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Quelques poèmes écrits à travers les âges par des femmes...

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BÉATRICE DE DIE
                                    (écrivait vers 1170)
                                    
                                    
                                    CHANSON
                                    
                                    Grande peine m'est advenue
                                    Pour un chevalier que j'ai eu,
                                    Je veux qu'en tous les temps l'on sache
                                    Comment moi, je l'ai tant aimé;
                                    Et maintenant je suis trahie,
                                    Car je lui refusais l'amour.
                                    J'étais pourtant en grand'folie
                                    Au lit comme toute vêtue.
                                    
                                    Combien voudrais mon chevalier
                                    Tenir un soir dans mes bras nus,
                                    Pour lui seul, il serait comblé,
                                    Je ferais coussin de mes hanches;
                                    Car je m'en suis bien plus éprise
                                    Que ne fut FLore de Blanchefleur.
                                    Mon amour et mon coeur lui donne,
                                    Mon âme, mes yeux, et ma vie.
                                    
                                    Bel ami, si plaisant et bon,
                                    Si vous retrouve en mon pouvoir
                                    Et me couche avec vous un soir
                                    Et d'amour vous donne un baiser,
                                    Nul plaisir ne sera meilleur
                                    Que vous, en place de mari,
                                    Sachez-le, si vous promettez
                                    De faire tout ce que je voudrai.
                                    
                                    
                                    
                                    CATHERINE DES ROCHES
                                    (1542-1587)
                                    
                                    
                                    SONNETS
                                    
                                    Bouche dont la douceur m'enchante doucement
                                    Par la douce faveur d'un honnête sourire,
                                    Bouche qui soupirant un amoureux martyre
                                    Apaisez la douleur de mon cruel tourment!
                                    
                                    BOuche, de tous mnes maux le seul allégement,
                                    Bouche qui respirez un gracieux zéphyr(e):
                                    Qui les plus éloquents surpassez à bien dire
                                    A l'heure qu'il vousplaît de parler doctement;
                                    
                                    BOuche pleine de lys, de perles et de roses,
                                    Bouche qui retenez toutes grâces encloses,
                                    Bouche qui recelez tant de petits amours,
                                    
                                    Par vos perfections, ô bouche sans pareille,
                                    Je me perds de douceur, de craint et de merveille
                                    Dans vos ris, vos soupirs et vos sages discours.
                                    
                                    
                                    
                                    
                                    Adieu jardin plaisant, doux objet de ma vue,
                                    Je prends humble congé de l'émail de vos fleurs,
                                    De vos petits zéphyrs, de vos douces odeurs,
                                    De votre ombrage frais, de votre herbe menue.
                                    
                                    Arbres aimés du ciel qui voisinez la nue,
                                    Vous avez écouté mes chansons et mes pleurs.
                                    Témoins de mes plaisirs, témoins de mes douleurs,
                                    Je vous rends les  mercis de la grâce reçue.
                                    
                                    Hôtesse des rochers, belle et gentille Echo,
                                    Qui avez rechanté Charite et Sincero,
                                    Dedans ce beau jardin, si quelqu'un vous incite,
                                    
                                    O Nymphe, pour vous faire et chanter et parler:
                                    Ressonnez s'il vous plaît ces deux noms dedans l'air
                                    Charite et Sincero, Sincero et Charite.
                                    
                                    
                                    
                                    GABRIELLE DE COIGNARD
                                    ( ?-1594)
                                    
                                    
                                    SONNET
                                    
                                    Perce-moi l'estomac d'une amoureuse flèche,
                                    Brûle tous mes désirs d'un feu étincelant,
                                    Elève mon esprit d'un désir excellent,
                                    Foudroie de ton bras l'obstacle qui l'empêche.
                                    
                                    Si le divin brandon de ta flamme me sèche,
                                    Fais sourdre de mes yeux un fleuve ruisselant:
                                    Qu'au plus profond du coeur je porte recélant,
                                    Des traits de ton amour la gracieuse brèche.
                                    
                                    Puisque tu n'es qu'amour, ô douce charité,
                                    Puisque pour trop aimer tu nous as mérité
                                    Tant de biens infinis et d'admirables grâces,
                                    
                                    Je te veux supplier par ce puissant effort
                                    De l'amour infini qui t'a causé la mort,
                                    Qu'en tes rêts amoureux mon âme tu enlaces.
                                    
                                    
                                    
                                    Obscure nuit, laisse ton noir manteau,
                                    Va réveiller la gracieuse aurore,
                                    Chasse bien loin le soin qui me dévore
                                    Et le discours qui trouble mon cerveau.
                                    
                                    Voici le jour gracieux, clair et beau,
                                    Et le soleil qui la terre décore,
                                    Et je n'ai point fermé les yeux encore,
                                    Qui font nager ma couche tout en eau.
                                    
                                    Ombreuse nuit, paisible et sommeillante,
                                    Qui sais les pleurs de l'âme travaillante,
                                    J'ai ma douleur cachée dans ton sein,
                                    
                                    Ne voulant point que le monde le sache,
                                    Mais toutefois, je te prie sans relâche,
                                    De l'apporter aux pieds du Souverain.
                                    
                                    
                                    
                                    HENRIETTE DE LA SUZE
                                    (1618-1673)
                                    
                                    
                                    ÉLÉGIE
                                    (extrait)
                                    
                                    ....Belle et secrète paix d'un amant bienheureux,
                                    Ne reviendrez-vous plus dans mon coeur amoureux?
                                    Le Dieu qui vous fit naître est toujours dans mon âme:
                                    Mais s'il la brûle encore de sa première flamme,
                                    Je ne l'y ressens plus par ces beaux mouvements,
                                    Qui l'élevaient sans cesse à des ravissements.
                                    Hélas! qu'il est changé, le cruel que j'adore,
                                    Son feu qui m'animait, à présent me dévore,
                                    Aussi je n'offre plus sur ces fameux autels,
                                    Que des larmes de sang et des soupirs mortels;
                                    Il n'a plus les attraits qu'il avait de coutume
                                    Et toute sa douceur se change en amertume;
                                    Puisqu'il me persécute et la nuit et le jour,
                                    Puisqu'il n'a plus d'appas, l'amour n'est plus l'amour.
                                    Ce dieu doux et charmant qui fit toute ma joie,
                                    Devient un fier démon à qui je suis en proie;
                                    Et bien que la rigueur m'accable de malheurs,
                                    Je chéris tout de lui jusques à mes douleurs.
                                    
                                    
                                    
                                    
                                    MARCELINE VALMORE
                                    dite DESBORDES-VALMORE
                                    (1786-1859)
                                    
                                    
                                    LES SÉPARÉS
                                    
                                    N'écris pas. Je suis triste, et je voudrais m'éteindre.
                                    Les beaux étés sans toi, c'est la nuit sans flambeau.
                                    J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre,
                                    Et frapper à mon coeur, c'est frapper au tombeau.
                                    N'écris pas!
                                    
                                    N'écris pas. N'apprenons qu'à mourir à nous-mèmes,
                                    Ne demande qu'à Dieu...qu'à toi, si je t'aimais!
                                    Au fond de ton absence écouter que tu m'aimes,
                                    C'est entendre le ciel sans y monter jamais.
                                    N'écris pas!
                                    
                                    N'écris pas. Je te crains: j'ai peur de ma mémoire;
                                    Elle a gardé ta voix qui m'appelle souvent.
                                    Ne montre pas l'eau vive à qui ne peut la boire.
                                    Une chère écriture est un portrait vivant.
                                    N'écris pas!
                                    
                                    N'écris pas ces deux mots que je n'ose plus lire:
                                    Il semble que ta voix les répand sur mon coeur;
                                    Que je les vois brûler à travers ton sourire;
                                    Il semble qu'un baiser les empreint sur mon coeur.
                                    N'écris pas!
                                    
                                    
                                    
                                    GÉRARD D'HOUVILLE
                                    (1875-1963)
                                    
                                    
                                    PETITE  MORTE
                                    
                                    Sur ton sein ténébreux, enfant triste endormie,
                                    O Terre! je repose, et serre entre mes bras
                                    La poupée aux yeux peints qui fut ma seule amie
                                    Et qui sait mes secrets, qu'elle ne dira pas.
                                    
                                    Si petite, j'étais si pensive et si sage
                                    Que je tins peu de place et je fis peu de bruit;
                                    Je négligeais la joie et les jeux de mon âge
                                    Et songeais à la mort lorsque venait la nuit.
                                    
                                    Je n'étais pas encor femme quand je suis morte;
                                    C'est pourquoi mon tombeau, étroit comme mon lit,
                                    N'enferme ni parfums, ni fards d'aucune sorte,
                                    Ni mon premier miroir d'acier pâle et poli.
                                    
                                    J'ai voulu, loin de l'ombre et des funèbres marbres,
                                    Suspendre ce miroir dans les bois que j'aimais;
                                    Il s'y balance ainsi qu'un fruit clair dans les arbres
                                    Bien haut, pour que nuls doigts ne l'y cueillent jamais.
                                    
                                    Et qu'il pusse, parmi les bouleaux et les saules,
                                    Voir l'astre féminin s'arrondir lentement,
                                    Puisque entre mes cheveux flottant sur mes épaules
                                    Mon miroir n'a pas vu croître mon sein charmant.
                                    
                                    
                                    
                                    
                                    CLAIRE GOLL
                                    (1892-1955)
                                    
                                    
                                    SEPT SOUHAITS
                                    
                                    Que ne suis-je le bandeau autour de ton front
                                    Si proche de tes pensées!
                                    
                                    Que ne suis-je le grain de maïs
                                    Qu'écrasent tes dents de chat sauvage!
                                    
                                    Que ne suis-je à ton cou la turquoise,
                                    Chaude de la tempête de ton sang!
                                    
                                    Que ne suis-je la laine multicolore
                                    Du métier à tisser, qui glisse entre tes doigts!
                                    
                                    Que ne suis-je la tunique de velours
                                    Sur le flux et le reflux de ton coeur!
                                    
                                    Que ne suis-je le sable dans tes mocassins
                                    Qui ose caresser tes orteils!
                                    
                                    Que ne suis-je ton rêve nocturne
                                    Lorsque dans les bras noirs du sommeil, tu gémis!
                                    
                                    
                                    
                                    
                                    MARIE-JEANNE DURRY
                                    
                                    
                                    RÉVEIL
                                    
                                    Ton visage mangé de nuit
                                    Ta face d'ombre me regarde,
                                    J'ai suivi tes chemins détruits.
                                    
                                    La corde au fond du puits perdu
                                    Je l'ai tirée à perdre haleine,
                                    Le dur fantôme de toi-même
                                    Je le hale jusqu'à la vie.
                                    
                                    L'enfance bouge dans tes yeux.
                                    Mort! que je le remette au monde
                                    Et respirant, l'enfant noyé
                                    Dans un sommeil où dort le souffle.
                                    
                                    Tu renaîtras de mon angoisse!
                                    Je te porte avec les montagnes
                                    Où brillent cueillis sur les cimes
                                    Deux oiseaux libres dans tes mains.
                                    
                                    
                                    
                                    
                                    

CLAUDE DE BURINE
                                    (1931)
                                    
                                    
                                    A NOËL DERNIÈRE LETTRE
                                    
                                    
                                    Tu m'as tout pris,
                                    L'extraordinaire, le simple,
                                    Le complexe, le quotidien,
                                    Le rêve et l'entente.
                                    
                                    Il ne me reste rien,
                                    Pas un coin de nappe oubliée,
                                    Pas un morceau de pain sur la table,
                                    Pas un coin de fenêtre,
                                    Sur la nuit et le jour.
                                    
                                    Il ne me reste rien
                                    Pas une forêt sur la terre,
                                    Ni une mousse,
                                    Ni une fleur,
                                    Ni une feuille d'arbre,
                                    Pas une teinte de ciel.
                                    
                                    Cet oubli du monde au réveil,
                                    Ces yeux mi-clos sur l'âme,
                                    Ma dernière chance d'hiver,
                                    Mon dernier ciel sur la neige,
                                    Tu me les as pris,
                                    Tu m'as pris jusqu'à la seconde d'oubli.
                                    
                                    Je m'échappe à moi-même,
                                    Je me coule entre les doigts
                                    Et je ruisselle sur ma vie,
                                    Comme sur une plaine morte.
                                    
                                    Je pense à vous,
                                    Les mots sont neufs
                                    Fondants comme une rose de Noël,
                                    Dans l'arbre,
                                    Avec ses surprises, ses flammes et sa légende.
                                    
                                    Marcher avec toi,
                                    Me mettre du rouge avec toi,
                                    Du rouge aux lèvres,
                                    Du rouge aux ongles,
                                    Du rouge au coeur.
                                    
                                    Retrouver le monde avec toi,
                                    Dans mes deux mains,
                                    Parce que tu m'auras conté
                                    Une pluie au printeps,
                                    Ou un cuivre qui fait l'amour
                                    Avec le soleil.
                                    
                                    Mourir de ta chair en moi,
                                    M'endormir et rêver que je rêve de toi.
                                    
                                    Quand je reste seule,
                                    Je tends mes doigts vers ta réalité,
                                    Qui est la mienne.
                                    
                                    T'avoir pour maître,
                                    Oh! cette chance, ce miracle,
                                    Ce don de toi à mes côtés.
                                    
                                    Attendre,
                                    Pour te réinventer,
                                    La venue inouïe de ton visage.
                                    Connaître ton visage,
                                    Connaître ton baiser,
                                    Connaître ton amour,
                                    En mourir, en mourir.
                                    
                                    
                                    
                                    
                                    MARIE NIZET
                                    (1859-1922)
                                    
                                    
                                    LA TORCHE
                                    
                                    Je vous aime, mon corps, qui fûtes son désir,
                                    Son champ de jouissance et son jardin d'extase
                                    Où se retrouve encor le goût de son plaisir
                                    Comme un rare parfum dans un précieux vase.
                                    
                                    Je vous aime, mes yeux, qui restiez éblouis
                                    Dans l'émerveillement qu'il traînait à sa suite
                                    Et qui gardez au fond de vous, comme en deux puits,
                                    Le reflet persistant de sa beauté détruite.
                                    
                                    Je vous aime, mes bras, qui mettiez à son cou
                                    Le souple enlacement des languides tendresses.
                                    Je vous aime, mes doigts experts, qui saviez où
                                    Prodiguer mieux le lent frôlement des caresses.
                                    
                                    Je vous aime, mon front, où bouillonne sans fin
                                    Ma pensée à la sienne à jamais enchaînée
                                    Et pour avoir saigné sous sa morsure, enfin,
                                    Je vous aime surtout, ô ma bouche fanée.
                                    
                                    Je vous aime, mon coeur, qui scandiez à grands coups
                                    Le rythme exaspéré des amoureuses fièvres,
                                    Et mes pieds nus noués aux siens et mes genoux
                                    Rivés à ses genoux et ma peau sous ses lèvres.
                                    
                                    Je vous aime, ma chair, qui faisiez à sa chair
                                    Un tabernacle ardent de volupté parfaite
                                    Et qui preniez de lui le meilleur, le plus cher,
                                    Toujours rassasiée et jamais satisfaite.
                                    
                                    Et je t'aime, ô mon âme avide, toi qui pars
                                    -Nouvelle Isis- tentant la recherche éperdue
                                    Des atomes dissous, des effluves épars
                                    De son être où toi-même as soif d'être perdue.
                                    
                                    Je suis le temple vide où tout culte a cessé
                                    Sur l'inutile autel déserté par l'idole;
                                    Je suis le feu qui danse à l'âtre délaissé,
                                    Le brasier qui n'échauffe rien, la torche folle...
                                    
                                    Et ce besoin d'aimer qui n'a plus son emploi
                                    Dans la mort, à présent retombe sur moi-même.
                                    Et puisque, ô mon amour, vous êtes tout en moi
                                    Résorbé, c'est bien vous que j'aime si je m'aime.
                                    
                                    

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