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ARAGON

Poèmes d'Aragon

Aux mille mots

Né à Paris en 1897

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Quelques poèmes de Louis Aragon auxquels vous prendrez sans doute grand plaisir...

LES LARMES SE RESSEMBLENT
 
Dans le ciel gris des anges de faïence
Dans le ciel gris des sanglots étouffés
Il me souvient de ces jours de Mayence
Dans le Rhin noir pleuraient des filles-fées
 
On trouvait parfois au fond des ruelles
Un soldat tué d'un coup de couteau
On trouvait parfois cette paix cruelle
Malgré le jeune vin blanc des coteaux
 
J'ai bu l'alcool transparent des cerises
J'ai bu les serments échangés tout bas
Qu'ils étaient beaux les palais les églises
J'avais vingt ans Je ne comprenais pas
 
Quest-ce au eje savais de la défaite
Quand ton pays est amour défendu
Quand il te faut la voix des faux-prophètes
Pour redonner vie à l'espoir perdu
 
Il me souvient de chansons qui m'émurent
Il me souvient des signes à la craie
Qu'on découvrait au matin sur les murs
Sans en pouvoir déchiffrer les secrets
 
Qui peut dire où la mémoire commence
Qui peut dire où le temps présent finit
Où le passé rejoindra la romance
Où le malheur  n'est qu'un papier jauni
 
Comme l'enfant surpris parmi ses rêves
Les regards bleus des vaincus sont gênants
Le pas des pelotons à la relève
Faisait frémir le silence rhénan
 
 
FETES GALANTES
 
On voit des marquis sur des bicyclettes
On voit des marlous en cheval-jupon
On voit des morveux avec des voilettes
On voit les pompiers brûler les pompons
 
On voit des mots jetés à la voirie
On voit des mots élevés au pavois
On voit les pieds des enfants de Marie
On voit le dos des diseuses à voix
 
On voit des voitures à gazogène
On voit aussi des voitures à bras
On voit des lascars que les longs nez gênent
On voit des coïons de dix-huit carats
 
On voit ici ce que l'on voit ailleurs
On voit des demoiselles dévoyées
On voit des voyous On voit des voyeurs
On voit sous les ponts passer des noyés
 
On voit chômer les marchands de chaussures
On voit mourir d'ennui les mireurs d'oeufs
On voit péricliter les valeurs sûres
Et fuir la vie à la six-quatre-deux
 
CHANSON DE RECREANCE
 
Une nouvelle fois ce parfum d'incendie
Une nouvelle fois les caresses de l'air
Une nouvelle fois les filles étourdies
Danseront dans les prés la valse du temps clair
Une nouvelle fois revient la reverdie
 
Reines du crépuscule ivres comme vous l'êtes
Le soleil à regret vous fuit à reculons
Votre joue a les fards sanglants de sa palette
La nuit tarde à venir avec ses violons
Les longs soirs à nouveau cueillent la violette
 
Le désir au printemps joue aux dés les idées
On ne peut plus dormir sans rêver des romances
Les jours insomnieux sont pis que possédés
Car le boire d'amour est un vin de démence
Et le colin-maillard s'en va ls yeux bandés
 
Tant qu'il rejaunira des genêts sur la lande
Les fous rajeuniront l'herbe d'anciens mots
Et si ce n'est Tristan qui baise Yseut d'Irlande
Je sens le sang des fleurs dans mes bras animaux
La tendresse d'aimer a l'accent des guirlandes
 
A chacun sa musique et sa merencolie
L'enchantement d'avril m'entoure et me murmure
Les paroles qui font adorer la folie
Et je sens pénétrer au défaut de l'armure
Inoubliablement l'oubli le bel oubli
 
Le chiffre des amants au destin s'entrelace
Aux arbres confidents le coeur dit ce qu'il veut
Et les songes enfants écrivent dans la glace
Sur l'ombre d'un baiser le spectre d'un aveu
Ou des coeurs empennés aux fontaines des places
 
Heureux couples qui vont s'aimer au fil des eaux
Suivre sur leur miroir le vol des éphémères
Surprendr ele secret du vent dans les roseaux
Et comme Perceval au jardin de sa mère
Ecouter longuement le latin des oiseaux

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