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Poèmes d'amour

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Voici quelques poèmes d'amour... parfois tristes...amour que tous les poètes ont chanté à travers les âges...

Vous avez des poèmes que vous affectionnez tout particulièrement...n'hésitez pas à nous les faire partager!

 
 
 
Pontus de Tyard
 
SONNET
 
Je mesurais, pas à pas, et la plaine
Et l'infini de votre cruauté,
Et l'obstiné de ma grand'loyauté
Et votre foi fragile et incertaine.
 
Je mesurais votre douceur hautaine,
Votre angélique et divine beauté,
Et mon désir trop hautement monté
Et mon ardeur, votre glace et ma peine.
 
Et, cependant que nos affections,
Et la rigueur de vos perfections
J'allais ainsi tristement mesurant,
 
Sur moi cent fois tournâtes votre vue,
Sans être en rien piteusement émue
Du mal qu'ainsi je souffrais en mourant.
 
**********
 
Je vis rougir son blanc poli ivoire
Et cliner plus humainement sa vue,
Quand je lui dis: si ta rigueur me tue,
En auras-tu, cruelle, quelque gloire?
 
Lors je connus, au moins je veux le croire,
Qu'amour l'avait atteinte à l'imprévue:
Car elle éprise, et doucement émue,
Par un souris me promit la victoire.
 
Et me laissant baiser sa blanche main,
Me fit recueil si tendrement humain,
Que d'autre bien depuis je n'ai vécu.
 
Mais éprouvant un trait d'oeil, sa douceur
Si vivement me vint toucher au coeur,
Que, pensant vaincre, enfin je fus vaincu.

Théodore de Banville
 
AIMONS-NOUS ET DORMONS
 
Aimons-nous et dormons
Sans songer au reste du monde!
Ni le flot de la mer, ni l'ouragan des monts,
Tant que nous nous aimons
Ne courbera ta tête blonde,
Car l'amour est plus fort
Que les dieux et la mort!
 
Le soleil s'éteindrait
Pour laisser ta blancheur plus pure.
Le vent, qui jusqu'à terre incline la forêt,
En passant n'oserait
Jouer avec ta chevelure
Tant que tu cacheras
Ta tête entre mes bras!
 
Et lorsque nos deux coeurs
S'en iront aux sphères heureuses
Où les célestes lys écloront sous nos pleurs,
Alors, comme deux fleurs
Joignons nos lèvres amoureuses,
E tâchons d'épuiser
La mort dans un baiser!
 
 
Catulle Mendès
 
VOLUPTUEUSEMENT BERCONS NOTRE FAIBLESSE
 
Reste. N'allume pas la lampe. Que nos yeux
S'emplissent pour longtemps de ténèbres, et laisse
Tes bruns cheveux verser la pesante mollesse
De leurs ondes sur nos baisers silencieux.
 
Nous sommes las l'un autant que l'autre. Les cieux
Pleins de soleil nous ont trompés. Le jour nous blesse.
Voluptueusement berçons notre faiblesse
Dans l'océan du soir morne et silencieux.

Lente extase, houleux sommeil exempt de songe,
Le flux funèbre roule et déroule et prolonge
Tes cheveux où mon front se pâme enseveli...

Calme soir qui hais la vie et lui résistes,
Quel long fleuve de paix léthargique et d'oubli
Coule dans les cheveux profonds des brunes tristes?
 
 
Germain Nouveau
 
SONNET D'ETE
 
Nous habiterons un discret boudoir,
Toujours saturé d'une odeur divine,
Ne laissant entrer, comme on le deine,
Qu'un jour faible et doux ressemblant au soir.
 
Une blonde frêle en mignon peignoir
Tirera des sons d'une mandoline,
Et les blancs rideaux tout en mousseline
Seront réfléchis par un grand miroir.

Quand nous aurons faim, pour toute cuisine
Nous grignoterons des fruits de la Chine,
Et nous ne boirons que dans du vermeil.

Pour nous endormir ainsi que des chattes
Nous nous étendrons sur de fraîches nattes;
Nous oublierons tout, - même le soleil!
 
 
Albert Samain
 
HEURES D'ETE
 
Apporte les cristaux dorés,
Et les verres couleur de songe;
Et que notre amour se prolonge
Dans les parfums exaspérés.

Des roses! Des roses encor!
Je les adore à la souffrance.
Elles ont la sombre attirance
Des choses qui donnent la mort.
 
L'été d'or croule dans les coupes;
Le jus des  pêches que tu coupes
Eclabousse ton sein neigeux.

Le parc est sombre comme un gouffre...
Et c'est dans mon coeur orageux
Comme un mal de douceur qui souffre.
 
 
Paul Fort
 
L'AMOUR MARIN
 
J'irai sur la grève te jeter mon baiser.
Le vent vient de mer, ma mie, il te le rapportera.
Je te ferai des signes avec mon tablier.
Le vent vient de mer, ma mie, ça reviendra sur toi.
Je verserai mes larmes en te voyant partir.
Le vent vient de mer, ma mie, il te les séchera.
Eh bien, je penserai seulement à toi.
Te voici raisonnable, te voici raisonnable.
 
 
René Guy Cadou
 
LES CHEVAUX DE L'AMOUR
 
Les chevaux de l'amour me parlent de rencontres
Qu'ils font en revenant par des chemins déserts
Une femme inconnue les arrête et les baigne
D'un regard douloureux tout chargé de forêts
 
Méfie-toi disent-ils sa tristesse est la nôtre
Et pour avoir aimé une telle douleur
Tu ne marcheras plus tête nue sous les branches
Sans savoir que le poids de la vie est sur toi
 
Mais je marche e je sais que tes mains me répondent
Ôfemme dans la chair prétexte des bourgeons
Et que tu n'attends pas que les fibres se soudent
Pour amoureusement y graver nos prénoms
 
Tu roules sous tes doigts comme des pommes vertes
De soleil en soleil les joues grises du temps
Et poses sur les yeux fatigués des villages
La bonne taie d'un long sommeil de bois dormant
 
Montre tes seins que je vois vivre en pleine neige
La bête des glaciers qui porte sur le front
Le double anneau du jour et la douceur de n'être
Qu'une bête aux yeux doux dont on touche le fond
 
Telle tu m'apparais que mon amour figure
Un arbre descendu dans le chaud de l'été
Comme une tentation adorable qui dure
Le temps d'une seconde et d'une éternité
 
 
Marcel Béalu
 
LEGENDE
 
Deux amants sont devenus des arbres
Pour avoir oublié le temps
 
Leurs pieds ont poussé dans la terre
Leurs bras sont devenus des branches
 
Toutes ces graines qui s'envolent
Ce sont leurs pensées emmêlées
 
La pluie ni le vent ni le gel
Ne pourront pas les séparer
 
Ils ne forment qu'un seul tronc
Dur et veiné comme du marbre

Et sur leurs bouches réunies
Le chèvrefeuille a fait son nid
 
 
Antoine de Bertin
 
PLAISIRS, AMOURS, QU'ETES-VOUS DEVENUS ?
 
Je vous revois, ombrage solitaire,
Lit de verdure impénétrable au jour,
De mes plaisirs discrets dépositaire,
Temple charmant où j'ai connu l'amour...
...C'est là qu'un soir j'osai prendre sa main,
Et le baiser d'un air timide et sage;
C'est là qu'un soir j'osai bien davantage:
Rapidement je fis battre son sein,
Et la rougeur colora son visage;
C'est là qu'un soir je la surpris au bain...
Ö voluptés! délices du bel âge,
Plaisirs, amours, qu'êtes-vous devenus?
Je crois errer sur des bords inconnus,
Et ne retrouve ici que votre image.
Dans ce bois sombre, en cyprès transformé,
Je n'entends plus qu'un triste et long murmure;
Ce vallon frais, par les monts renfermé,
N'offre à mes yeux qu'une aride verdure;
L'oiseau se tait; l'air est moins parfumé,
Et ce ruisseau roule une onde moins pure:
Tout est changé pour moi dans la nature;
Tout m'y déplaît: je ne suis plus aimé.
 
 
Marceline Desbordes-Valmore
 
N'ECRIS PAS. JE SUIS TRISTE, ET JE VOUDRAIS M'ETEINDRE...
 
N'écris pas. Je suis triste, et je voudrais m'éteindre.
Les beaux étés sans toi, c'est la nuit sans flambeau.
J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre.
Et frapper à mon coeur, c'est frapper au tombeau.
N'écris pas!
 
N'écris pas. N'apprenons qu'à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu'à Dieu...qu'à toi, si je t'aimais!
Au fond de ton absence écouter que tu m'aimes,
C'est entendre le ciel sans y monter jamais.
N'écris pas!
 
N'écris pas. Je te crains; j'ai peur de ma mémoire;
Elle a gardé ta voix qui m'appelle souvent.
Ne montre pas l'eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N'écris pas!
 
N'écris pas ces doux mots que je n'ose plus lire:
Il semble que ta voix les répand sur mon coeur;
Que je les vois brûler à travers ton sourire;
Il semble qu'un baiser les empreint sur mon coeur.
N'écris pas!
 
 
Alfred de Musset
 
FAIRE DE SON AMOUR UN JOUR AU LIEU D'UN SONGE
 
Se voir le plus possible et s'aimer seulement,
Sans ruse et sans détours, sans honte ni mensonge,
Sans qu'un désir nous trompe, ou qu'un remords nous ronge,
Vivre à deux et donner son coeur à tout moment;
 
Respecter sa pensée aussi loin qu'on y plonge,
Faire de son amour un jour au lieu d'un songe,
Et dans cette clarté respirer librement, -
Ainsi respirait Laure et chantait son amant.
 
Vous dont chaque pas touche à la grâce suprême,
C'est vous, la tête en fleur, qu'on croirait sans souci.
C'est vous qui me disiez qu'il faut aimer ainsi.
 
Et c'est moi, vieil enfant du doute et du blasphème,
Qui vous écoute, et pense, et vous réponds ceci:
Oui, l'on vit autrement, mais c'est ainsi qu'on aime.
 
 
Théophile Gautier
 
DERNIER VOEU
 
Voilà longtemps que je vous aime:
L'aveu remonte à dix-huit ans!
Vous êtes rose, je suis blême;
J'ai les hivers, vous les printemps.
 
Des lilas blancs de cimetière
Près de mes tempes ont fleuri;
J'aurai bientôt la touffe entière
Pour ombrager mon front flétri.
 
Mon soleil pâli qui décline
Va disparaître à l'horizon,
Et sous la funèbre colline
Je vois ma dernière maison.
 
Oh! que de votre lèvre il tombe
Sur ma lèvre un tardif baiser,
Pour que je puisse dans ma tombe
Le coeur tranquille, reposer.
 
 
Charles Baudelaire
 
PARFUM EXOTIQUE
 
Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone.
 
Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne.
 
Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,
 
Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.
 
 
LA MORT DES AMANTS
 
Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d'étranges fleurs sur des étagères,
Ecloses pour nous sous des cieux plus beaux.
 
Usant à l'envi leurs chaleurs dernières,
Nos deux coeurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.
 
Un soir fait de rose et de bleu mystique,
Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d'adieux;
 
Et plus tard un Ange, entr'ouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.
 

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Sonnet
Louise Labé

O beaux yeux bruns, ô regards détournés,
O chauds soupirs, ô larmes épandues,
O noires nuits vainement attendues,
O jours luisants vainement retournés,

O triste plainte, ô désirs obstinés,
O temps perdu, ô peine dépendues,
O mille morts en mille rets tendues,
O pires maux contre moi destinés.

O ris, ô front, cheveux, bras, mains et doigts,
O luth plaintif, viole, archet et voix,
Tant de flambeaux pour ardre une femelle!

De toi me plains que tant de feux portant,
En tant d'endroits, d'iceux mon coeur tâtant,
N'en est sur toi volé quelque étincelle.

 

 

Sonnet
Catherine des Roches


Bouche dont la douceur m'enchante doucement
Par la douce faveur d'un honnête sourire,
Bouche qui soupirant un amoureux martyre
Apaisez la douleur de mon cruel tourment!

Bouche, de tous mes maux le seul allégement,
Bouche qui respirez un gracieux zéphyr(e);
Qui les plus éloquents surpassez à bien dire
A l'heure qu'il vous plaît de parler doctement;

Bouche pleine de lys, de perles et de roses,
Bouche qui retenez toutes grâces encloses,
Bouche qui recelez tant de petits amours,

Par vos perfections, ô bouche sans pareille,
Je me perds de douceur, de crainte et de merveille
Dans vos ris, vos soupirs et vos sages discours.

 

 

Henriette de la Suze
(1618 - 1673)



Une douce surprise, un désordre agréable,
Par une émotion qui n'est point exprimable,
Allume un feu secret dans le fond de mon coeur,
Qui le touche et l'agite et s'en rend le vainqueur.
C'est là, que triomphant de mon âme asservie,
Il unit sa chaleur à celle de ma vie;
Et que par un excès qui m'est délicieux,
Il produit la langueur qui paraît dans mes yeux:
Mais parmi ce torrent de tourment et de flamme,
Je ne sais quoi de doux se coule dans mon âme:
Je trouve tant d'appas dans mon propre malheur,
Que je ne puis juger si c'est joie ou douleur.
Hélas! je n'en sais rien; toutefois, il me semble,
Que ce pourrait bien être et l'un et l'autre ensemble...


Marie-Catherine-Hortense de Villedieu

L'amour conjugal


Il est des maris si charmants,
Qu'ils peuvent être époux, sans cesser d'être amants.
Lorsqu'une âme tendre a l'adresse
D'assembler les devoirs de femme et de maîtresse,
Ceux d'amant et d'époux s'assemblent à leur tour.
Quand par la loi du coeur une main s'est donnée,
Le ciel n'a pas fait l'hyménée
Pour être, comme on dit, le tombeau de l'amour.

Jouissance

Aujourd'hui dans tes bras j'ai demeuré pâmée,
Aujourd'hui, cher Tirsis, ton amoureuse ardeur
Triomphe impunément de toute ma pudeur
Et je cède aux transports dont mon âme est charmée.

Ta flamme et ton respect m'ont enfin désarmée;
Dans nos embrassements, je mets tout mon bonheur
Et je ne connais plus de vertu ni d'honneur
Puisque j 'aime Tirsis et que j 'en suis aimée.

O vous, faibles esprits, qui ne connaissez pas
Les plaisirs les plus doux que l'on goûte ici-bas,
Apprenez les transports dont mon âme est ravie!

Une douce langueur m'ôte le sentiment,
Je meurs entre les bras de mon fidèle Amant,
Et c'est dans cette mort que je trouve la vie.

Claire Goll

DÉMUNIE

Pourquoi n'ai-je pas conservé
Tes sourires précieux
Et préservé l'ombre
Que tu jetais sur nos routes?

Pourquoi n'ai-je pas mis de côté
Tes regards d'ambre et d'or,
Fortune fabuleuse pour plus tard
Quand je serai à court de tendresse?

J'ai gaspillé tes caresses
Je n'ai aucun disque de tes pas
L'orage a éparpillé tes étreintes
Et détruit les silos remplis de baisers.
Le dernier son de ta voix
S'est perdu dans le sable
Et je dessine en vain ton profil
Dans le givre de ma fenêtre.

Pierre de Ronsard

Sonnet

Quand je pense à ce jour où, près d'une fontaine,
Dans le jardin royal ravi de ta douceur,
Amour te découvrit les secrets de mon coeur,
Et de combien de maux j'avais mon âme pleine,
Je me pâme de joie, et sens de veine en veine
Couler ce souvenir, qui me donne vigueur,
M'aiguise le penser, me chasse la langueur,
Pour espérer un jour une fin à ma peine.

Mes sens de toutes parts se trouvèrent contents,
Mes yeux en regardant la fleur de ton Printemps,
L'oreille en t'écoutant, et sans cette compagne

Qui toujours nos propos tranchait par le milieu,
D'aise au Ciel je volais, et me faisais un Dieu;
Mais toujours le plaisir de douleur s'accompagne.

 

 

Pierre Morin

Cachez-vous à mes yeux, beaux yeux que j'aime tant:
Vous ne sauriez pourtant vous cacher à mon âme:
Quand je regarde au ciel, je vois la vive flamme
Du soleil, qui me va vos feux représentant.

Rien ne me sert, beaux yeux, de m'aller écartant:
Je ne peux m'écarter de ce feu qui m'enflamme,
Comme un cerf qui s'enfuit de l'épieu qui l'entame,
Et va dans ses côtés son trépas emportant.

Que cette vieille ingrate, à mon mal conjurée,
Recèle de vos yeux la clarté désirée,
Je me vais consolant en mon deuil non pareil;

Qu'elle cache vos yeux, mes soleils admirables,
Qu'elle offusque un petit leurs rayons agréables:
La terre offusque bien les rayons du soleil.

Paul Verlaine

Nevermore

Souvenir, souvenir, que me veux-tu? L'automne
Faisait voler la grive à travers l'air atone,
Et le soleil dardait un rayon monotone
Sur le bois jaunissant où la bise détone.

Nous étions seul à seule et marchions en rêvant,
Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent.
Soudain, tournant vers moi son regard émouvant:
¨Quel fut ton plus beau jour?¨ fit sa voix d'or vivant,

Sa voix douce et sonore, au frais timbre angélique.
Un sourire discret lui donna la réplique,
Et je baisai sa main blanche, dévotement.

- Ah! les premières fleurs, qu'elles sont parfumées!
Et qu'il bruit avec un murmure charmant
Le premier ¨oui¨ qui sort de lèvres bien-aimées!

 

Eugène Guillevic

Je veux voir avec toi le printemps s'annoncer.
Je veux voir avec toi le printemps qui commence
A vouloir des couleurs et risque des nuances.
Je veux voir devant lui tout ce gris s'effacer.

Et je veux voir tes yeux sur lui se prononcer,
Je veux savoir comment ils diront sa romance,
Je veux savoir comment ils diront sa démence.
Je veux savoir s'il essaiera de te blesser.

Je veux savoir combien notre amour lui ressemble,
Je veux savoir comment nous tremblerons ensemble
Devant tant d'avenir voulu par le coucou

Et par l'ombre des bois qui promet et menace.
Je veux savoir comment tu pencheras le cou
Lorsque le soir tombant nous fermera l'espace.

Félix Arvers

Mon âme a son secret, ma vie a son mystère,
Un amour éternel en un moment conçu:
Le mal est sans espoir, aussi j'ai dû le taire,
Et celle qui l'a fait n'en a jamais rien su.

Hélas! j'aurai passé près d'elle inaperçu,
Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire;
Et j'aurai jusqu'au bout fait mon temps sur la terre,
N'osant rien demander et n'ayant rien reçu.

Pour elle, quoique Dieu l'ait faite douce et tendre,
Elle suit son chemin, distraite et sans entendre
Ce murmure d'amour élevé sur ses pas.

A l'austère devoir pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d'elle:
¨Quelle est donc cette femme?¨ et ne comprendra pas.

 

Philippe Desportes

CHANSON

Un doux trait de vos yeux, ô ma fière déesse!
Beaux yeux, mon seul confort,
Pour me remettre en vie et m'ôter la tristesse
Qui me tient à la mort.
Tournez ces clairs soleils et par leurs vives flammes
Retardez mon trépas:
Un regard me suffit: le voulez-vous, Madame?
Non, vous ne voulez pas!

Un mot de votre bouche à mon dam trop aimable
Mais qu'il soit sans courroux,
Pour changer le destin d'un amant misérable
Qui n'adore que vous.
Il ne faut qu'un oui, mêlé d'un doux sourire,
Plein d'amours et d'appâts;
Mon Dieu! que de longueurs! le voulez-vous point dire?
Non, vous ne voulez pas!

Roche sourde à mes cris, de glaçons toute pleine,
Ame sans amitié,
Quand j'étais moins brûlant, tu m'étais plus humaine
Et plus prompte à pitié.
Cessons donc de l'aimer, et pour nous en distraire
Tournons ailleurs nos pas.
Mais peut-il être vrai que je veuille faire?
Non, je ne le veux pas.

PIERRE DE BRACH

Sonnets à Aymée

Amour, adieu, je prends congé de toi;
Amour, adieu, je m'en vais, je te laisse,
Je ne veux plus aimer cette maîtresse
Qui m'a tenu si longtemps en émoi.

Je ne veux plus la voir rire de moi,
S'éjouissant de me voir en tristesse,
Ni son bel oeil, qui m'oeillade sans cesse,
Ni de sa bouche une parjure foi,

Ni sa beauté, de moi tant admirée,
Ni de ses yeux une flèche tirée,
Ne me vaincront pour me rendre encor sien.

Adieu donc, l'oeil, adieu doncques, la bouche,
Adieu, beauté, adieu, flèche sans touche,
Cruelle, adieu, car je ne suis plus rien.

Abbé Gabriel Charles de Lattaignant

L'USURIER EN AMOUR

Vous me devez, depuis deux ans,

Trente baisers des plus charmants,

Je vous les ai gagnés à l'ombre :

J'en veux calculer l'intérêt

Et vous en augmenterez le nombre

Que vous me paîrez, s'il vous plaît.

Trente baisers, charmante Iris,

N'étant payés qu'aux derniers dix,

Valent bien cinq baisers de rente :

Trente baisers de capital,

Dix d'intérêt joints à ces trente,

Font quarante pour le total.

Acquittez-vous, car il est temps ;

Payez-moi mes baisers comptant,

Et le principal et la rente :

Car sans huissiers, ni sans recors,

Si vous êtes refusante

Je vous y contraindrai par corps.


Merci de votre visite!