J'espère vous avoir fait passer un bon moment...au plaisir!
Les bons moments sont ceux qu'on se plaît à partager...
CRÉPUSCULE
Un pâle soleil à la
joue pleine se laisse glisser timidement le long d'un horizon apathique, accompagnant le jour dans sa peine. Sur
un fond de parfait dénuement et entouré d'un rouge anémique il carbonise toute la plaine dans un flot de couleurs
explosant tout contre sa tronche famélique.
La lune, un moment ébranlée par ce grand déploiement d'artifices, remet
un peu d'ordre dans sa suite. Si la nuit semble se défiler pour faire durer ce long supplice, le vent, lui,
arrête ses poursuites et range ses ardeurs emmêlées; bientôt la brune se fait complice couvrant l'astre du jour dans
sa fuite.
POESIE
poète, un livre à coeur ouvert un livre à fleur de peau livre des coeurs livre
des vertiges.
Poète, qui chante ta chanson qui souffre dans ta chair qui pleure tes amours qui meurt à
ton printemps.
Poète, de la vérité nue du verbe musical de tes matins frileux de tes plus fous espoirs.
Poète, tu
peux tout recréer du vent et ses humeurs, du temps et ses caprices, de la vie, son pourquoi.
COEUR
ENFANT
L'enfant crie, à peine né, et ce cri, plus qu'un appel, s'identifie à ses peurs, puis s'essoufflent
ses frayeurs sous le regard maternel, miroir de sérénité.
Le coeur souffre, demi nu, ses espoirs éparpillés mais
son long chant de détresse est imprégné de sagesse malgré ses trésors pillés, malgré sa chair mise à nu.
Et
le temps, ce grand enfant, en néglige son espace et fuit les bonnes manières, un tranquille tortionnaire aux
multiples tours de passe, de ses humeurs dépendant.
L'enfant crie et le coeur geint, tous deux réclament
du temps qu'il ralentisse sa course pour s'endormir à la source, pour s'éveiller au printemps au seul rire d'un
gamin.
PERCUSSION
Que gigote la trahison au milieu de tous ses tisons et que grimace le pendu à
la courte corde tendue. Que suffoque le vil mensonge qui les portes de ton coeur ronge et que sombre ton beau bateau sous
le lourd boulet de mes maux.
Ton humour a brandi ses peurs exhalant d'horribles vapeurs pour bien camoufler sa
défaite et, d'un saut, d'une pirouette, réparer le sombre tableau: que reste-t-il de l'angelot? Pauvre Pierrot
au coeur ardent, triste sir, la guerre perdant.
SOURDINE
Un timide soleil balance un oeil Sur
la montagne depuis peu en deuil Du tout dernier rendez-vous estival; Habillée comme pour un carnaval, Ses arbres
déversent des feuilles mortes, Elle se prend à verrouiller ses portes Sous le regad insistant de l'hiver. Sa main
blanche, ses grands airs par devers, Lui caresse ses versants, messagère D'une amitié plus ou moins passagère.
Un
blanc soleil à l'humeur refroidi, A la montagne, confie ses soucis, Ses appréhensions et ses doléances, Alors
que le blanc défilé s'avance Pompeux dans son pas et dans sa prestance. Et sa foulée a repris la cadence, Tel
un chef d'orchestre dans son effort Pour calmer les élans de son grand cor. La montagne sera piégée Une fois de plus
par cet étranger.
LA SOURCE
Si la fleur, sans soleil, peut mourir, comment moi, nue sans ta main,
pourais-je par devers monts et mers, te toucher; comment moi, sans ton amour, irais-je sur tes eaux, affronter ta
douleur.
Si l'oiseau, sans chaleur, peut souffrir, comment moi, sans ton secours, saurais-je si ton coeur, sans
détours, veut aimer; comment moi, dans cette nuit, verrais-je, sans tes yeux, ton enfant, ta douceur.
SE
PERDRE
Te chercher du regard te cueillir au hasard et fouler ce cafard
Et croiser ton regard comprendre
que ce nectar
n'était qu'un traquenard
Se chercher du regard se cueillir au hasard se trouver, puis se perdre
IMPATIENCE
L'amour
humain est inhumain.
Combien de coeurs, pleins de rancoeur, se sont fermés à peine nés.
Combien
de vies, pour cette envie, ont vu s'enfuir leur beau désir pour avoir cru le temps venu le posséder.
L'amour
humain sera demain ce que les gens de notre temps voudront en faire.
JE VEUX
Je veux mourir
avant toi, mourir tout près de ton coeur, reposer une autre fois mon corps vieilli avant l'heure.
Je veux
dormir près de toi, savourer un court instant la caresse de tes doigts sur mon front encor brûlant.
Je veux
mourir dans ta paix, me souvenir d'une nuit où la lune se tenait sur ta lèvre, couleur suie: me souvenir de ton
chant qui encor me fait rêver, qui, déjà se fait troublant, qui, bientôt, va m'égarer.
VIENS PLUS
PRÈS
Viens plus près de moi, viens choisir la nuit où l'oiseau dort bien et où aucun son ne vient entraver le
souffle du vent, ce vent de l'amour pour qui, tant de fois, l'homme s'est perdu.
Viens plus près de moi, viens
sceller ce temps qui trop tôt s'enfui nous laissant transis dans nos corps d'humains. Viens plus près, Ami: la
nuit n'est plus rien pour celui qui craint d'en aimer la sève.
LASSITUDE
Un chêne centenaire peint
des arabesques Sur un ciel tout barbouillé d'ancestrales fresques, Tandis qu'un soleil anémique broit du noir, Fatigué
de courir du matin jusqu'au soir.
Il en a vu naître de ces pâles journées, Pareilles aux pains d'une mauvaise fournée, Déjà
grises, à peine sorties de leur nuit; L'oeil humide et brumeux, avançant sans un bruit, Elles se libèrent de leur
manteau d'ivresse Comme le vieux chêne, par un soir de détresse, Courbe la tête sous les foudres répétées D'un ciel
noirci par la colère et dépité.
Et les mois se traînent, cherchant consolation Dans l'année qui s'achève; nulle
compassion Pour le chêne moribond, témoin malgré lui De la poigne irréversible du vil ennui.
LIBERTÉ
Dans
les vapeurs d'un morne matin S'échappe ton âme, libérée De son lourd trône de souverain D'un monde à l'espoir démesuré. Le
corps d'argile ne vibre plus, Depuis peu privé de son essence. De tous les maux, elle s'est repue, Aspirant à une
renaissance A des avenues plus détendues, A des paysages hors du temps. Voyageant dans l'immense étendue Déjà
connue des sorties d'antan, Elle se laisse monter, ravie, Vers un point d'irradiante lumière Et, pour la nième fois
de sa vie, Se fusionne à la flamme première.
CORPS A COEUR
A corps trempé, à coeur serré, trop
tôt âgé, trop tard piégé.
A trop compter, à trop rester, s'enfuit la vie, s'ensuit l'envie.
A corps
perdu, à coeur perclus, à trop chercher, à tout gâcher.
POINT MORT
Seulement, tout ce que tu
comprends, c'est que la mort, toujours, sort gagnante depuis le jour où elle te hante jusqu'à celui où elle te prend.
Seulement,
tout ce que tu prétends, c'est que la vie souvent est prenante, depuis le jour où elle t'enfante jusqu'au midi
du dernier printemps.
Seulement, tout ce que tu entends, c'est que la voix toujours est tentante, dès l'instant
où elle vante ce qui n'appartient qu'à ton temps.
Seulement, là où tu te méprends, c'est que ta foi souvent
est béante, rejetant du coeur sa loi démente pour vivre une mort qui te comprend.
ÂME VAISSEAU
Léger
mais insistant, le son te prend tout entier, maquillant ses instants d'un soupçon d'éternité.
Il vient chercher
ton coeur et le soulève d'amour; il lui soustrait sa peur et le conduit sans détour tel un vaisseau léger sur
l'océan lumineux. Il se fait messager d'un monde si merveilleux, de tant de liberté, que ta soif de l'infini s'en
trouve décuplée et jamais inassouvie.
Tu te sens transporté par cet hymne sans couplet, un moment égaré dans
ce silence parfait.
COEUR LÉGER
Une vie à coeur léger, une vie à coeur fermé; dis-moi où je dois
chercher, dis-moi où je peux trouver.
On vient au monde le souffle court, muet devant son immensité et pourtant
fragile à son discours; souvent né de sa complicité notre coeur n'en voit que le contour, nos yeux, que ce qui semble
durer: un sourire mort dans le détour et c'est un moi qui veut s'enmurer.
On vient au monde le coeur confiant, n'osant
souhaiter que d'être aimé, a de belles paroles se fiant plutôt qu'à nos rêves sublimés. Et si fort que soient les
liens du sang, Ne renies pas ton identité; chacun pourrait vivre avec ou sans, seule vaut ton authenticité.
DOUCE
AURORE
Un matin, puis un autre, et tes yeux comme landaux où se berce le temps et où dort ton désir.
Une
nuit, mais encor; ta lèvre qui se tord n'accuse que des plis, sans sourire et sans son.
Une année, mais à
quoi; ton ardeur n'est que frime et tes yeux se sont tu: l'aube déjà revient mais toujours, je t'attends.
LIBERTÉ
Les
hommes sont libres, qu'on se le redise, mais dans leur bêtise perdent l'équilibre et leur coeur se trouble. Dans
son univers, la peur par-devers, le moi se dédouble trouvant moins pénible de se disperser que de méditer. Il
prendra pour cible ses fausses passions cherchant la pitié pour mieux falsifier sa vraie condition.
VIEUX-JEUNE
J'ai
été jeune, je suis vieux, j'ai trop aimé, puis trop haï, fui un moi qui m'avait trahi. J'ai été jeune de mon mieux.
J'ai
été jeune, je le suis, cherché le vrai, trouvé l'oubli, parfois libre, souvent transi. J'ai été jeune, je le puis.
J'ai
été jeune, qui je suis, rêvé d'amour, criblé d'amis, du plus menteur au plus petit. J'ai été jeune, loin du puit.
J'ai
été jeune, je suis mieux, aimé la vie, connu l'envie, épié le vide à l'infini. J'ai été jeune...et plus vieux.
SOUVENIR
J'ai
souvenir d'une chanson qu'on a mis de côté, qui parlait bien d'amour mais aussi d'amitié.
J'ai souvenir d'un
beau prénom qui voudrait s'imposer, qu'on entretient autour, que je dois oublier.
J'ai souvenir d'un souvenir que
je pourrais aimer, qui m'appartient toujours, qu'il me faudra ranger.
J'ai souvenir d'un beau sourire qui
m'avait attirée, de ton séjour trop court, de tes yeux embrumés.
Les souvenirs sont parfois beaux, parfois
tristes, parfois trop chauds; ces souvenirs qu'on veut garder, qui n'ont jamais vraiment compté.
AU-DELÀ
DU TEMPS
Je t'aimerai au-delà de toi, je t'aimerai au-delà de moi, je t'aimerai aussi fort que nous, je t'aimerai
à ne voir qu'un tout.
Tes yeux sourient et mon coeur bondit; tout en moi frémit et se languit de la chaleur de
tes doux baisers, de tes désirs pleins de volupté.
Tes lèvres, sur ma joue, paressent tandis que tes mains me
caressent, mêlant ton plaisir à l'attente, attisant la flamme latente.
Tes lèvres, dans mon cou, murmurent tandis
que le plaisir perdure remplissant nos deux coeurs étonnés d'une bouffée d'amour consommé.
Nous nous aimons et
tout est magie; ton souffle court sur ma peau ravie et ton corps contre mon corps blotti retient son élan et son
envie.
Car chaque instant à te respirer me remplit de ton infinité et le jour qui meurt entre tes bras me
renvoit de ta nuit au trépas.
COURT CIRCUIT
Ces bras qui me retiennent et ce coeur qui supplie ces
yeux aux mille cris qui vomissent leur peine
Ces bras qui me repoussent et ce coeur qui maudit ces yeux qui
ont menti et qui me fuient en douce
Ces bras qui m'implorent et ce coeur qui bondit ces yeux qui ont
brandi un seul dieu à éclore
LAISSER ÊTRE
Laisser partir laisser s'enfuir laisser rêver
laisser mourir
Laisser partir son amour laisser s'enfuir les beaux jours laisser fleurir ses couleurs laisser
mourir sa douleur
Laisser le temps effacer ce grand trou d'éternité laisser le temps le combler d'un instant
d'infinité
Laisser la fièvre jaillir pour pouvoir la contenir laisser sa peine tarir et mourir son souvenir
Laisser
reposer son coeur et faire taire sa peur laisser fondre sa rancoeur et disperser ses vapeurs
Laisser refermer
la plaie et faire naître la paix laissez l'être respirer laissez-le se purifier
REGARDER
Regarder
dans ses yeux et y sentir la nuit une nuit sans sa lune une nuit sans son aube
Regarder dans son coeur et
n'y voir que l'ennui long corridor silencieux au plafond gris de suie
Regarder dans ses mains et y lire la
peur la peur de se livrer la peur de trop souffrir
Sentir son âme à nue et sa fragilité aimer cet
être doux au coeur incandescent
DU JOUR AU MATIN
Le jour s'en retourne à la nuit remplissant chacun
de ses pas d'un bleu ruban piqué d'étoiles.
Dans son univers bleu minuit Dame lune allonge le bras et
se revêt de son blanc voile.
Son oeil est couleur gris de pluie; septembre s'en vient à grands pas que déjà on
change de toile.
Le jour, de toute part, s'enfuit pour venir tomber dans les bras d'un matin transi dans ses
voiles.
SURVIE
Il y avait un nid mais l'oiseau est parti; il y avait la vie mais le coeur a
menti.
Comme le ciel s'éteint, la terre n'a plus faim; elle a aimé le pain mais ne veut plus du vin, ce
vin par trop vilain qui fait l'esprit malin et rendra fou demain.
Il y eut l'amitié mais l'homme s'est défié; puis,
ce fut la pitié, un mal particulier.
Comme le jour se meurt, l'arbre sourit aux fleurs et refoule ses peurs. La
lune, sans pudeur, noyée dans ses vapeurs, recherche la saveur d'une nuit sans couleur.
Il y avait un nid mais
l'oiseau est parti; il y avait la vie mais depuis...la survie.
LE NID
Le ventre toujours
chaud du dernier oisillon, le coeur encore empli des ébats du petit, un joli nid bien rond se berce tout là-haut.
De
la paille oubliée l'oiseau l'avait conçu, un matin de printemps, dès le soleil levant, chechant la plus dodue de
son bec initié.
L'automne point déjà et le nid déserté a changé de trombine; il fait la grise mine au matou
affamé rêvant d'un bon repas.
RÊVERIE
Laissez vivre mon rêve, laissez-le vivre en moi avant
que ne s'achève cette nuit qui l'envoie.
Laissez danser mon rêve, laissez-lui son ivresse jusqu'à ce
que se lève une aube sans promesse.
Laissez rire mon rêve, laissez-lui sa vraie joie; permettez à sa
sève de se répandre en moi.
Laissez-moi à ce rêve que je voudrais revivre, le respirer sans trève jusqu'à
devenir ivre.
COHUE
Le monde a besoin d'être aimé sinon plus que de bien tourner car même s'il
se juge grand, il est si petit en dedans. Un rien pourrait le chavirer et son cours en serait changé. Il a connu
de ces moments saturés de ressentiments et n'a pas su les éviter malgré qu'il se soit entêté.
Les guerres
l'ont beaucoup meurtri, le vidant de toute énergie; sous ses pieds, la terre a tremblé et ses entrailles ont vibré. Il
s'est retrouvé démuni mais, mû d'une nouvelle vie, se senti prêt à ranimer la faible voix de l'amitié; de ce printemps
ont rejailli tous les espoirs en la survie.
PITIÉ
Ayez pitié de l'amoureux déçu, ayez pitié de
cet enfant fourbu; prenez son coeur et choisissez sa douleur.
Ayez pitié de l'écrivain oublié, ayez pitié de
ce gamin sans souliers; prenez son coeur et composez sa douleur.
Ayez pitié d'une femme sans enfant, ayez
pitié de la mère qui attend; prenez son coeur et apaisez sa douleur.
AU COEUR DU SENTIER
De
gras flocons blanchissent le sentier, tombant bien serrés sur son front sans âge; pourtant il rit de leur
fébrilité car, au milieu de tout ce tapage, lui parvient les pépiements étouffés des tout premiers arrivants au bocage.
Des
souvenirs refluent, primesautiers, faisant tressaillir son corps sinueux; il a connu ces chaudes matinées où, serrés
dans des habits luxueux, des couples déambulaient, raffinés, le pas aérien, le verbe mielleux: que de gestes et de
discours futiles pour masquer un désir fou mais pressant, que d'oeillades, toutes inutiles, pour maquiller ce
silence opressant, regorgeant de promesses puériles.
Hier encore, tout près du vieil églantier, s'attardaient
deux gamins, deux petits coeurs, assis sur un banc, gênés par le temps, échangeant leur amour et leur bonheur... Puis
il se prend à rêver au printemps, et à sa suite qu'il connaît par coeur.
NATURE
Mère nature
sommeille, tout est repu et serein; le grillon s'est endormi au beau milieu de son chant et la fleur s'est
assoupie légèrement enivrée.
La verte forêt s'éveille; un petit oiseau mesquin, tout frais sorti
de son nid, taquine un ver nonchalant venu s'échoir, l'air bouffi, près d'un vieux chêne esseulé.
Une récente
rosée stagne sur une herbe neuve qu'un blanc soleil matinal viendra sécher et dorer; d'obèses chardons transpirent dans
l'attente d'une pluie.
Les saisons ont défilé, tel le jeunot ou la veuve; les années l'ont vu loyale, dans
ses gestes et idées, et regardent l'avenir d'un oeil et d'un coeur réjouis.
MOTS A MAUX
Il
y a des mots qui blessent, des mots entachés de haine qui fusent et qui agressent et qui d'autres maux entraînent.
Il
y a des mots qui plaisent parce que dits dans l'intention, des mots façonnés de glaise qui diluent toutes tensions.
Il
y a des mots qui chantent, qui bercent et qui amusent, des mots que la joie enfante et dont personne n'abuse.
PAIX,
AMOUR
Doux moments de paix où tout bruit se tait laissant liberté au choc des idées.
Le cadran s'est
tu et l'amour s'est mu giclant à nouveau comme eau sur ta peau pour y réveiller ta chair épuisée.
Doux
moments de paix où mon coeur renaît laissant de côté orgueil et péché.
Le jour s'est levé et quelque rosée perlait
sur ton front; silence profond où la fleur s'éveille chanson dans l'oreille.
Doux instants de paix où mon
corps s'effraie d'un souffle soudain du vent du matin.
FRAGILE RETOUR
Que revienne la vie en
mon âme sereine et que fuit cette haine de mon corps démuni.
Que revive la paix cette paix peu connue où
l'humain sera mu par le désir du vrai.
Que renaisse l'amour et que mon coeur retire de ce doux élixir le
chant d'un troubadour.
A UN AMI
La mort, spectre infâme, me vint retirer celui dont se pâme, encor affecté, le coeur d'un guerrier.
Il
aura vécu un siècle de moins mais aura vaincu ce monde sans soin, un monde sans bien.
Il fut peu connu, rançon
de l'élu, mais tous l'ont perdu. Tu l'as reconnu: poète aujourd'hui, poète à minuit, toi qui, ici, gît.
EPITRE
Je
quitte ce monde pour un moins immonde, où justice est reine et où mal se traîne.
Je quitte cet ami pour
qui j'ai omis de livrer bataille à mon coeur de paille.
Je quitte maison et taches de son; j'y laisse l'amour, soleil
de mes jours.
Je laisse la vie, l'espoir, les soucis; ma pensée vivra,
le temps franchira...
VIA DEMAIN
L'homme et sa bêtise, l'homme et sa hantise; l'homme et son
péché, l'homme, enfant buté.
La terre est outil, la terre est amie; la terre est un livre, la terre
veut vivre.
L'âme et son histoire, l'âme et ses déboires; l'âme, du corps d'argile, toujours est vigile.
DOUCEUR
Un
sourire à tes lèvres comme rosée sur l'herbe, un éclat à ton oeil comme soleil sur la fleur.
Un bémol à l'oreille comme
brise sur l'eau, une larme à tes joues comme pluie sur le lac.
Un printemps pour ton coeur et silence à tes
maux; te voilà châtelain de mon coeur c'est certain.
LIBERTÉ
Laissez parler cet arbre, qu'il
dise son printemps, qu'il pleure sur son chant; laissez rêver cet arbre.
Laissez chanter l'enfant, qu'il s'amuse
au soleil, qu'il rit à son réveil; laissez vivre l'enfant.
Laissez jouer la pluie, qu'elle berce la fleur et
boude la chaleur; laissez danser la pluie.
SEMENCE
Petite graine, semence de vie, laisse-toi porter
vers ce jeune sol; laisse-toi entourer de son limon toi toute menue et pourtant si grande dans cette mirobolante
mission de monter bien droite, telle un clocher.
D'autres t'ont précédée tant bien que mal et on vu naître le
précieux bourgeon au sourire éclatant de promesses; bientôt apparaîtra le fruit charnu portant en son sein une
autre lignée: petite graine, laisse-toi grandir.
DÉSIR
Penser: plus le désir est réel et plus
vous devenez extérieur, meilleure est la réalisation. Et si le temps se montre rebel, ne le percevez qu'en spectateur... Il
n'est qu'un reflet, une illusion.
Sentir: sans cesse le remouler, l'habiller de parfums et couleurs. Insuffler
vie à toutes ses formes: qu'il lui soit permis d'évoluer car l'espace n'est qu'un profiteur encadrant la liberté
de l'homme.
Agissez: allez-y maintenant. Entre l'infini et le fini, il n'y a que le seul pont conscience. Tout
se manifeste sur le champs; si ton désir est bien défini, point n'est besoin d'user de patience.
VAPEURS
Des
cheveux de lune s'étirent sur mon coeur. Les effluves s'échappant de ces baisers Sont aussitôt dérobés par des elfes Aux
amphores déjà bien remplies. Des voiles parsemés d'étoiles Bruissent délicieusement Sur leur corps vaporeux. D'un
pas aérien, Elles s'affolent, Eperdues, La nuit Mue.
SUR-NUIT
Un autre jour, une autre nuit, un
point au coeur, un bleu de plus.
Checher ta main, toucher ton sein; voici l'aube, l'amour est mort. Ton regard
mu, tes yeux sont nus. Un bleu de nuit, un blanc d'ennui.
Un autre mois, une autre année; murer sa joie, bailler
aux nues.
Sentir sa loi, garder sa foi; Sourire au jour, meubler son cours. Ne rien penser, laisser passer: un
soleil plein, un doux tremplin.
Un autre jour, une autre nuit; un bleu au coeur, un bleu sans plus.
TRANSCENDANCE
Et
si soudain c'était silence, que ton corps perdait sa substance, que ton coeur changeait de fréquence.
Et si ta
pensée éclatait, que seule ton âme existait, que le seul fait d'être importait.
Si soudain mutait ta conscience, que
se définissait l'Alliance... Lui demanderais-tu audience?
EAU DE PLUIE
Il pleut sur mon coeur des
larmes par coeur; il pleut sur ma vie un peu d'eau de vie.
Il pleut sur mon corps des cris en accord; il
pleut sur ma main les plis de demain.
Il neige en bleu dans tes yeux bleus; il neige...et puis comme voeu
au puit, gicle un rayon, moins trait de crayon que traînée de sang sur ton sein décent.
Il pleure du temps, il
pleure cent ans; c'est un cri du coeur, c'est un mal qui meurt.
Il pleure un temps, sur tout un printemps; il
pleure toujours... ma peine est à jour.
CHUCHOTEMENTS
Entends-tu le vent dans la nuit? Entends-tu
la nuit à minuit? Sous les toits reposent les corps Des corps qui façonnent encor, Malgré leur immobilité, Malgré
leur chagrin alité.
Entends-tu le vent de la nuit? Entends-tu le temps qui s'enfuit? Profitant de ce que tout
meurt, Se riant de toutes rumeurs, Le temps a tout juste le temps D'allumer un autre printemps.
Entends-tu
ce vent qui rugit? Entends-tu la nuit sa magie? Il pourchasse le jour trompeur Et le maintient dans sa torpeur; Sous
les toits reposent les corps, qu'ils reposent un peu encor.