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ON SE DIT
On se dit
je t'aime Comme on dit adieu, Et au fond des yeux Quelques larmes même Silencieusement Couleront un peu. Mais
de cet aveu Sans aucun serment Il ne restera Qu'un petit mouchoir AU fond d'un tiroir. Pourquoi ce fatras De
vieux souvenirs? A quoi peut servir De vouloir ternir Ce dont l'avenir Devrait être fait? Pourquoi ce baiser Sans
arrêt baigné De tant de secrets....
RÊVERIES DOUCES
Légère est la pluie Et calme est la nuit; Elle
tombe sans se presser Sur les trottoirs embrumés Pour finir par s'écouler Dans quelque égoût isolé.
Ainsi
se poursuit la vie. Elle se déroule sans bruit Sur le chemin du destin Pour n'y laisser à la fin Que l'empreinte
de la mort.
HIER, AUJOURD'HUI ET DEMAIN
Hier, la ville respirait; L'insouciance la minait Mais
en rien ne s'en voyait Pour autant privée d'attraits.
Aujourd'hui, ville perdue; Ses habitants se sont vu Submergés
par les flots du vice Et se perdre dans leurs caprices.
Demain, ville oubliée; Son nom sera piétiné Et chardons
la joncheront. Les fourmis l'envahiront Et, malgré ce sol sans grain, Y trouveront leur festin.
DIS-MOI
Dis-moi
la rosée sur l'herbe; Fine pastille de fraîcheur Pour revigorer ce végétal Un tant soit peu lassé D'être piétiné
par le temps.
Dis-moi le soleil sur la fleur; Bain de douces caresses Ou douches de sécheresse Giclant sur
ce corps humide.
Dis-moi l'amour chez ces deux êtres; Monceaux d'heures inoubliables Passées à se chercher en
l'autre Ou, tout au plus, un mensonge Camouflé dans les plis d'une passion.
FLOCON
Petit flocon Petit
poupon Petite fleur Aux cent couleurs, Qui, lentement, Descend gaiement Des nues grisâtres.
Petit gamin Qui,
du destin, Se rit beaucoup. Le sien est flou Mais importe peu; Il est heureux Et peu lui sied.
AMIE
Je
suis la terre, Tu es l'eau, Une eau douce, Une eau sans nerfs.
Tu es ma vie, Je suis ton âme, Une âme
sertie D'une grande paix, D'un souvenir, D'un petit rien. Il est un temps (Tu te souviens) Où à tes pieds J'aime
m'endormir; Tu te fais douce, C'est le printemps.
Tu es l'amour, Je suis ton nid, Où doucement Tu t'assoupis, La
paix dans l'âme.
CONFUSION
Horizon de flammes, Mer de ténèbres, Que ne manque-t-il Pour
éloigner cette pureté?
D'une pâleur matinale Noircir un arrière-plan Et de quelque rosée Mouiller le cours
du temps.
Un rouge macabre Pour ce corps décapité Beaucoup trop heureux D'avoir perdu la tête.
Un gris
de suie Pour un visage d'ange Que le péché habite Et que le vice détruit.
D'un blanc nacré Enduire ce tableau Où
les doigts du peintre Se sont mis à trembler.
Et d'une touche de jaune Pour éclaircir l'oeuvre Tout au plus
surchargée De pensées obscures.
VIENS
Viens courir dans le vent, Viens cueillir le muguet Et
au prochain arrêt Offre-le librement.
Viens sourire à la vie, Viens cueillir le destin Et masque son dessein D'une
branche de gui.
Viens courir dans le Temps, Viens choisir ta chanson Et de là, sans façons, Viens reprendre
ton rang.
NÉVRALGIE
La neige tombe:
Elle tombe sans fin
Sur un trottoir déjà humide,
Sur cet arbre à moitié nu,
Sur ma tête presque blanchie
Par la poussière du temps.
La pluie tombe:
Elle tombe sans arrêt
Sur les chemins de campagne,
Sur le pétale d'une rose éblouie,
Sur mes paupières encore rougies
Par le flot salin de mes larmes.
La nuit tombe:
Elle tombe sans se presser
Sur la ville tout enneigée,
Sur la campagne déjà endormie,
Sur mon coeur toujours imprégné
De la douceur de ton sourire.
DORS
Dors mon enfant.
Endors-toi
Bien vitement
Et plus que moi
Bénis ce temps
Qui fait ta Foi.
Dors mon Ami
Car c'est demain
Que toute vie
Fuira en vain
Ce paradis
Sans lendemain.
Dors mon Amour.
Je n'ai aimé
Jusqu'à ce jour
Que ta pensée
Qui, sans détours,
M'avait charmée.
T'ES-TU JAMAIS DEMANDÉ
T'es-tu jamais demandé
Le pourquoi de la rosée?
Fine perle de fraîcheur
Qui se pose en douceur
Sur le pétale vermeil
D'une rose en éveil.
T'es-tu jamais demandé
Ce qui fait que tu es né?
Pauvre humain sans ami,
Qu'espères-tu de la vie?
On ne t'a point invité,
Quelle triste destinée.
T'es-tu jamais demandé
Ce que voulait dire Aimer?
Monceau de brèves passions
(Et quelques fois d'illusions)
Qui font la joie d'un instant
Et des chagrins de cent ans.
RÊVER
Rêver d'une terre neuve
Où seule la mer y est veuve,
Egarée dans ses limites;
Et où l'orage en profite
Pour chantonner sur ses flots,
La terre et ses bibelots
S'efforceront de vibrer.
La mer, de soleil criblée,
Paresseusement se dore,
Tandis qu'un peu plus au nord
Un feu y sévit, ardent,
Ses entrailles lui brûlant;
C'est la guerre. Fait troublant,
Elle s'en rit éperdument.
Elle saura n'en porter traces,
Mais qu'en sera-t-il de la Race?
UN REGARD VERS
Un regard vers l'Anonyme:
Société sans synonyme
Où le sang est incolore,
Où la liberté s'endort
Après un sanglot d'enfant.
Un regard vers l'Avenir:
Société sans souvenir
Où la terre y est fertile,
Où l'amitié est utile
Et l'esclavage, néant.
MA GUITARE
En ton sein, les notes crient.
Un instant chatouillée
Une corde a frémi
Et mon coeur a vibré.
En ton sein, les notes dansent.
Un instant agitées
Les cordes entrent en transe
Dans un pas effréné.
En ton sein, les notes pleurent.
Un instant effleurées
Les cordes, d'un seul choeur,
Leur douleur ont chantée....
POURQUOI
Pourquoi bon Dieu ne suis-je pas
L'ombre qui se colle à vos pas?
Pourquoi bon Dieu cette âme,
Humain au coeur qui se pâme
Ou tout au plus animal infâme?
Peut-etre que cette âme
Blottie au sein de ce corps,
Qui ne vit que de remords,
Ne saura survivre à ce chaos.
Pourquoi bon Dieu tous ces maux?
Je voudrais tant m'inscrire en faux.
Je ne vis plus dans cette inhumanité,
Je ne vois plus dans cette obscurité.
De quoi dois-je répondre face à mon destin?
Cette frime aura bien sa fin un matin;
Peut-être qu'alors la lumière se fera
Et que la froidure de mon corps fuira.
Je n'ai d'ailleurs que du fretin à y laisser
Puisqu'il ne reste de moi que ma pensée....
QU'EST DEVENU
Qu'est devenu notre beau rêve:
Il se faufile discrètement
Dans le passé de nos vingt ans,
Où l'arbre de vie perd sa sève
Et le bouton de rose, son coeur.
A quoi peut servir la rancoeur?
Qu'est devenu notre passé;
Petit vieillard aux larmes sèches,
Pourtant toujours sur la brèche
Pour ne point se faire oublier.
Qu'est devenu ce sentiment
Qui, notre coeur, avait étreint?
Comme les vapeurs d'un bon vin
S'étant dissipées soudainement,
Il nous laisse un goût d'amertume,
Messager de peines posthumes....
ON A TOUJOURS
On a toujours le temps
De se voir exister,
On a toujours le temps
De ne plus aimer.
Il te reste toujours du temps
Pour redire ce mot,
Ce mot qui me blesse tant
Parce qu'il sonne faux.
Il reste toujours du temps
Pour pleurer au moins une fois
Car il y a toujours ce temps
Qui me rapproche de toi.
Tu as toujours le temps
De chercher à sourire
Mais moi, je n'ai plus le temps
De continuer à souffrir.
MINUTES
Une minute de chaleur,
Une minute de bonheur,
Un court instant de volupté
Que mon coeur, en vain, a cherché.
Une seconde minutée,
Une seconde oubliée,
Un trop court instant de bonheur
Transi dans son corps de vapeurs.
Une minute éphémère
Qui n'a de durée que son ère;
Une vieille amie qui sourit
Même pendant les jours de pluie.
FRAGILITE
Petit coeur de verre
Qui, tout doucement,
De son univers
AUx façades de vitre,
Se laisse entraîner
A ne plus aimer.
Petit coeur de vitre
Aux mille facettes,
Ne laisse pas fuir
Ce trop long soupir
Vers la nue discrète
De ton oeil vitreux.
LIMPIDITE
Eau joyeuse
Qui heureuse
Baigne au loin
Un sol sans fin.
Eau limpide
Qui rapide
Suit sans arrêt
Un dur trajet.
Eau fragile
Qui agile
Parcourt cent lieux
D'un pas noueux.
JE T'AI
Je t'ai retiré du limon de la terre
Et avec un peu d'eau ai mouillé ta chair;
Toute souillure de ton corps a fui
Et d'un grand éclat ton âme a luit.
Tes yeux se sont ouverts et le jour tu vis.
Le soleil comme à un enfant t'a souri
Et les fleurs, tout autour, de ta beauté
Se sont vues étourdies et enchantées.
Je t'ai retiré de cette vie facile
Pour écouter ce silence si fragile
Qui émane de ton coeur encor humide.
Ne te laisse pas pénétrer par l'acide
Qui s'écoule des coeurs inhumains et vils;
De l'habitude ne devient pas servile.
La serviture ne mène qu'à la mort
De l'âme rongée par le fiel du remords.
CHAGRIN
Quatre murs et ma peine,
Sans sourire, sans ma reine,
Rien que moi.
Quatre murs et ma nuit,
Aucune paix, aucune vie,
Toujours toi.
Un bonheur, point de nid,
L'oubli toujours s'ensuit,
Seul sans toi.
Quatre murs et mon rêve,
Sans écart et sans trêve,
Et si toi....
PLEXUS
Deux coeurs assoiffés
D'un désir inassouvi;
Deux êtres éprouvés
Dans un esprit obscurci.
Leur corps est en proie
A l'extase du moment.
Mais leur coeur est froid;
Papillons sans ornement.
Leur bouche est muette
Et leurs yeux, sans expression;
Leur amour est miettes
Mais il y a diversion.....
LIBERTE
Je me suis souvent demandé
Pourquoi, en pays occupés,
La liberté est foudroyée.
Pourquoi ce jeune arbre recépé
Et pourquoi tous ces gens tués?
Autant de questions énoncées
Et de mensonges inventés
Pour que, de cette vérité,
Le noyau y soit étouffé.
Je me suis souvent demandé
Pourquoi cette rose écorchée
Et son petit corps ravagé
Avec autant d'inhumanité;
Pourquoi ce corps décapité
Et tous ces humains décharnés?
Le monde, cet enfant buté,
Ne saura-t-il jamais lutter
Pour regagner sa liberté?
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