans une mer tranquille, Mollement, sans voile, fluide comme une anguille, Lascive comme une algue, elle
ondule son corps.
A l'ombre du figuier je prends ce corps gracile Et l'entraîne dans une danse volatile. A corps
nus nous valsons de nuage en nuage.
Elle me fait visiter son royaume éternel Où le temps, où les corps, où l'amour
n'ont pas d'âge. De l'ombre du figuier je suis monté au ciel.
SYLVIE FONTAINE Né en 1951
DOUCEUR
C'était
si doux C'était si chaud Tes caresses sur ma peau.
C'était si bon C'était si fort Ce jeu de nos corps.
C'était
bien de savoir Qu'à moi tu pensais, C'était bon de penser Que tu m'attendais.
Pourquoi rêver, pourquoi tenter De
bâtir quelque chose C'était bien trop mal parti. Je retourne à ma vie.
Car c'est moins douloureux D'être seule,
qu'être deux Oui, j'ai envie d'aimer, Quel prix faut-il payer?
JE FAIS L'AMOUR
Je fais l'amour
comme on se noie Pour combler un vide en soi Pour assouvir cette tension envahissante Qui enfièvre la chair, embrouille
les sens.
Je fais l'amour comme on pleure, Pour décharger un trop-plein du coeur Comme pour refaire un pansement Sur
une plaie, creusée par le temps.
Je fais l'amour en sachant bien, Qu'elle est histoire sans lendemain Consciente
que jamais l'amour ne naîtra De celui qui me tient dans ses bras.
Je fais l'amour, ce si tenace instinct De tout
mon corps, l'esprit au loin Pour vivre auprès des hommes, les côtoyer, Sans pour autant les détailler, les désirer.
Je
fais l'amour, apaisant la femme en moi Pour ce réveil de ma peau sous ses doigts Pour vivre une nouvelle naissance de
mon corps Pour être désirée, belle, femme encore.
Je fais l'amour pour qu'au lendemain Je retrouve sur moi les
marques de ses mains Pour que dans mes muscles, dans mes entrailles Les douces blessures de ce coït m'assaillent.
Et
après l'amour, assouvis, calmes, apaisés Nos peaux chaudes de caresses, de baisers On repart chacun vers sa vie Un
même souvenir, au fond de l'esprit.
LA TENDRESSE
C'est un mot gentil, une caresse C'est un merci, une
promesse C'est un petit rien, pour faire plaisir C'est un geste tendre, un sourire.
C'est ce qui rend la vie
plus belle C'est ce qui donne au coeur des ailes C'est une partie de l'amour, de l'amitié C'est ce qui fait sentir
que l'on est aimé.
C'est le rappel d'un souvenir commun C'est le sentiment de ne faire qu'un C'est l'essence
même de la vie C'est ce qui disperse, tue l'ennui.
C'est un bonjour, un comment va? C'est quelqu'un qui s'informe
de toi. Penser à l'autre et s'oublier Car sans elle, on ne saurait aimer.
CHARLES LORENZO(pseudonyme) WILFRID
PAQUIN
TON AMOUR
Ton amour m'est venu à l'automne de la vie comme un incendie de couleurs en octobre
Ton
amour est parti comme une tourterelle qui s'est brisé l'aile à force de languir
Ton amour est resté dans
la cage ouverte de mon souvenir comme un nostalgique désir
Ton amour erre encore dans le sillage d'or que
suivent mes pensées par ta présence hantées
Ton amour a germé en rose de bonheur sous l'aiguail de mes pleurs en
l'exil de l'espoir
Ton amour s'est fané sous ton indifférence et ne m'a plus laissé qu'un relent de souffrance.
DÉCHIREMENT
J'ai
décollé la peau de mon amour de l'os qui l'agglutinait tout mon passé à vif s'est mis à flamber de sang
Comme
une plaie que l'on savoure à force de la caresser j'ai essayé d'endormir le pus de ma passion amputée
La commotion
de l'arbre auquel on taillade les veines de ses racines pour le coucher dans l'automne éternel a fait éclater en
moi son séisme
Le cri lugubre de la chevrette venant flairer son faon sans âme que les chasseurs n'ont pu repérer n'est
que l'écho de mon coeur mort
La mère qui reçoit la montre qu'un éclat d'obus a vitraillé seul testament de sonfils
tué j'en vis toujours l'agonie
Tel untic-tac incessant quicontinuerait le temps arrêt dans le silence de mon
martyre j'ouïs toujours le glas de notre séparation.
RÉVOLTE
Ai semé l'amour comme graines au vent n'ai
récolté toujours qu'épis desséchés
Ai semé le bonheur comme pollen d'amitié n'ai récolté que la fleur de
l'adversité
Ai semé la joie comme bouquet d'artifice n'ai récolté que regret au déboire en proie
Ai
semé mon ardeur comme aube d'espoir n'ai récolté que pleurs sur ma vie gaspillée
Ai semé mon être comme
soleil de bien n'ai récolté que sang tout au long du chemin
Ai semé mon poème comme poignée d'étoiles n'ai
récolté qu'anathèmes pauvre rêveur dément.
EFFONDREMENT
C'était le ciel et c'est l'enfer...
C'était
hier c'est aujourd'hui...
C'était la vie et c'est la mort...
C'était l'amour et c'est la haine...
C'était
sans fin et ce n'est plus...
C'était trop beau et c'est réel...
C'était la fête et c'est demain...
TES
YEUX DE SAPHIR TENDRE
Tes yeux de saphir tendre dans leur vierge splendeur ont noyé mon regard au fond de
leur langueur
Le ciel qui en émane papillotant d'amour abîme en mes prunelles leur soleil de velours
Leurs
madrépores bleus s'ouvrant à la tendresse iluminent mon âme d'un bonheur qui l'oppresse
Tout l'amour de nos
êtres l'un vers l'autre poussés dans cette onde euphorique nous a béatifiés
Cet univers d'azur que sont
les coquillages de tes iris en fleur me grisent de mirages
Comme de longs baisers que se donnent les flots dans
le calme du soir s'effleurent nos cils clos

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